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Religion / Revue NUNC

7 min
À retrouver dans l'émission

Sigmund Freud : Religion (Gallimard) / Revue NUNC N° 27 Dossier Gerard Manley Hopkins

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Sigmund Freud : Religion (Gallimard)

Il y a dans ce volume, autour de l’Avenir d’une illusion, le grand texte de Freud sur la religion à l’époque du désenchantement, quatre textes qui témoignent de son intérêt pour le phénomène religieux, lui qui était résolument laïque quoiqu’il déclarât dans la préface à l’édition hébraïque de Totem et Tabou à propos de son renoncement à la religion de ses pères qu’il lui restait beaucoup de choses de cet héritage, « et probablement l’essentiel ». Le premier d’entre eux est un petit texte de 1907, où il aborde pour la première fois cette question, sous un angle oblique mais pénétrant, celui des compulsions névrotiques comparées aux rituels religieux, le fruit de l’observation spontanée d’une similitude frappante entre ce que les médecins de son époque appelaient le « cérémonial » des névroses obsessionnelles et les pratiques cultuelles et répétitives de la religion. S’y ébauche déjà l’idée que l’on « pourrait légitimement se risquer à en déduire des conclusions de nature analogique sur les processus psychiques à l’œuvre dans la vie religieuse ». Freud oppose dans ce texte la grande diversité individuelle des actes du cérémonial névrotique au caractère stéréotypé du rite, prières, génuflexion et autres, les mêmes pour tous. Pourtant, la névrose obsessionnelle renvoie bien « l’image distordue, caricaturale, à moitié comique, à moitié attristante, d’une religion privée ». C’est parce que ce qu’il appelle « les petits ingrédients du cérémonial religieux » ont un sens, dont les rituels obsessionnels semblent dépourvus à première vue et c’est la tâche de l’investigation psychanalytique que de parvenir à le dévoiler. D’où la conclusion de Freud : la névrose serait une sorte de religion privée quand la religion, elle, ne serait qu’une névrose obsessionnelle à propension universelle…

Le second des textes qui composent ce volume est paru en 1911 dans la revue Zentralblatt für Psychoanalyse sous le titre « Grande est la Diane des Ephésiens ». Il fait écho à un livre sur « Les villes mortes d’Asie Mineure » où il est notamment question du culte d’une déesse mère qui n’a pas manqué d’intriguer celui qui avait toujours assimilé le dieu des chrétiens et des juifs à une figure paternelle, à la fois protectrice et redoutable. Ce petit texte plein d’ironie évoque les avatars successifs de la Grande Déesse, d’Artémis à la Vierge Marie et Vincent Delecroix, qui signe une longue et belle préface, y voit l’ébauche d’un thème récurrent dans l’Avenir d’une illusion, celui du jeu de substitutions successives qui caractérise la religion et autorise la pensée d’une continuité entre le paganisme et le christianisme, ce qui vaut évidemment pour les analyses de Totem et tabou. Mais aussi pour l’idée qu’à travers ces substitutions se révèle une loi essentielle du phénomène religieux : celle de la répétition. Répétition, compulsion universelle, dans leur diversité de propos et d’occurrence, ces textes épars témoignent d’une grande cohérence de pensée.

Retour à la question du rituel dans la préface de 1919 au livre de Theodor Reik sur les Problèmes de psychologie religieuse. Psychanalyste non médecin, secrétaire de la Société psychanalytique de Vienne, Theodor Reik sera poursuivi pour exercice illégal de la médecine et c’est pour prendre sa défense que Freud écrira La question de l’analyse profane. Dans le texte qu’il donne en ouverture au livre de Reik, Freud revient sur l’histoire de la psychanalyse pour montrer combien elle a davantage emprunté dans ses méthodes d’investigation aux sciences de l’homme plutôt qu’à la médecine. Et le dernier de ces textes de circonstance revient sur une expérience de conversion vécue par l’un de ses confrères, médecin légiste, suite au choc provoqué par l’arrivée dans son service du cadavre d’une vieille femme. Freud interprète cette conversion comme l’indice d’un rapport infantile à la mère, un an après la parution de L’avenir d’une illusion, où il a notamment développé l’idée que les racines du phénomène religieux nous reconduisent à l’enfance de l’humanité, ses premiers commencements et qu’elles font signe vers une forme d’infantilisme dans l’humanité présente, en particulier à travers le désir de protection et de consolation.

