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Rimbaud et la Commune de Paris / Revue Aden

4 min
À retrouver dans l'émission

Kristin Ross : Rimbaud, la Commune de Paris et l’invention de l’histoire spatiale (Les Prairies ordinaires) / Revue Aden N°12 (Paul Nizan et les années 30) Dossier La plume contre le fascisme (1930-1935)

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« Sous quel jour apparaîtrait Rimbaud – se demande l’auteure – réfracté dans le discours et la culture politique de la Commune ? » Même s’il n’a pas participé directement à l’expérience de démocratie radicale mise en œuvre au cours des soixante-treize jours qu’elle a duré jusqu’à la fin de la semaine sanglante, Rimbaud a manifesté par sa vie et ses textes, poèmes ou lettres, des affinités profondes avec la première grande révolte ouvrière de cette ampleur. Kristin Ross relève les traces, nombreuses, de cette affinité qui fait écho à l’événement et à l’époque. Elle les a ordonnées suivant des thématiques comme l’espace urbain – le droit à la ville – la paresse comme forme de résistance au travail asservissant de l’ère industrielle, la géographie de la révolte, de Charleville-Mézières à Paris, Bruxelles ou Londres, le rapport problématique au collectif ou enfin les fameux slogans rimbaldiens, toujours neufs malgré leur remarquable longévité : « Changer la vie », « L’amour est à réinventer », « Je est un autre », « Il faut être absolument moderne »… « Après tout – avance l’auteure – c’est peut-être Rimbaud et non le Baudelaire que nous lisons au prisme de la passion dévorante de Walter Benjamin pour la ville de Paris, qui a su le mieux rassembler les figures et les tropes de ce siècle. »

Et de fait, sous sa lecture attentive, on voit Rimbaud concocter « les emblèmes et les slogans, tous les futurs possibles de son moment historique ». Le poète qui écrivait en mai 1871 dans une lettre à Paul Démeny que « les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles » rédige l’été de cette même année une « constitution communiste » aujourd’hui perdue qui s’inspirait de la forme et de l’organisation de la Commune, et dont son ami Ernest Delahaye a gardé le souvenir. Sans aller d’abord aux poèmes les plus explicitement politiques de Rimbaud, comme Les mains de Marie-Jeanne , un éloge de l’action révolutionnaire des femmes sous la Commune, ou Chant de guerre parisien , qu’il présente comme un « psaume contemporain », Kristin Ross s’attarde sur les textes où le jeune poète préfigure, dans le rêve ou la métaphore, je cite : « un espace social adjacent à celui mis en œuvre par les insurgés au cœur de Paris ». Et c’est parfois terriblement concret quand elle se réfère par exemple aux Instructions pour une prise d’armes d’Auguste Blanqui à propos de l’usage stratégique des barricades et en particulier la pratique consistant à « percer les maisons » pour permettre aux insurgés de se déplacer librement dans toutes les directions. « Un souffle ouvre des brèches opéradiques dans les maisons – peut-on lire dans Nocturne vulgaire , l’un des poèmes des Illuminations – brouille le pivotement des toits rongés, disperse les limites des foyers ». Walter Benjamin avait noté que pour le flâneur de la fin du Second Empire, la ville se métamorphosait en intérieur, notamment dans ses passages ; pour le Communard, c’est l’inverse, l’intérieur devient une rue et Rimbaud l’avait enregistré en temps réel.

Il n’est pas jusqu’à la brièveté de l’événement, Rimbaud en météore renonçant au « métier » de littérateur et la Commune dont l’échec peut être renversé en succès, celui notamment de n’avoir pas débouché sur une bureaucratie révolutionnaire, qui ne constitue de puissantes correspondances dans la fabrication du mythe. Dans l’autobiographie symbolique que Rimbaud se construit au fil des poèmes, et dont le collectif est souvent le nom, Gaulois à l’œil bleu-blanc ou horrible travailleur, les échos de l’épisode communard sont partout présents, sous une forme à peine voilée. C’est ce qui apparaît sous le regard perçant de Kristin Ross.

