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Postcolonial studies / Revue Hermès

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À retrouver dans l'émission

Collectif Write Back : Postcolonial studies, modes d’emploi (Presses universitaires de Lyon) / Revue Hermès N°67 Dossier Interdisciplinarités : entre disciplines et indiscipline (CNRS Editions)

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Le Collectif Write Back est un groupe de jeunes chercheurs en littérature et études postcoloniales de l’Ecole normale supérieure de Lyon, ainsi nommé en référence à l’un des ouvrages fondateurs des postcolonial studies : The Empire Writes Back , dirigé par Bill Ashcroft, Gareth Griffiths et Helen Tiffin, un ouvrage collectif traduit et publié récemment sous le titre L’Empire vous répond : Théorie et pratique des littératures post coloniales aux Presses Universitaires de Bordeaux. L’un des paradoxes de ce courant critique né dans les universités anglo-saxonnes au cours des années 80 et qui s’est beaucoup développé depuis dans différentes directions, c’est que, s’il a tardé à se faire connaître en France, ce sont pourtant des auteurs français qui constituent en partie le corpus des textes de référence de cette pensée critique visant à déconstruire « l’hégémonie européenne sur la définition des valeurs et des universaux », une hégémonie analysée comme un phénomène de domination culturelle, qu’elle résulte du fait colonial lui-même ou de son empreinte sur la durée. C’est pourquoi les études postcoloniales sont très liées aux French studies , à des auteurs comme Frantz Fanon, Aimé Césaire, Edouard Glissant ou Albert Memmi, voire à ce qu’on désigne outre-Atlantique comme la French theory , terme qui englobe la déconstruction avec Derrida et les pensées de Foucault ou Deleuze. L’une des grandes voix des études postcoloniales, Achille Mbembe, d’origine camerounaise, formé à la Sorbonne, aujourd’hui en poste à Johannesburg après être intervenu dans de nombreuses universités américaines, relève que cette pensée critique est à bien des égards très proche « d’une certaine démarche de réflexion française » mais « qu’à cause de son insularité culturelle et du narcissisme de ses élites, la France s’est coupée de ces nouveaux voyages de la pensée mondiale ».

Le fort volume qui paraît aujourd’hui vient démentir ces propos, même si des auteurs comme Jacques Pouchepadass, spécialiste de l’Inde, engagé dans un dialogue avec les subalternistes , ou l’anthropologue africaniste Jean-Loup Amselle nous ont fait découvrir depuis quelques années déjà ce courant de pensée d’une façon critique. Comme on peut le voir ici, la pensée de la déconstruction abritant les gênes de la critique, et donc aussi sa propre mise en cause, les études postcoloniales à mesure qu’elles gagnent, à partir du champ littéraire, les domaines de l’histoire connectée, de l’anthropologie, de la linguistique ou de la psychologie ne cessent de réviser leurs fondements et leurs positions. En témoigne notamment l’article de Graham Huggan sur l’institutionnalisation des postcolonial studies à travers le virage postcolonial du Booker Prize – l’équivalent de notre Goncourt – attribué par exemple à Salman Rushdie ou à des écrivains du Commonwealth, et qui dénoterait une sorte de stratégie de « l’exotisme postcolonial » de la part d’écrivains et de penseurs « ostensiblement anticoloniaux » mais travaillant tous « dans un contexte néocolonial de commercialisation des biens culturels ». La même analyse critique est ici appliquée à la littérature « beur » en France par l’universitaire new-yorkaise Kathryn Kleppinger dans un étonnant effet retour pour nous, lecteurs français, en forme de question : « comment peut-on être écrivain beur » dans notre pays dominé par les stratégies de distinction du champ culturel, si ce n’est en conformité à un canon littéraire implicitement ethnicisé ? La spécialiste de littérature francophone analyse à cette lumière les trajectoires médiatiques de Mehdi Charef, d’Azouz Begag, de Farida Belghoul ou de Rachid Djaïdani. Pourtant – souligne-t-elle à propos de leurs récits « dans chacune de ces histoires, les protagonistes se battent pour faire coïncider les différents mondes dans lesquels ils habitent ». La leçon, d’une portée plus générale, que délivre cet ensemble copieux c’est que l’hypothèse postcoloniale révèle que la configuration coloniale nous apporte beaucoup d’informations sur la globalisation en cours.

Jacques Munier

La revue Africultures et ses différents ancrages postcolonial, francophone et métropolitain : Lotte Arndt

Et comme le rappelle Florian Alix (P.107), « la pluridisciplinarité est inscrite dans la genèse des post-colonial studies » cf. les subaltern studies : littérature, histoire, sociologie

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Revue Hermès N°67 Dossier Interdisciplinarités : entre disciplines et indiscipline (CNRS Editions)

La revue de Dominique Wolton qui fête ses 25 ans avec un dossier emblématique pour les revues qui pratiquent depuis longtemps l’interdisciplinarité, dossier coordonné par Jean-Michel Besnier et Jacques Perriault

http://www.iscc.cnrs.fr/spip.php?article1827

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