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Temps de travail et temps de vie / Revue Sociologie du travail

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Paul Bouffartigue : Temps de travail et temps de vie. Les nouveaux visages de la disponibilité temporelle (PUF) / Sociologie du travail Vol. 54 (3), juillet-septembre 2012

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Paul Bouffartigue : Temps de travail et temps de vie. Les nouveaux visages de la disponibilité temporelle (PUF)

On le sait, le travail a beaucoup changé dans les dernières décennies, nous sommes passés d’un modèle « fordien », conçu à partir de la figure du travail industriel masculin, qui subsiste dans certains secteurs de l’industrie et des administrations, à un travail marqué par la flexibilité, souvent contrainte, le chômage de masse, la précarité et l’inégalité de genre. Dans ces conditions nouvelles et peu favorables, et malgré la réduction de la durée légale du travail dont les résultats sont globalement mitigés, l’auteur étudie les stratégies mises en œuvre pour concilier temps de travail et temps de vie alors que la frontière entre les deux apparaît de plus en plus mobile et que maîtriser ses temps de travail et hors travail s’avère aujourd’hui indissociable et participant « d’un seul et même pouvoir d’agir sur son existence ».

La donnée massive du chômage a elle-même grandement contribué à l’effacement de la limite entre temps de travail et temps pour soi en élargissant le « halo » des situations intermédiaires entre activité et inactivité, du fait de l’importance du sous-emploi qui masque d’ailleurs en partie l’ampleur du chômage tel que chiffré par les statistiques officielles. En réalité, on évalue à seulement un peu plus de la moitié la part des salariés qui a travaillé à temps plein sur une année. C’est cette réalité qui avait justifié la mise en œuvre des lois Aubry, dans la perspective d’un partage du travail disponible. S’inscrivant dans le mouvement d’une diminution tendancielle de la durée moyenne du travail depuis les années 60 et surtout 70, elles reflétaient également une mutation dans la conception du rôle de l’Etat et du référentiel de l’action publique dans le domaine du droit du travail. D’abord conçue comme la contrepartie légitime pour les salariés des gains en matière de productivité du travail, la réduction de la durée du travail est devenue un outil de lutte contre le chômage, puis la compensation d’un aménagement du temps de travail destiné à améliorer la compétitivité des entreprises. C’est sans doute pourquoi le détricotage juridique des 35 heures, méthodiquement organisé par les lois Fillon, TEPA et autres, n’a été que modérément suivi par les chefs d’entreprise, qui se sont en outre « révélés réticents à rouvrir la boîte de Pandore de négociations souvent laborieuses et conflictuelles ».

Car c’est là l’autre aspect de la mutation en cours : l’Etat est passé d’un « mode tutélaire de réglementation » à l’impulsion de négociations collectives décentralisées. Mais globalement, pour l’auteur, les implications des accords de RTT en terme de salaires – ils incluaient des clauses de « modération salariale » - en termes de création d’emplois et de modes de calcul du temps de travail n’ont pas tourné à l’avantage de l’ensemble des salariés et ils ont contribué à reléguer derrière la notion de « partage du travail » la nécessité d’un véritable partage des richesses. Autre dégât collatéral des 35 heures qui témoigne de l’échec de la gauche sur ce terrain : alors que les néo-libéraux se revendiquent aujourd’hui de la « valeur travail », rien n’a été entrepris dans le cadre des lois Aubry ni après pour redéfinir les enjeux culturels liés au contenu et au sens du travail. Le constat prend actuellement tout son sens, quand le pouvoir de nouveau socialiste court après les investisseurs sans trop se préoccuper de la dégradation du rapport de forces entre capital et travail au bénéfice du premier.

Paul Bouffartigue fait le bilan des 35 heures. D’abord, la durée hebdomadaire moyenne des salariés à temps plein n’a été réduite que de deux heures, passant de 39,5h à 37,5h, en rapprochant la France de la moyenne européenne au lieu d’en faire une anomalie. Les créations d’emploi associées n’ont pas fait reculer le chômage et la précarité de manière significative, lesquels continuent à peser surtout sur les jeunes et les plus âgés. 300 000 seulement des 1 500 000 emplois créés entre la fin 1996 et la fin 2001 seraient imputables aux 35 heures, contre les 700 000 espérés. Et finalement, la diminution de la « durée offerte » de travail à l’ensemble des salariés à temps complet s’est révélée modeste, de l’ordre de moins de 5%. Malgré ces résultats en demi teinte et la dégradation des conditions de travail, où l’on fait toujours plus en moins de temps, les néo-libéraux entrent dans la brèche pour accentuer la pression sous le couvert idéologique de porter remède aux soi-disant dégâts des lois Aubry et en ayant en ligne de mire la fin de la durée légale du travail.

A l’actif des 35 heures l’attachement des salariés à ce qu’ils considèrent comme un acquis social, même symbolique, et le fait relevé par l’auteur, que le temps partiel, choisi ou la plupart du temps subi et dont la part avait doublé dans l’emploi salarié depuis le début des années 80 – le temps partiel qui concerne, faut-il le rappeler, une femme sur trois – sa progression a été significativement stoppée, de même que celle des emplois précaires, pendant la période de mise en place de la loi.

Dans le milieu professionnel enquêté par le sociologue, celui des infirmières, les « jongleuses en blouse blanche » - jongleuses avec les combinaisons souvent aléatoires du temps de travail, du temps domestique et du temps à soi - les 35h auront signifié, combinées avec des RTT, une réduction quotidienne de 20 mn, très critiquées parce que peu palpable. L’auteur montre comment les infirmières s’y prennent pour ménager leurs « équations temporelles », personnelles et familiales avec un métier considéré comme valorisant et offrant des perspectives d’évolution de carrière, ce qui n’est pas si fréquent.

Jacques Munier

Sociologie du travail Vol. 54 (3), juillet-septembre 2012

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Vol. 54 (4), octobre-décembre 2012

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