Jacques Munier

Tristan Tzara à propos de Rimbaud : une « éthique du combat »

Le poète rétif à l’idée d’une « vocation » : trouver un travail, être rentier ou fonder un foyer et même le « métier » de poète lui répugne

Les fugues : P. 91 Ma bohème

Revue Aden N°12 (Paul Nizan et les années 30) Dossier La plume contre le fascisme (1930-1935)

http://www.paul-nizan.fr/revue-aden-paul-nizan-et-les-annees-trente/

La mobilisation des écrivains face à la montée du fascisme en Europe dans la première moitié des années 30, une période moins connue que celle qui lui succède et dans des pays d’Europe de l’Est ou du Sud, comme la Hongrie, la Pologne, l’Espagne ou le Portugal, avec pour la France un retour sur le roman historique de Jean Cassou Les massacres de Paris , qui réquisitionne la mémoire de la Commune de Paris pour faire face au présent (Alexis Buffet), ou la contribution d’Anne Mathieu sur l’engagement des intellectuels français et en particulier de Paul Nizan en faveur du Négus Hailé Sélassié d’Ethiopie devant l’invasion de son pays par l’Italie de Mussolini

L’intérêt de cette livraison réside également dans les nombreux textes de l’époque, rassemblés dans un cahier documentaire, textes et témoignages retrouvés

« La peste brune a passé par là », écrit Daniel Guérin dans sa remarquable série de reportages sur l’Allemagne nazie, publiée dans le quotidien de la S.F.I.O. Le Populaire entre le 25 juin et le 13 juillet 1933. Moment où les bottes bruissent avec une puissance singulière, mais que peu interprèteront dans sa gravité véritable. Moment que l’on retient avant tout, alors que l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler en Allemagne s’effectue dans un contexte européen propice depuis une grosse décennie à l’envahissement fasciste – sous quelque forme qu’il prenne.

  • Vient, d’ailleurs et ensuite, l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie en octobre 1935, inaugurant une ère de conquêtes territoriales qui ne cesseront de se poursuivre à partir de cette date, l’Allemagne nazie prenant ensuite le relais en Europe. La « montée des périls », célèbre expression provenant du titre d’un des volumes des Hommes de bonne volonté de Jules Romains paru en 1935, recouvre donc une réalité bien plus ancienne. Simplement la « ruée des hommes bottés » (Magdeleine Paz) commence à atteindre un rythme infernal qui ne la quittera plus…*

Anne Mathieu, directrice de la publication

Au sommaire :

Mathilde Lévêque : « Enfants, le monde est en flammes ! La plume contre le nazisme dans l'écriture pour la jeunesse en Allemagne (1930-1935) »

Georges Da Costa : « L’écrivain-journaliste portugais José Rodrigues Miguéis face à l’installation de la dictature de Salazar »

Sophie Kurkdjian : « Enquêter pour mieux condamner : le magazine Vu face aux fascismes allemand et italien (1930-1935). Aperçus »

Alexis Buffet : « Un roman historique antifasciste : Les Massacres de Paris (1935) de Jean Cassou »

Anne Mathieu : « "Le temps des incendies" : Paul Nizan et les débuts du conflit italo-éthiopien »

Héritages de l’antifascisme du début des années 30

Xavier Nerrière : « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux… »

Xavier Nerrière : « Ami, si tu tombes… »

« Textes et Témoignages retrouvés »

Présentation de Pierre-Frédéric Charpentier

I ― Contre le nazisme

Feuille Rouge

Présentation de Patrice Allain

« Au feu ! [extraits] »

Paul Vaillant-Couturier : « Au Feu ! »

Henri Barbusse : « [Télégramme] »

Romain Rolland : « [Déclaration] »

Jean-Richard Bloch : « [Déclaration] »

André Delons : « Front culturel »

Pierre Unik : « De Thiers à Hitler »

Georges Sadoul : « Voici un présage du ciel »

« Rot Front ! [extraits] »

Paul Vaillant-Couturier : « Rot Front [extraits] »

Jean Fréville : « 5 millions ! »

Andrée Viollis

Élie Faure

Eugène Dabit

Ozenfant

Deux textes retrouvés de Paul Nizan

Présentation de Anne Mathieu

« Front rouge »

« Alerte ! »

Trois textes d’André Beucler

Présentation de Roland Beucler

« Seize mois de régime hitlérien – I – Le racisme contre les religions. Chez les protestants »

« Seize mois de régime hitlérien – II – Hitler contre l’église catholique »

« Seize mois de régime hitlérien – III – Le national-socialisme et les israélites »

Une nouvelle retrouvée d’Anna Seghers

Anna Seghers : « Le rectangle » (traduction de Mathilde Lévêque)

II ― Contre le fascisme français

Victor Basch : « Aux ligueurs – Le fascisme ne passera pas ! »

Louis Dolivet : « Peut-on serrer la main à un fasciste ? »

Paul Vaillant-Couturier : « Croix de feu mon camarade… »

III – Réflexions

Pierre Gérôme : « Le faisceau de verges »

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