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Supporters du PSG / Revue Mouvements

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Éric Wittersheim : Supporters du PSG. Une enquête dans les tribunes populaires du Parc des Princes (Le Bord de l’eau) / Revue Mouvements N°78 Dossier Peut-on aimer le football ? (La Découverte)

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Publiée aujourd’hui, cette enquête a été menée durant deux ans, entre 1993 et 1995, à une époque que l’on considère comme le premier « âge d’or » du PSG. L’auteur assure que, du point de vue des supporters « rien ne semble avoir changé » mais les débordements de violence de certains d’entre eux ont amené les dirigeants, comme en Angleterre, à adopter des mesures drastiques qui ont eu pour effet de désagréger la base populaire de ce public. En se débarrassant de la minorité la plus agressive, raciste, voire néo-nazie des « ultras » du fameux « virage de Boulogne » sur lesquels porte cette enquête, le club a en quelque sorte « jeté le bébé avec l’eau du bain » et confirmé par là-même une tendance à la « disneylandisation » de l’événement sportif qui va de pair avec l’évolution de son image. Le blason redoré par les capitaux du Qatar et l’acquisition de joueurs-vedettes, le PSG a voulu rompre avec la mauvaise réputation que lui faisaient ses supporters les plus infréquentables. Mais le placement aléatoire dans les tribunes des virages Auteuil et Boulogne, destiné à éviter les regroupements, empêche désormais les familles populaires de s’y rendre avec les enfants du fait de la dispersion. Restent les tribunes latérales, où les places sont les plus chères et qui reçoivent en général un public occasionnel de simples spectateurs plus fortunés, une clientèle que le club souhaite développer au détriment des remuants supporters abonnés. Aujourd’hui, même le foot se gentrifie…

C’est ce qui fait tout l’intérêt de cette enquête aux couleurs « vintage ». L’auteur a pratiqué l’observation participante, non sans difficultés, dans le virage Boulogne, considéré comme l’un des « kops » les plus dangereux d’Europe. Le premier obstacle rencontré concernait la prise de notes, qui éveillait les soupçons : « flic », « balance », « journaliste ». Par ailleurs l’anthropologue s’est aperçu que le spectacle était plutôt dans ces tribunes où l’on se tient debout que sur le terrain qu’on ne voit pas bien depuis ces virages éloignés, sauf lorsque l’action se rapproche des buts. Mais du coup son attention s’est concentrée sur le public, et sa relative indifférence à l’égard des détails de la rencontre – à l’exception toutefois des matchs à gros enjeux – lui est apparue comme un fait significatif. Car il a fait la même étonnante observation lors de réunions devant la télé, où les moyens techniques – gros plans, retours en arrière, ralentis – permettent de visualiser les actions en détail. Parmi la dizaine de supporters fervents rassemblés devant le petit écran, pas un n’a suivi la rencontre avec une attention soutenue durant une heure et demie. Ce qui comptait le plus, c’était l’être-ensemble, et le nombre de cannettes descendues pour établir une moyenne.

D’autres éléments illustrent l’importance de ce sentiment communautaire. À commencer par la tribune elle-même, investie comme un territoire, une attitude qui est à l’origine de réactions violentes lorsque la police intervient sur les lieux, ou lors du drame du Heysel, lorsque les supporters des équipes opposées sont installés dans le même virage. C’est pour cette raison que la tribune Boulogne a été divisée en deux mais cette mesure semble avoir renforcé le refus des supporters de voir les CRS approcher, comme le montrent les événements survenus lors du match PSG-Caen en août 1993 où l’intervention des forces de l’ordre s’est soldée par une dizaine de policiers blessés, dont un grièvement. La violence, qui n’est le fait que d’une petite minorité, est cependant intégrée à la rhétorique guerrière des supporters, même s’ils ne sacrifient pas à la « mode » du hooliganisme. Elle est un marqueur fort du sentiment communautaire et si elle se limite le plus souvent au registre du discours et aux menaces verbales elle exerce sur tous une indéniable fascination. Elle constitue l’élément où se propagent les insultes et le racisme, ou encore les postures que relaient les fanzines des groupes « ultras », aux noms résolument belliqueux.

Il y a d’autres facteurs moins visibles et plus diffus de ce sentiment communautaire, comme la mauvaise foi partagée, marqueur de fidélité à l’équipe, qui amène les Boulogne boys à soupçonner systématiquement l’arbitrage, ou à manifester leur prédilection pour l’adversaire historique d’une équipe ennemie, par exemple le Barça contre le Real Madrid, ou Toulon contre Marseille. Mais ces alliances de circonstance subissent parfois des retournements lorsque, par exemple, les catalans deviennent les adversaires du PSG. L’anthropologue s’est également intéressé à la composition sociale de ces groupes de supporters. Visiblement, elle est très diverse. Parmi ceux qui sont passés devant le juge après les affrontements contre les CRS lors du match PSG-Caen du 28 août 1993, nombreux étaient les « fils de bonne famille ».

Jacques Munier

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Revue **Mouvements** N°78 Dossier Peut-on aimer le football ? (La Découverte)
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Le dernier N° disponible, N°80 Dossier Le travail contre nature. Syndicats et environnement [http://mouvements.info/](http://mouvements.info/) Au sommaire du N°78 : « Le côté noir des affaires » : délinquance financière, mondialisation et football. Entretien avec Noël Pons « Univers de rêves et de paillettes autant que de muscles et de sueur, le football n’existe pourtant pas en dehors, ou au-delà, du monde qui l’entoure. Acteur à part entière du tissu économique et social, il n’échappe pas aux pratiques crapuleuses qui y fleurissent. Noël Pons, ancien inspecteur des Impôts, ancien conseiller au Service central de prévention de la corruption, revient à travers cet entretien sur les manipulations financières existantes dans le football. » Ludovic Lestrelin : Les territoires réinventés du football mondialisé « Le football semble s’être émancipé de ses bases locales et nationales. Joueurs, images, capitaux circulent à l’échelle mondiale, construisant un marché globalisé alimenté par de multiples produits dérivés, compétitions hors-sol et autres tournées promotionnelles de grands clubs dont les soutiens ne se réduisent plus aux seuls supporters locaux. Le phénomène des « supporters à distance », qui témoigne de modalités renouvelées de construction des sentiments d’appartenance, ne doit cependant pas s’analyser sous le signe du désencastrement spatial. Les pratiques de ces supporters révèlent en effet l’importance des lieux associés au club soutenu, en particulier son stade où ils côtoient des supporters locaux qui sont tout à la fois en première ligne dans la promotion de l’identité locale du club et dans les mobilisations pour défendre son ancrage spatial. »
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