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Qu’est-ce que la politique ? / Revue Le débat

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À retrouver dans l'émission

Hannah Arendt : Qu’est-ce que la politique ? Seuil/ Revue Le débat N°182 (Gallimard)

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ue et des mouvements de décolonisation. Le rapport à la tradition est comme le fil rouge qui les parcourt : le commencement grec, le procès de Socrate qui ouvre un fossé entre philosophie et politique et qui « fit désespérer Platon de la vie au sein de la polis », la révision de la tradition par Montesquieu, qui cherche à faire apparaître l’élément de fond qui inspire l’action politique, et la guerre, dont la réalité au XXème siècle renverse la fameuse maxime de Clausewitz – je cite « la politique devient une continuation de la guerre durant laquelle les moyens de la ruse ont remplacé temporairement les moyens de la violence ». Contrairement à la formule kantienne selon laquelle rien dans une guerre ne devrait arriver qui rende la paix impossible, Hannah Arendt constate que « nous vivons dans une paix où tout doit être fait pour qu’une guerre reste toujours possible ».

Malgré cette « primauté de la politique extérieure » dans le livre, ses analyses retrouvent constamment le terrain de la politique au sens traditionnel. Dans le texte précisément intitulé « La tradition de la pensée politique », elle montre que le concept moderne d’histoire est venu largement résorber chez les philosophes celui de politique, l’histoire comme puissance de renouvellement dont le sens échappe en grande partie aux acteurs – ce que Hegel appelait la ruse de la Raison dans l’histoire – mais cette forme de déterminisme consacre l’oubli du caractère imprévisible de l’action. Montesquieu, lui, tente de cerner, à rebours de la tradition, ce qui inspire et donne sens à l’action. On connaît sa typologie des principes qui animent les différents régimes politiques : l’honneur pour les monarchies, la vertu pour les républiques, la crainte pour les tyrannies. Hannah Arendt ajoute la liberté, qui est le principe de la conception politique à Athènes, la justice mais aussi l’égalité. Celle-ci est une condition de la liberté plutôt que l’effet ou le critère de la justice. Elle doit être comprise comme la conviction de la dignité originelle de tous ceux qui ont un visage humain. Par ailleurs, le postulat essentiel de la séparation des pouvoirs se fonde chez Montesquieu sur l’idée que le pouvoir, à la différence de la force ou de la contrainte, ne s’affaiblit pas mais au contraire augmente lorsqu’il est partagé.

« Nous posons la question du sens de l’action politique, mais c’est aux fins et aux buts que nous pensons, et nous appelons cela « sens » seulement parce que de toute façon nous ne croyons plus en un sens dans l’acception propre du terme ». Hannah Arendt dénonce également à notre époque « l’absence de tout principe » et l’adhésion opportuniste « à la surface des événements quotidiens ». A propos du recours à la violence dans les révolutions, elle relève la contradiction entre le pouvoir de la contrainte exercé par la violence et la fin visée même et surtout si celle-ci est la liberté car elle aboutit au paradoxe de « forcer les hommes à être libres » ou, comme le Robespierre : « il faut opposer la tyrannie de liberté au despotisme des rois ». On a vu, encore récemment, les impasses de ce type de raisonnement, lorsque les Occidentaux, en Afghanistan ou en Irak, ont tenté d’imposer une conception abstraite de la démocratie au bout du fusil, sans tenir compte des particularités politiques de ces pays.

Jacques Munier

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Revue Le débat N°182 (Gallimard)

Sous le titre alarmant d’Effacement de la politique, deux contributions éclairantes de Mark Lilla et de Raffaele Simone. Le linguiste spécialiste du web s’en prend notamment dans l’article intitulé « Comment la démocratie fait faillite » à l’espèce de métonymie qui fait qu’on désigne les pays occidentaux comme « les démocraties » - tout court et il critique trois fictions à la base de l’hypothèse démocratique : la fiction de l’égalité, la fiction de la souveraineté populaire et celle de la représentativité du délégué. A propos de ce qui se développe sous le nom de « démocratie numérique », il relève que cette nouvelle forme d’espace public est constituée de gens qui ne se rencontrent jamais.

Quant à Mark Lilla, il dénonce le vide intellectuel consécutif à la fin des idéologies : « Notre hubris – je cite – consiste à penser que nous n’avons plus besoin de penser, qu’il suffit de rester fidèle à nos valeurs démocratiques, à nos modèles économiques et à notre foi en l’individu ». Le titre de sa contribution : « Un âge illisible ».

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