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Restaurer les œuvres d’art / Revue Dada

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Noémie Etienne et Léonie Hénaut (ss. dir.) : L’histoire à l’atelier. Restaurer les œuvres d’art (XVIIIe-XXIe siècles) Presses universitaires de Lyon / Revue Dada , la première revue d’art N°178 Dossier Dali (Editions Arola)

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Noémie Etienne et Léonie Hénaut (ss. dir.) : L’histoire à l’atelier. Restaurer les œuvres d’art (XVIIIe-XXIe siècles) Presses universitaires de Lyon

L’histoire de la restauration des œuvres d’art, de ses techniques et des principes qui l’animent est « un curieux objet historique », nous dit le sociologue Antoine Hennion dans sa contribution, « quelque chose comme une histoire au carré, celle de nos façons de voir le passé et, si ce passé n’est pas assez visible, de l’inventer ». Aujourd’hui on évite ce qu’on appelle les restaurations « illusionnistes » et « débordantes » qui confinent au « pastiche » réalisé « à la manière de » et qui entravent la compréhension ainsi que l’insertion de l’œuvre dans un contexte précis. On tente en somme d’en faire le moins possible et même d’opter pour des solutions réversibles quand elles existent, en tout cas modérées. Mais l’authenticité n’a pas toujours eu le même sens ni la même apparence. C’est l’histoire de conceptions en constante évolution que retrace cet ouvrage collectif – aussi collectif que les équipes actuellement en charge de la présentation des œuvres du passé qui intègrent conservateurs, historiens ou anthropologues s’agissant des arts premiers, et techniciens – une histoire qui concerne aussi bien les objets et œuvres de l’antiquité, la peinture, la sculpture ou le mobilier, que désormais le cinéma.

Comme le rappellent Noémie Etienne et Léonie Hénaut, ce sont les Italiens qui ont tenu le plus tôt un discours sur cette question, présente dans les premiers textes d’histoire de l’art, comme chez Vasari et plus tard chez Lanzi. L’Allemagne vient également s’inscrire dans cette tradition avec le Dictionnaire de Füssli qui intègre des biographies de restaurateurs à ses notices sur les artistes et les artisans, bientôt suivi par Goethe qui commente les interventions de ses contemporains. La Belgique, terre d’élection de la peinture, n’est pas en reste avec le Voyage pittoresque de la France et du Brabant de Jean-Baptiste Descamps qui, en 1769, comporte de nombreuses observations sur l’état matériel des œuvres qu’il décrit. Et Dominique Poulot, qui signe une substantielle contribution sur la fascination qu’exerce la restauration sur l’historien d’art, examine la conception française issue du regard révolutionnaire porté sur les œuvres du passé, au rebours de l’histoire, celle en tous cas de l’Ancien Régime, lequel est comme on sait une invention de l’époque.

« Penser la restauration des œuvres, c’est préserver dans le legs des générations écoulées les matériaux du futur », ainsi résume-t-il cette attitude paradoxale à l’égard des vestiges qui, extraits du passé valent contre lui, pour le présent et l’avenir. Les collections républicaines, comme l’affirme L’abbé Grégoire, sont destinées à « montrer les œuvres négligées qui témoignent du mépris dans lequel on tenait, jusqu’à maintenant la vérité » et du coup la restauration se met à postuler une provenance supérieure, celle d’un état primitif qui transcende les conditions de la commande et les contraintes de la situation historique pour des œuvres souvent exhumées dans d’obscures réserves. C’est ainsi que la rhétorique de la restauration vient à l’époque restituer à l’œuvre d’art sa dimension originelle et à l’artiste son statut de créateur, érigé en modèle de liberté. A cela s’ajoute à l’époque une activité redoublée des restaurateurs en raison du mouvement des œuvres à travers toute l’Europe.

L’engouement pour l’antique viendra très vite brouiller l’image de l’activité, comme le montre Delphine Burlot, en faisant de la contrefaçon une tentation d’expert. Elle examine le cas de Camillo Paderni, artiste, restaurateur et antiquaire napolitain au XVIIIe siècle, responsable des fouilles d’Herculanum et notamment des peintures à déposer pour alimenter la collection du roi de Naples. Très critiqué pour sa technique de restauration qui s’apparenterait à la fabrique de pastiches, il avait pris l’étrange parti de détruire les peintures qu’il ne voulait pas détacher et qui représentaient des motifs déjà présents dans le musée, sous prétexte que circulaient à Rome des œuvres de Pompéi vendues clandestinement, et donc afin d’éviter le pillage. Or il s’est avéré qu’elles étaient des contrefaçons réalisées par un de ses proches, un habile faussaire du nom de Giuseppe Guerra. Lorsque celui-ci est démasqué, Paderni le dénigre publiquement en le traitant de « faussaire ignorant ». Tout est dans le qualificatif d’ignorant, qui laisse entendre que la supercherie d’un véritable expert ne saurait être dévoilée, comme celle de la Muse de Cortone , un faux dont il est certainement l’auteur et dont on a découvert récemment qu’elle n’était qu’une contrefaçon inspirée. Depuis la découverte des vrais-faux de Pompéi, les fouilleurs d’Herculanum ont été enchaînés les uns aux autres et fouillés à la sortie du site. Et la frontière entre restaurateur et faussaire s’est effritée comme un vase antique mal conservé.

Au fond, c’est la même question qui court d’un bout à l’autre de l’ouvrage, qu’on parle d’amphores panathénaïques, d’antiquités égyptiennes, d’édifices médiévaux ou de la restauration des vieux films. Marie Frappat qui revient sur l’histoire et les pratiques des professionnels dans ce domaine évoque la « tension entre deux objectifs le plus souvent inconciliables : la reconstruction philologique des films d’un côté et la restitution de leur dimension spectaculaire de l’autre ». On ne colorise plus les anciens films en noir et blanc mais dans le domaine du son ils subissent aujourd’hui les mêmes transformations avec des remixages presque systématiques qui font hurler les archivistes qui parlent de « destruction ». Et même si l’on fait souvent appel au directeur de la photo du film original au stade de l’étalonnage, la distinction entre le monde commercial de l’industrie et l’univers des cinémathèques n’est pas assurée, surtout avec l’essor du marché de la vidéo. L’auteure relève au passage que si l’on n’hésite pas à recourir aux professionnels du film original au cours du travail de restauration, on évite de faire appel au réalisateur lui-même car il ne peut résister au désir d’en profiter pour refaire ou améliorer son œuvre.

Jacques Munier

Revue Dada , la première revue d’art N°178 Dossier Dali (Editions Arola)

La première parce qu’elle adresse aux plus jeunes d’entre nous, cette magnifique petite revue mensuelle que les grands auront plaisir à découvrir avec leurs enfants (mensuelle, sauf pendant les vacances d’été)

Alors à l’approche de Noël, une belle idée de cadeau : un abonnement pour entrer avec eux dans le monde de l’art, d’autant qu’ils se débrouillent toujours pour sortir des dossiers en lien avec des expositions en cours : ce mois-ci c’est Dali, dont on peut voir la grande rétrospective au centre Pompidou

Des pages pratiques pour s’initier à la création, et dans cette livraison des « ateliers fous, fous, fous… »

Et des pages d’ « artualités » qui signalent d’autres expos ou proposent une petite visite au musée de l’illustration jeunesse, à découvrir pendant les vacances de Noël

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