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Sport : l’imposture absolue / Revue Desports

4 min
À retrouver dans l'émission

Michel Caillat : Sport : l’imposture absolue (Le Cavalier Bleu) / Revue Desports N°3

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Une fois de plus l’idéal olympique va servir à redorer le blason d’un régime dénoncé pour ses atteintes aux droits humains. Après l’Allemagne en 1936, le Mexique en 1968 où les Jeux s’ouvrent par le massacre des étudiants de la place des Trois-Cultures, l’URSS en 1980, la Chine en 2008, c’est aujourd’hui la Russie de Poutine. Alors qu’il s’apprêtait à publier un rapport accablant sur l’impact des chantiers pharaoniques de Sotchi sur l’environnement, le militant vert Evgueni Vitichko vient d’être condamné à trois ans de prison. Michel Caillat rappelle que ces jeux d’hiver, les plus chers de l’histoire, ont également battu des records en matière de corruption, entre 30 et 50% des fonds selon les estimations, des fonds publics pour l’essentiel. Ce sont aussi les jeux les plus sécuritaires – 1 policier pour 10 habitants – compte tenu de la proximité de la poudrière du Caucase, et le choix géopolitique de Poutine n’est pas dû au hasard. Mais qu’on se rassure, d’après Jean-Claude Killy, président de la commission de coordination, grâce à la charte olympique, la démocratie va progresser à grands pas dans ce pays.

C’est cette imposture, sous toutes ses formes et dans tous les sports, que dénonce Michel Caillat dans son livre, l’imposture de « l’idéal sportif » qui masque la violence, le racisme, la corruption et le dopage. Son réquisitoire est à la mesure de l’omerta qui sévit un peu partout dans le monde sportif sur ces questions. Derrière les paroles lénifiantes sur la valeur éducative, le fair-play, le dépassement de soi, c’est une réalité bien différente qu’il met en lumière. L’esprit de compétition tourne vite à la guerre de tous contre tous, il apparaît sous sa plume, non pas comme la saine concurrence d’individus libres et égaux dans une activité ludique et physique mais comme la continuation de la guerre sous d’autres formes. Avec le business du sport, on est loin du jeu à somme nulle que décrit Claude Lévi-Strauss dans La Pensée sauvage , tel que le pratiquent les Gahaku-Gama de Guinée qui ont appris à jouer au foot mais le conçoivent comme un rituel stabilisateur, jouant autant de parties que nécessaire pour parvenir à une égalité des victoires et des défaites dans chaque camp.

Il est vrai que l’esprit de compétition semble consubstantiel à notre humanité moderne, au point que l’on a pu observer que le plaisir des enfants s’émoussait assez vite au jeu si l’on n’organisait pas une compétition entre eux. Mais outre que les conditions de cette rivalité sont loin d’être égalitaires dans le sport professionnel compte tenu de sa mercantilisation, avec le dopage cette compétition ne prend pas seulement une tournure moralement condamnable, elle vire à la concurrence déloyale et à la joute entre laboratoires. On sait désormais que le dopage touche pratiquement tous les sports, engageant une course de vitesse entre contrôles et produits encore indétectables. On évoque même la possibilité d’usages de la thérapie génique dans cette quête infinie des résultats et des records. A tel point que la situation s’est en quelque sorte inversée : ce ne sont plus les sportifs qu’il faudrait protéger des apprentis-sorciers, mais les scientifiques eux-mêmes des pressions provenant du monde et de l’économie du sport pour détourner des traitements expérimentaux afin d’améliorer les performances. L’époque des athlètes génétiquement modifiés n’est pas loin. L’enjeu serait notamment de raccourcir la durée du repos nécessaire pour augmenter celle de la phase favorable à l’entraînement sans nuire aux capacités musculaires et psychiques de la résistance à l’effort. Pour les besoins du spectacle et de la rentabilité financière ce temps de repos est constamment écourté. Les médecins de la commission médico-sportive nationale considèrent depuis longtemps déjà que pour éviter l’abus du dopage, il serait souhaitable, entre autres, d’alléger le calendrier des compétitions.

Jacques Munier

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Revue Desports N°3

http://revuedesports.com/

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