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Pourquoi nous sommes les seuls humains sur terre / Revue Critique

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Chris Stringer : Survivants. Pourquoi nous sommes les seuls humains sur terre (Gallimard) / Revue Critique N°803 Dossier « Vivants minuscules »

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La question de nos origines est l’objet de constants débats sur la base de l’analyse des traces fossiles laissées par nos prédécesseurs les plus anciens. Les progrès des techniques pour les dater, les recherches ADN qui pourraient établir des filiations ou des métissages ne permettent pas encore de trancher avec certitude entre une conception qui fait d’homo sapiens – l’homme moderne – le fruit d’une évolution ou le résultat d’une révolution. L’aboutissement de tendances continues comme l’accroissement de la taille du cerveau, une boîte crânienne plus haute et plus ronde, des arcades sourcilières et des dents plus petites, un menton proéminent, un squelette plus élancé que celui de nos prédécesseurs, s’il apparaît bien engagé dans la longue durée, l’évolution en question ressemblerait, davantage qu’à une échelle de temps linéaire, à un buisson dont une seule branche aurait survécu. « Nous sommes les seuls survivants – affirme Chris Stringer – de ce qui fut une longue série d’expériences pour devenir humain qui se sont succédées au cours de l’évolution, en sorte que bien des caractères que nous croyons nous êtres propres étaient partagés, dans une plus ou moins grande mesure, par des espèces à présent disparues telles qu’Homo erectus et Neandertal. »

Le paléontologue britannique est partisan de la théorie du « remplacement ». Venu d’Afrique comme son lointain ancêtre mais il y a seulement 150 000 ans, Homo sapiens aurait essaimé comme lui vers l’Asie et l’Europe, remplaçant progressivement sur les mêmes territoires les versions plus anciennes de l’espèce Homo , avec lesquelles des contacts ont vraisemblablement eu lieu, peut-être des échanges de techniques et de connaissances, voire des métissages, mais selon lui ces brassages ne joueraient qu’un rôle mineur dans la conformation définitive de l’espèce humaine. Et il est vrai qu’avec notre ancêtre direct, également appelé Cro-Magnon, un bond qualitatif est effectué, un ensemble de comportements humains modernes comme le langage complexe, l’art et des technologies spécialisées apparaissent qui ont pu faire penser à une véritable révolution, comme on le dit à propos du passage du paléolithique au néolithique.

Quoiqu’il en soit, l’hypothèse d’une double sortie d’Afrique semble bien s’imposer, qui postule une même origine africaine pour deux espèces humaines – Homo erectus et Homo sapiens . Issu d’une branche comparable à Homo habilis il y a près de deux millions d’années, Homo erectus serait également sorti d’Afrique et se serait dispersé il y a environ 1,7 millions d’années. Une espèce intermédiaire se développe alors sous le nom d’Homo heidelbergensis , qui invente un outil lithique plus perfectionné – le biface – lequel ne se répand guère hors d’Afrique, sauf en Europe. Selon l’auteur, l’évolution de cette nouvelle espèce intermédiaire connaît une scission entre 300 000 et 400 000 ans avant notre ère. En Europe, elle aurait donné l’homme de Neandertal quand la ligne africaine aurait évolué pour donner l’ancêtre de l’homme moderne.

Parmi les aptitudes qui ont pu donner à Homo sapiens la prééminence sur les autres espèces humaines, il y aurait la capacité symbolique, qui consiste à transférer du sens à un objet, un son, un signe ou un geste et à s’affranchir ainsi de la contrainte de la proximité spatiale ou temporelle pour communiquer avec ses semblables, ce qui procure un avantage décisif en matière d’apprentissage et d’adaptation. La capacité à lire dans les pensées d’autrui, une proie ou un semblable, en se développant jusqu’à des comportements complexes a également fait la différence. En revanche, la taille du pénis, dont on a beaucoup glosé, et qui est une caractéristique humaine, elle doit être relativisée. D’abord parce qu’en érection il n’est pas plus long que celui des chimpanzés ou des bonobos, même s’il est deux fois plus long que celui des orangs-outans ou des gorilles pourtant plus massifs que nous. Plutôt qu’à un avantage concurrentiel sur le chemin de l’évolution par la sexualité, il serait lié à la fréquence des accouplements – élevée chez les chimpanzés comme chez les hommes et faible chez les gorilles – et donc à la compétition entre mâles.

Jacques Munier

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Revue Critique N°803 Dossier « Vivants minuscules »

http://www.leseditionsdeminuit.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=3009

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