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Thérèse d’Avila / Revue Muze

5 min
À retrouver dans l'émission

Didier-Marie Golay : Atlas Thérèse d’Avila (Cerf) / Revue Muze N°78 Dossier Les anges (Bayard)

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De son vrai nom Thérèse de Cepeda y Ahumada, elle est née à Avila, en Vieille Castille, une ville enclose dans ses remparts millénaires dont Miguel de Unamuno dira qu’en s’approchant d’eux « chacun s’explique comment et d’où a pu venir à sainte Thérèse son image du château intérieur ». Il n’est pas sans intérêt de rappeler que la ville est à l’origine de l’expulsion des Juifs d’Espagne, en 1492, puisque c’est dans ses murs qu’est orchestré le procès du meurtre rituel d’un enfant chrétien par des Juifs et des « conversos » – des convertis – un fantasme qui s’est répandu dans l’Europe chrétienne avec celui de l’hostie profanée et qui servira ici de prétexte aux Rois Catholiques pour promulguer le décret d’expulsion. Or Thérèse a des ascendants juifs, son grand-père est un converti, de ceux qu’on appelle les « nouveaux chrétiens », sur lesquels pèse pour longtemps le soupçon comme en témoignent les démarches entreprises près d’un siècle après ce décret par Cervantès à son retour du bagne d’Alger pour prouver sa « pureté de sang ».

Thérèse d’Avila est née le 28 mars 1515, soit il y a bientôt 500 ans. Nul doute que l’anniversaire ne soit célébré en grande pompe dans le pays dont les Cortes l’avaient déclarée après sa béatification en 1614 sainte patronne de l’Espagne à l’égal de l’apôtre Jacques. Lorsque sous le pontificat de Paul VI elle reçut le titre de docteur de l’Église, celle dont la statue à la basilique Saint-Pierre porte la belle inscription de « Mère des spirituels » fut honorée sous ses voûtes par l’homélie du pape qui rendait hommage à son sens de la prière, « chant et musique de l’esprit imprégné par la grâce » je cite « au moment où l’introspection psychanalytique décompose l’instrument fragile et complexe que nous sommes, non plus pour en tirer les appels de l’humanité souffrante et rachetée, mais pour écouter le trouble murmure de son subconscient animal, le cri de ses passions désordonnées et de son angoisse désespérée. » Nous sommes en 1970. Fasciné par les mystiques, saint Jacques Lacan n’aurait sans doute pas dit mieux…

Thérèse d’Avila a laissé de nombreux et copieux témoignages de son « chemin de perfection », des textes lyriques et charismatiques qui expriment dans un style très direct un profond désir de communiquer ses expériences extatiques. D’autant que les grâces extraordinaires, visions et motions puissantes qui la laissent défaite, se produisent souvent en public, en présence de ses consœurs et sa réputation ne tarde pas à se répandre, ce qui n’est pas sans alerter les autorités ecclésiastiques, très sourcilleuses sur l’authenticité de ce type de manifestations. C’est ainsi qu’avant de les écrire, Thérèse devra les décrire en détail à ses confesseurs à l’occasion soupçonneux. Certains s’étonnent en effet de la profusion visionnaire accordée à une moniale dont la vie reste très mondaine et peu mortifiée, voire à une « âme forte », traduire – à leurs yeux – peu versée dans l’humilité et l’effacement.

C’est que Thérèse est aussi une femme d’action, engagée dans le siècle pour fonder ses établissements, 16 monastères qui la requièrent corps et âme et l’amènent à parcourir la péninsule en tous sens. C’est pourquoi la formule de l’atlas documentaire adoptée par Didier-Marie Golay convient parfaitement à cette vie itinérante qui reflète l’agitation du siècle des conquistadors dont tous ses frères sont partie prenante. Et même après sa mort, son corps livré de son vivant aux assauts de la médiation divine se verra démembré par la compulsion reliquaire et la rivalité des différents lieux revendiquant sa filiation : au fil des exhumations le cadavre réputé incorrompu et dégageant la suave odeur de sainteté sera amputé de la main gauche puis de l’auriculaire conservé par devers lui sa vie durant par le provincial carmélite; le bras suivra, détaché par le supérieur de son monastère d’origine, lequel rapporte « qu’aucun sacrifice ne lui coûta autant ». Nonobstant, la désarticulation se poursuit : vérifier que ce corps incorrompu n’a pas été embaumé est l’occasion de prélever le cœur demeuré jusqu’à nos jours au monastère d’Alba de Tormes, puis vient le pied droit offert aux carmes déchaux de la congrégation d’Italie. Conclusion de Didier-Marie Golay, lui-même carme déchaux, auteur de l’atlas dont nous parlons : la relique la plus insigne qu’il nous reste de la Madre, ce sont écrits. Dont acte

Jacques Munier

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Revue Muze N°78 Dossier Les anges (Bayard)

Ces belles figures d’intercesseurs, de messagers étudiées dans ces pages par Claude Plettner, théologienne et spécialiste de Thérèse d’Avila. Elle évoque l’angélologie et la hiérarchie des anges de Denys l’Aréopagite : séraphins et chérubins, archanges et anges en rangs serrés : les trois religions monothéistes s’accordent sur leur existence. On peut les voir au cinéma (souvenez-vous Solveig Dommartin dans Les ailes du désir de Wim Wenders) et évidemment en peinture…

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