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Trésors du Quai d’Orsay / Revue Dada

5 min
À retrouver dans l'émission

Marc Lambron et Jean-Philippe Dumas : Trésors du Quai d’Orsay. Un siècle d’archives photographiques (Flammarion) / Revue Dada , la première revue d’art N° 197 Dossier Miyazaki

quai d'orsay
quai d'orsay

« Des mousmés en kimono et des janissaires à babouche, des palanquins et des mihrabs, des mandarins à la Fu Manchu et des cavaliers de rezzous, des steamers et des trains, des canyons profonds et des temples de jungle… » Entre 1860 et 1920, des photographes accrédités et des diplomates enregistrent en images la chronique de leurs explorations ou de leurs missions, avec un goût prononcé et presque ethnographique pour les « types humains » rencontrés de Valparaiso à Shanghai et de Brazzaville à Samarkand. Auxiliaire devenu indispensable à l’une des qualités essentielles du diplomate, le sens de l’observation, l’appareil photo va livrer les clichés qui accompagnent les rapports et les dépêches, leur ajoutant relief et profondeur de champ. Et dans l’ensemble ces images au ton sépia donnent à voir un monde à la fois vivant et au bord de la disparition. La collection s’ouvre sur la fin de la guerre de Crimée entérinée en 1856 par le congrès de Paris qui se déroule dans les murs tout neufs de l’hôtel des Affaires étrangères, quai d’Orsay. Après avoir parcouru les cinq continents elle s’achève sur l’enquête effectuée entre 1912 et 1917 par le consul général de Montréal sur le commerce de la fourrure et les trappeurs de la baie d’Hudson, des Esquimaux dont la pauvreté contraste avec l’importance du chiffre d’affaire généré par l’activité. La Première Guerre mondiale a éclaté et la diplomatie s’est effacée pour un temps, celui d’accoucher dans la douleur d’un monde nouveau.

Avant l’invention du daguerréotype les grandes heures de la diplomatie européenne étaient fixées par la peinture d’histoire, vouée à la célébration de l’apparat dans les postures marmoréennes des plénipotentiaires. Il en est bien resté quelque chose dans les clichés officiels des événements marquants des relations internationales, signatures de traités ou remise des lettres de créance des nouveaux ambassadeurs aux chefs d’État auprès desquels ils sont accrédités. Mais l’usage de la photographie, qui passe en quelques décennies du lourd dispositif de prise de vues exigeant de longues durées de pose à l’instantané, va libérer le regard qui se porte désormais sur la réalité des pays et des peuples découverts. Le progrès technique accompagne et soutient alors dans notre pays une évolution dans la conception politique des nouvellement dénommées affaires étrangères, lesquelles resteront « étrangères » à bien des parlementaires qui dénoncent là une tentative de diversion pour faire oublier les difficultés intérieures par des succès à l’extérieur. Pour Clémenceau par exemple, « la République n’a pas besoin de politique extérieure ». On peut comprendre le « Tigre » qui déclarait peu avant la fin du premier conflit mondial : « Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c'est tout un. Politique intérieure ? Je fais la guerre. Politique étrangère ? Je fais la guerre. » Mais quelques décennies plus tôt, après la défaite de Sedan, Gambetta avoue éprouver – je cite « une jouissance infinie à discourir sur les affaires des États et sur les rapports des États entre eux, non par plaisir de dilettante, mais parce que me croyant dans mon élément, je réfléchis et me tourmente ». Le tourment à l’époque, c’est aussi la place de la France diminuée dans le concert des nations, et sous la IIIe République la politique internationale devient pour beaucoup de responsables ce qu’il est convenu d’appeler la « grande politique ».

« Un homme qui, par son talent, fait honneur à son pays, pourquoi n’aurait-il pas titre de toute manière à le représenter ? » demandait Paul Claudel dans un hommage lors de la mort de Jean Giraudoux, diplomate comme lui. Le génie français étant notamment l’œuvre de ses écrivains, l’album du Quai d’Orsay leur accorde une place. De Chateaubriand, ministre de France à Berlin, ambassadeur à Londres puis ministre des Affaires étrangères, écrivain célèbre avant d’être diplomate, à Paul Claudel, diplomate avant d’être écrivain, en passant par Lamartine, Stendhal, Paul Morand ou Saint-John Perse, ils auront illustré la fonction tout en enrichissant des archives écrites qui restent à exploiter. De Térésopolis, au Brésil, où Claudel a obtenu l’engagement du pays dans la Grande Guerre, on peut voir dans le livre cet étonnant cliché où Darius Milhaud, secrétaire d’ambassade, fait le pitre en dégustant un fruit alors que l’ambassadeur pouffe sous son chapeau de paille.

Jacques Munier

Revue Dada , la première revue d’art N° 197 Dossier Miyazaki

http://www.revuedada.fr/f/index.php

dada
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A paraître dès la fin de la semaine, sinon le N° disponible était sorti pour Halloween et il était consacré aux monstres

« Ogres, démons, léviathans, dragons, géants, cyclopes, vampires, minotaures, sirènes, tyrans : depuis plus de 2000 ans, les monstres sèment la terreur dans l’art. Les voici tous réunis pour une grande parade terrifiante, où se mêlent peintures, photos, sculptures, films et dessins. D’où viennent-ils ? Que veulent-ils ? Il y a ceux qui incarnent une époque et ceux qui font leur éternel retour. Et les plus terribles ne sont pas forcément ceux que l’on croit… » Présentation de l’éditeur

N° 197 Dossier Miyazaki

Hayao Miyazaki a réalisé une dizaine de films d’animation (Le Vent se lève) déployant un univers aux frontières du fantastique « pour mieux nous parler du monde qui nous entoure… à travers les yeux plein de poésie des enfants »

C’est l’idée de cadeau pour leur faire découvrir les mondes de l’art, un abonnement à glisser sous le sapin. La revue est superbement illustrée, les textes sont accessibles et pleins d’analyses et d’informations utiles, même pour les adultes et il y a même les pages finales pour réaliser soi-même une œuvre d’art

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