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récits ethno-orientalistes de la crise grecque / Revue Mouvements

4 min
À retrouver dans l'émission

Maria Couroucli : L’européanisme mis en question : récits ethno-orientalistes de la crise grecque (Société d’ethnologie) / Revue Mouvements N°76 Dossier Amérique latine : capitalismes, résistances et reconfigurations politiques (La Découverte)

couroucli
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Pour tenter de faire la lumière sur les lignes de fracture qui divisent aujourd’hui la société grecque dans tous les sens, l’ethnologue, spécialiste des pratiques religieuses dans le monde post-ottoman et travaillant aujourd’hui sur la mémoire de la guerre civile grecque, a mobilisé le couple de notions d’ethno-orientalisme et d’ethno-occidentalisme proposé par James Carrier pour rendre compte des regards croisés que se portent réciproquement observateurs et observés au cours de l’enquête ethnographique. L’ethno-occidentalisme est le point de vue essentialiste de l’Occident adopté par les sociétés non-occidentales et l’ethno-orientalisme est une manière indigène d’adopter le point de vue de l’Occident sur sa propre culture, comme dans le cas cité par Carrier du kastom mélanésien, je cite - la « reformulation idéalisée des règles juridiques et des systèmes politiques indigènes par les Mélanésiens comme un point de vue à la fois extérieur et suffisant sur eux-mêmes ». On pense ici à l’accord d’aide internationale signé en 2010 par le gouvernement grec avec la Troïka constituée par le FMI, la BCE et la Commission européenne afin de réduire la dette et le déficit public, mais aussi au débat ouvert en Europe sur le « mauvais élève » de l’Union et sur son écho en Grèce, opposant ceux qui admettent la nécessité de réformes de fond et ceux qui les rejettent.

Dans le cas de la Grèce, ce premier clivage en croise un autre, celui qui divise les partisans de l’Europe et ceux qui souhaitent en sortir et celui-ci n’est pas seulement politique ou économique, comme le montre Maria Couroucli. Il recoupe une ancienne contradiction culturelle dans la manière de considérer leur identité par les Grecs eux-mêmes. Il s’agit de la traditionnelle distinction entre les « Romioi », d’un côté, qui se voient comme les héritiers de l’empire romain d’Orient – autrement dit Byzance – puis de l’empire ottoman, et les « Hellènes » de l’autre, qui se sentent partie prenante de la famille européenne dans la continuité de l’Antiquité et écartent « avec mépris » la composante orientale de leur histoire et de leur culture. Réactivé par l’opposition entre pro-européens et eurosceptiques, ce clivage fait aujourd’hui retour, comme en témoigne l’éditorial, en juillet dernier, du journal Kathimerini , qui appelait à la construction d’un nouveau récit national : je cite « Il faut que le pays devienne un exemple à suivre ou à analyser, plutôt que d’être un objet d’étude anthropologique, il faut redevenir plus Hellènes et moins Romioi ». Cette résurgence ethno-orientaliste expliquerait en partie selon l’auteure l’ambivalence à l’égard de l’Europe et la contradiction, dans l’opinion, entre le désir d’y rester et le refus des dispositions du plan d’aide imposé par la Troïka.

Enfin, à cet ancien clivage, historique et ethnique, s’en ajoute un autre qui ne le redouble pas forcément, c’est le clivage Nord-Sud au sein même de l’Europe. Cet ensemble de divisions empilées ne se reflète que partiellement dans la partition politique du pays, car ces lignes traversent chacun des grands et des petits partis, où qu’ils se situent sur l’échiquier, en ajoutant à la confusion dans le contexte de désagrégation de ce que les Grecs désignent comme la Metapolitefsi , cette période, consécutive à la dictature, de libéralisation de la société et de montée d’une culture de la contestation, au cours de laquelle, par ailleurs, deux grands partis, à droite la Nouvelle Démocratie et au centre le PASOK socialiste se sont partagé le pouvoir mais aussi des pratiques de gouvernance caractérisées par un fort étatisme et un système clientéliste octroyant des privilèges à certains – les fonctionnaires, les professions libérales et les entrepreneurs indépendants – au détriment des autres. Le meilleur tableau de la confusion qui règne dans le pays, c’est la série de manifestations entre mai et juillet 2011 sur la place Syntagma, où le bas de la place était investi par des sympathisants et des militants de gauche, et le haut par des manifestants proches des partis de l’extrême droite.

Jacques Munier

Revue Mouvements N°76 Dossier Amérique latine : capitalismes, résistances et reconfigurations politiques (La Découverte)

mouvements
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http://www.cairn.info/revue-mouvements-2013-4.htm

On change de continent, avec ce bilan de l’Amérique latine après son « virage à gauche », un dossier coordonné par Fabrice Andréani et Jim Cohen

William Robinson analyse la façon dont le capitalisme transnational est en train de bouleverser le paysage économique et social sur le continent, après la vague rose qui avait traduit à grande échelle la crise des politiques néolibérales antérieures, et malgré le fait que les pays gouvernés à gauche aient mieux résisté que d’autres aux effets sociaux de la crise mondiale. « L’usine globale est désormais rejointe par la ferme globale puisque l’agriculture latino-américaine est devenue un prolongement du nouvel agro-business transnational. »

On pense à l’agriculture de firme, qui investit, comme au Brésil, d’immenses territoires dévolus à une agriculture entièrement mécanisée et on peut dire industrielle

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