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Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band / revues Europe et Rehauts

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À retrouver dans l'émission

Françoise Luton : Peter Blake et Sergeant Pepper (L’Harmattan)

Pour annoncer la 15ème édition du Festival Voix de la Méditerranée du 16 au 22 juillet prochain, dans la ville de Lodève, près de Montpellier, 2 Revues : Rehauts N°29 et Europe N°998-999

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Françoise Luton : Peter Blake et Sergeant Pepper (L’Harmattan)

Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, on se souvient tous de la pochette de l’album, presque davantage que de son contenu…

C’est l’histoire de cette pochette emblématique des années 60 et de son créateur, Peter Blake, peintre et plasticien, une grande figure du Pop Art britannique. Emblématique, cet objet le fut à plus d’un titre. Premier album concept de l’histoire de la pop music, première pochette à avoir été réalisée par un artiste et non par un graphiste, la plus colorée, la plus chère également à cette époque et la seule à avoir déclenché un concours planétaire de décryptage des innombrables signes dont elle est faite. Enfin, elle est une illustration parfaite et unique dans sa forme de la rencontre entre Pop Art et pop music.

Son créateur, Peter Blake est un esprit éclectique, collectionneur d’images en tout genre : cartes à jouer, publicités, photos de magazines, cartes postales avec lesquelles il réalise des collages qui reflètent une culture collective. Amateur de cirque, ce qui n’est pas sans conséquences pour notre histoire, il s’inspire également de l’esthétique du music hall et du cabaret, ce qui entre en résonnance avec l’univers des garçons de Liverpool, qui s’étaient produits à leurs débuts dans certains des nombreux établissements que comptait la ville, où se trouvait le terminal de la compagnie Cunard qui assurait les liaisons transatlantiques avec les Etats-Unis.

Au départ, Paul McCartney voulait une couverture psychédélique, dans l’esprit de celle de leur album précédent, Rubber Soul, où seules les lettres du titre s’inscrivaient dans un coin comme des ballons mollement gonflés au dessus d’une photo du groupe en grand angle arrondi. Mais les Beatles voulaient faire du neuf, rompre avec une image pourtant toute jeune et c’est Robert Fraser, galeriste et animateur des courants d’avant-garde qui leur conseilla de s’adresser à Peter Blake, qu’il avait soutenu et exposé, tout comme Richard Hamilton, Andy Warhol ou ED Ruscha.

Peter Blake concentra tout son talent et ses références picturales et plastiques pour réaliser une image grandeur nature, un format nouveau pour lui. C’est Paul McCartney qui eut l’idée de représenter le groupe sous les traits d’une fanfouille de cuivres posant à la fin d’une session sur la scène d’un kiosque à musique, d’où le parterre de fleurs au premier plan de la photo, qui évoque le parc municipal, une thématique qui était évidemment parlante pour le peintre. Lequel recréa en studio le décor d’un jardin public, composé avec de vraies plantes et de vraies fleurs, et même d’insoupçonnables vrais plants de cannabis, ce qui constitua le poste budgétaire le plus important sur les quinze jours, plus trois heures de pose, que dura le tournage, afin de maintenir toute cette végétation en état de fraîcheur.

Les allusions à la drogue, indices certains de revendication d’une libéralisation des mœurs qui était dans l’air du temps, sont nombreuses dans cette réalisation graphique, mais aussi dans le contenu de l’album. On sait que la chanson « Lucy in the sky with diamonds », dont les initiales forment l’acronyme LSD, avec son inspiration psychédélique et ses références à l’univers d’Alice au pays des merveilles, rendent compte d’une expérience effective. Dans la nébuleuse serrée des 67 personnages qui figurent en arrière-plan comme une foule imaginaire et où les plus perspicaces reconnaitront même l’écharpe de Marlène Dietrich, on peut distinguer le visage d’Aldous Huxley, l’auteur des Portes de la perception , un livre culte de cette génération, dont un chapitre explore l’usage de la mescaline, ainsi que celui de William Burroughs. Deux titres au moins de l’album, en plus de celui que je viens de citer, évoquent l’usage de stupéfiants : Fixing a Hole et With a Little Help from my Friends .

L’ambition des Beatles était de faire de l’album une sorte d’œuvre d’art totale et la pochette était le meilleur affichage de cette intention. Contrairement aux autres, Sgt. Pepper n’était pas une simple compilation de titres mais un ensemble dont les éléments étaient liés, dans la grande diversité de leur genre, du fox-trot au rock & roll, comme des numéros de cirque qui se succèdent sans interruption, ou comme un spectacle de music hall, avec la présence du public. Le résultat, une sorte de collage musical, donne en gros ce qu’on a désigné comme concept album , un énorme défi surgi au firmament de la pop, face auquel les concurrents américains des quatre garçons de Liverpool, les Beach Boys, échoueront à deux reprises et qui inspirera aux Who leur opéra rock Tommy .

C’est le photographe des Rolling Stones, Michael Cooper, qui prendra la photo du dispositif imaginé et orchestré par Peter Blake. La séance qui parachevait l’opération eut lieu le 30 mars 1967 dans le studio du photographe, les Beatles au garde-à-vous en uniforme de parade, au milieu de l’aimable capharnaüm de l’artiste. L’album est sorti le 1er juin 1967 en Grande-Bretagne et le jour suivant aux États-Unis. Par la suite, la pochette, tout comme le concept, fut imitée, voire pastichée, par Franck Zappa notamment. Et le petit jeu de la chasse aux indices commençait pour les fans à travers le monde. Tant et si bien que la photo au dos de l’album où l’on voit Paul McCartney poser de dos fut à l’origine d’une rumeur selon laquelle il était mort dans l’accident de voiture qui avait inspiré la chanson A Day in the Life . Un bel exemple de prophétie autoréalisatrice !

Jacques Munier

Revues Rehauts N°29 et Europe N°998-999

De la poésie avant tout

Pour la 15ème année consécutive, du 16 au 22 juillet prochain, le Festival Voix de la Méditerranée déploie la poésie dans la ville de Lodève, près de Montpellier Lectures, rencontres, performances, spectacles, concerts pour vibrer à l’unisson des poètes et artistes de l’ensemble du bassin méditerranéen.

Plus de 50 poètes de 24 pays méditerranéens, une centaine d’artistes musiciens, comédiens, danseurs investissent la ville et proposent plus de 200 événements

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