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Sexe et amour de Sumer à Babylone / Les cahiers européens de l’imaginaire

6 min
À retrouver dans l'émission

Véronique Grandpierre : Sexe et amour de Sumer à Babylone (Folio) / Les cahiers européens de l’imaginaire Février 2012 Dossier L’Amour (CNRS Editions)

L’auteure s’emploie pour commencer à balayer les mythes et les ragots répandus par les Grecs, Hérodote en tête, sur l’oriental lascif et décadent, efféminé et cruel, soumis au gouvernement des épouses les filles vendues à l’encan en mariage, l’obligation faite aux femmes de se rendre au moins une fois dans leur vie au temple pour s’offrir au premier venu… des mythes qui ont eu la vie dure puisqu’on les retrouvera des siècles plus tard sous la plume du marquis de Sade. Ces fantasmes étaient aussi destinés à mettre en valeur, par contraste, la retenue et la vertu masculine des hellènes, sans doute aussi en grande partie fantasmée, mais on n’en trouve aucune trace dans les documents délivrés par l’archéologie qui révèlent plutôt un encadrement de la sexualité, même s’il est vrai qu’aucun tabou moral n’est porté sur le plaisir et l’amour, même entre personnes du même sexe.

Véronique Grandpierre a organisé sa défense en six parties : la sexualité des dieux, beaucoup moins volages que ceux du Panthéon grec et qui restent entre eux pour faire la chose, à quelques exceptions près, notables cependant, comme celle de Gilgamesh, deux tiers divin et un tiers humain du fait de la divinité de sa mère. La place de chacun des deux sexes sous le regard de la société, ainsi que le cadre légal dans lequel se produisent ces relations amoureuses, essentiellement conjugales et qui doivent favoriser la fécondité constituent les deux parties suivantes. Viennent ensuite les transgressions à ce cadre sociétal et juridique, les amours illicites et les infractions sexuelles : l’adultère, le viol voire la zoophilie. Au chapitre 5, nous sommes enfin autorisés à pénétrer le jardin des délices, les lieux pour le faire et les mots pour le dire. Et pour s’envoyer en l’air dans la machine à remonter le temps, le dernier chapitre nous dévoile tous les secrets de la séduction à Babylone, les parfums, les huiles et les pigments, ainsi que les sortilèges du plaisir partagé ou encore les préconisations en cas de panne.

Pour ce qui est des mots, les plus crûs conviendront à notre édification. « Je veux te baiser ! » déclare sans ambages le dieu Enlil à la belle Ninlil qui se baignait dans la rivière en contrevenant aux recommandations de sa mère, et la jouvencelle lui rétorque que son organe est trop petit, ce qui se révèle au bout du compte un prétexte. En Assyrie, elle est parfois identifiée à la grande déesse de l’amour, Ishtar, ou Astarté, dont les amants connaissent un destin funeste. Eternelle célibataire et amoureuse, elle n’est pas la déesse du mariage et son temple est parfois désigné comme « la taverne » ou « le bordel », ce qui revient au même. C’est pourquoi lorsqu’elle propose son lit à Gilgamesh, celui-ci refuse énergiquement en déclamant : « Tu n’es qu’un brasier qui s’éteint dans la glace, une porte ouverte qui ne retient ni vent ni brise, un palais royal qui crève les yeux du guerrier… » Curieusement, dans l’univers des dieux, c’est à Enki/Ea, le dieu de la sagesse, que sont associées les représentations phalliques trouvées en Mésopotamie. L’auteure ne s’autorise aucune déduction mais le fait est là et pour nous il fait signe en direction de l’amour socratique et de la « paideia » grecque, l’éducation aux vertus des amitiés particulières.

Pour ce qui est des questions de genre, à part l’exception d’Ishtar, divinité et pouvoir royal sont dévolus aux hommes. Même si la femme est vénérée pour sa fonction de reproduction, nous sommes dans le contexte de la domination masculine et si les épouses des marchands assyriens assument les charges de l’entreprise familiale en l’absence de l’époux, tout indique un statut secondaire par rapport à l’homme, à travail égal le salaire peut être inférieur de moitié et même si la femme esclave peut accroître par ses enfants l’importance de la domesticité, son prix d’achat reste inférieur de 30 à 50% à celui d’un homme. Déjà le plafond de verre, rien de nouveau sous le soleil de la méditerranée. Véronique Grandpierre détaille le statut personnel en termes de mariage, dot et virginité en bandoulière, la législation du divorce, pas forcément défavorable aux femmes, l’interruption de grossesse punie de mort, l’adultère aussi selon les circonstances, sauf pour l’homme s’il peut prouver qu’il ignorait la qualité d’épouse de la victime, notamment. Je n’entre pas dans les détails de distinction sociale, selon qu’il s’agit d’une bourgeoise, d’une poissarde ou d’une esclave, mais même dans ce dernier cas une législation appropriée prévoyait pour l’infraction sa sentence graduée et équilibrée, selon les critères de l’époque évidemment.

Et l’amour, le plaisir, dans tout ça ? D’après Véronique Grandpierre, « dans le Proche-Orient antique, la femme prend une part active aux jeux du sexe ». La littérature érotique liée au mariage sacré insiste sur l’excitation sexuelle de la jeune fille, gage de fécondité heureuse.

Et même si la peinture de l’amour et des sentiments est plus rare dans les documents dont nous disposons et le plus souvent évoquée par la métaphore du miel, un recueil de diagnostics décrit des symptômes inamovibles dans les siècles des siècles P. 233

Jacques Munier

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