Reste la copieuse et pénétrante préface de Vincent Delecroix, qui orchestre les nombreuses questions ouvertes par L’Avenir d’une illusion et les fait entrer en résonnance avec les textes publiés dans le volume qui paraît aujourd’hui, mais aussi avec Totem et tabou et L’homme Moïse. Alors, la religion, stade infantile de l’humanité, et de l’humanité en chacun de nous ? Mais ce n’est pas si simple. D’abord parce que Freud semble bien conscient, même s’il parle depuis l’écho laissé par le mot de Nietzsche « Dieu est mort », que l’attachement à la religion est puissant et durable et que sa disparition risque de créer un vide difficile à combler, un deuil, le deuil de la consolation, où la civilisation elle-même pourrait basculer. Et puis parce que la religion assure les « fondements divins » des prescriptions de la civilisation, à défaut d’avoir fourni la preuve de l’existence de Dieu. S’ils viennent à manquer, ces fondements, alors que deviennent les prescriptions ? La religion est une mémoire, et comme dit Vincent Delecroix, le « poids de l’histoire universelle dans la constitution du psychisme individuel ». « La religion, c’est le piétinement indéfini de l’humanité, bloquée dans l’enfance par le besoin de protection et de consolation, attachée à l’archaïsme de la scène primitive ». D’autant que si les religions sont faites de passé, elles ne rêvent que d’avenir et sous la forme de l’espérance, elles promettent une protection éternelle. C’est pourquoi Vincent Delecroix dans la lecture qu’il fait aujourd’hui de ce livre de 1927, parle aussi de « l’avenir d’une illusion d’avenir ».

Même s’il se place plutôt dans une optique positiviste et critique, et dans l’horizon d’un déclin des religions, Freud analyse avec soin ce qui fait leur autorité morale et sociale, et il se demande si la psychanalyse ne pourrait pas prendre la relève, en cas d’effondrement, au moins pour ce qui concerne le deuil de la consolation.

Jacques Munier

Revue NUNC N° 27 Dossier Gerard Manley Hopkins

10 ans déjà

Gerard Manley Hopkins, grand poète anglais, converti au catholicisme et qui s’est engagé dans la Compagnie de Jésus en pleine époque du désenchantement, il est né en 1844, au siècle du darwinisme qui vit nombre de ses contemporains, écrivains artistes et intellectuels abandonner le christianisme ou même cesser totalement de croire. La thématique religieuse est centrale chez lui, même travaillée par le doute et par les inventions formelles, notamment le fameux « rythme bondissant ». On peut citer son grand poème épique « Le naufrage du Deutschland », un navire chargé d’émigrants qui s’échoua le 7 décembre 1875 dans l’estuaire de la Tamise, causant la mort de 50 personnes et parmi elles cinq sœurs franciscaines condamnées à l’exil par les lois anti-catholiques de Bismarck

A signaler la contribution du romancier et essayiste américain Ron Hansen, qui revient sur son amitié avec Robert Bridges, auquel, dit-il, la littérature anglaise doit beaucoup, puisque malgré des réserves sur ce qu’il appelle son « hybris », extravagance ou excès, « il a été suffisamment responsable pour coller dans un livre blanc les poèmes manuscrits de son ami à mesure qu’il les recevait, car Hopkins était célèbre pour sa négligence et son insouciance quant à leur préservation »

Avec de nombreux poèmes et d’autres contributions éclairées (Michael Edwards, Jérôme de Gramont, Michèle Draper, Jean-Marie Lecomte, Emily Taylor Merriman…

« Sommaire Nunc 27 »

LIMINAIRE L’invention des adjectifs (pour les dix ans de Nunc)

OIKOUMÉNÈ

Franco MARCOALDI Le temps désormais compté (extraits)

Sylvain GUÉNA Itinéraires croisés. Les correspondances entre Max Jacob, Benjamin Fondane et Jacques Maritain

Gwen GARNIER-DUGUY Le chant des racines

Nicolas IDIER Le devoir d’inquiétude. Une lecture des Années fastes, de Chan Koonchung

Christophe LANGLOIS Tranströmer, l’enveloppement précaire

Joël-Claude MEFFRE L’index dressé de l’Absolu

AXIS MUNDI : Dossier Gerard Manley HOPKINS

Adrian GRAFE Introduction

René Gallet (1944-2012), hopkinsien hors-pair

Gerard M. HOPKINS Poèmes (traduction par René GALLET)

Adrian GRAFE Gerard M. Hopkins : dire davantage

Ron HANSEN Hopkins & Bridges

Gerard M. HOPKINS Poèmes (traduction par Jean MAMBRINO)

Michael EDWARDS Hopkins autrement dit

Jérôme de GRAMONT Hopkins et la poétique de l’assentiment

Gerard M. HOPKINS Poèmes (traduction par Jacques DARRAS)

Michèle DRAPER La nature dans l’oeuvre de Gerard Manley Hopkins

Jean-Marie LECOMTE L’imagination verbale de Gerard Manley Hopkins

Emily Taylor MERRIMAN « L’insistance en est le principe vital ». La vitalité du rythme dans la poésie de Gerard M. Hopkins

Jean-Baptiste SÈBE Du sacrifice au don : Balthasar lecteur de Hopkins

Claude TUDURI Au pays de Hopkins : quelques miettes d’un carnet de voyage

René GALLET Hopkins et l’individualité

CAHIER CRITIQUE sur Martin Heidegger, Louis Jeanne, Henri Maldiney, Yann Meessen, Paul Valadier, Annie Wellens

30ème Marché de la poésie , dès aujourd’hui et tout le week-end, Place St Sulpice dans le 6e arrondissement de Paris

Les revues, les éditeurs, les poètes

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