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Radicalisation / La Revue de la Villa Méditerranée

5 min
À retrouver dans l'émission

Farhad Khosrokhavar : Radicalisation (Éditions MSH) / La Revue de la Villa Méditerranée N°2

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On attendait les sciences sociales sur le terrain de la radicalisation des jeunes born-again ou des convertis à l’islam fondamentaliste, en particulier depuis le phénomène en expansion des « djihadistes » européens. Farhad Khosrokhavar esquisse pour commencer un état des lieux d’où émergent quelques éléments déterminants bien connus, comme la mondialisation ou les usages d’Internet. Il évoque même les analyses inspirées par les théories du choix rationnel sur la logique qui conduit les impétrants djihadistes à opter pour l’action terroriste du fait de la supériorité militaire de l’adversaire. Son approche à lui s’apparente plutôt à celle de la sociologie des acteurs, avec notamment les biographies développées de certains terroristes comme Mohamed Merah ou Michael Adebolajo qui a assassiné à coups de machette un soldat britannique à Londres en mai 2013. On peut rappeler qu’il est l’auteur d’une enquête sur l’islam dans les prisons, une pratique qui débouche souvent sur la radicalisation et à laquelle tout un chapitre est ici consacré, et également, dans un tout autre registre, d’une sociologie de la jeunesse iranienne.

Examinant le rôle du fondamentalisme dans la radicalisation, il montre que, s’il est un passage obligé, il ne conduit pas systématiquement au passage à l’acte terroriste ou djihadiste. Au contraire, dans l’immense majorité des cas la pratique orthodoxe de l’islam des salafistes constitue selon lui une barrière à la dérive violente. « Les fondamentalistes, tablighis ou salafistes – je cite – sont bien dans leur peau comme membres d’une élite religieuse qui vit intensément sa foi à l’écart de la société ». S’il y a bien phénomène sectaire, l’adhésion au groupe fermé avec sa profusion de normes et de prescriptions, notamment vestimentaires – le qamis pour les hommes et le voile pour les femmes – ou physiques comme la barbe touffue, cette adhésion entraîneraient davantage à vivre une sorte d’exil intérieur ou à émigrer vers des pays musulmans pour vivre sa foi sans subir la désapprobation sociale, loin des images de femmes dénudées qui couvrent les murs de nos villes et des tentations délétères pour les enfants, l’alcool ou les drogues. Par ailleurs – et c’est un élément important – l’énergie est tout entière consacrée à l’observance stricte des préceptes religieux qui suppose une connaissance approfondie des textes fondateurs ainsi qu’une pratique de la langue du prophète, en quoi les convertis se révèlent particulièrement zélés.

Rien de tel chez les jeunes djihadistes qu’ils soient born again ou convertis. Selon l’auteur, c’est même la méconnaissance profonde de la tradition islamique qui les préservent du premier devoir des croyants consistant à pratiquer d’abord le djihad sur soi-même. Cette forme d’acculturation que Georges Devereux qualifierait d’antagoniste, nourrie à saturation par les vidéos montrant des scènes de tuerie et d’égorgement d’hérétiques, reflète davantage un profond malaise social et personnel qu’un engagement mystique. Et – je cite « la transposition dans le registre religieux se fait en Europe avec d’autant plus de facilité que la personne est ignorante de l’islam et que sa méconnaissance lui ouvre les perspectives d’une identification aisée avec la religion d’Allah par l’unique registre du jihad. » Ici c’est plutôt le mélange détonnant de désespoir, d’exclusion sociale et de ressentiment qui alimente une passion qui n’a rien de spécifiquement religieux : la haine.

C’est particulièrement vrai pour la population que Farhad Khosrokhavar désigne comme celle des « petits Blancs » dans les quartiers populaires où ils sont devenus minoritaires, les exclus parmi les exclus en quelque sorte. Ceux-là sont voués à un double mépris, celui des autres Blancs intégrés socialement et celui des différentes communautés qu’ils côtoient, notamment arabes et musulmanes. Pour l’auteur, l’une des alternatives face à cette situation, c’est l’adhésion au Front national qui s’est substitué au Parti communiste dans ces quartiers comme défenseur des « petits », ou l’engagement dans l’islam radical avec à la clé l’intégration à une communauté et l’auréole du « héros négatif ». Soit retrouver une place dans une France virtuellement nettoyée des étrangers indésirables ou rejoindre le djihadisme qui offre l’opportunité d’une revanche sur le mépris des autres Blancs. Et comme on peut le constater au regard du profil des candidats toujours plus nombreux au « martyre » sur les terres de djihad, cette « acculturation antagoniste » peut se faire dans la solitude face à l’écran d’un ordinateur.

Jacques Munier

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La Revue de la Villa Méditerranée N°2

http://www.villa-mediterranee.org/fr/la-revue-ndeg2

Avec notamment la contribution d’Alain Chouet, ancien chef de service à la DGSE : « Qui veut faire passer les musulmans pour des islamistes ? » Une synthèse qui rappelle le pourcentage auquel on peut estimer la mouvance islamiste dans notre pays, 1% de l’ensemble des musulmans, dont les extrémistes ne constitueraient à leur tour qu’1% de cette minorité.

Et la contribution de Wassyla Tamzali sur la condition des femmes et les représentations de leur corps dans l’islam

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