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Tu ne tueras point / Revue d'éthique et de théologie morale

7 min
À retrouver dans l'émission

Corine Pelluchon : Tu ne tueras point. Réflexions sur l’actualité de l’interdit du meurtre (Cerf) /

Revue d'éthique et de théologie morale n°272 (Cerf)

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Corine Pelluchon : Tu ne tueras point. Réflexions sur l’actualité de l’interdit du meurtre (Cerf)

Comme d’autres situations extrêmes, le meurtre met à l’épreuve la valeur et les limites de nos conceptions morales. C’est dans cette optique que l’étudie Corine Pelluchon, car sinon, quel intérêt y aurait-il à raisonner sur la validité de l’interdit porté sur cet acte ? C’est notamment ce que soulignait Isabelle Delpla, spécialiste d’éthique et de justice pénale internationale dans un ouvrage consacré au procès Eichmann et intitulé Le mal en procès. Eichmann et les théodicées modernes . (Hermann) Devant le crime de masse la pensée morale touche à ses limites. Celui-ci est en quelque sorte son impensable car on n’imagine pas, par exemple, une délibération éthique portant sur la justification ou la condamnation d’Auschwitz, et c’est pourquoi les questions qu’il suscite sont renvoyées aux historiens et aux juristes, voire aux anthropologues ou aux psychologues, qui vont relayer la question morale, quand bien même et justement parce qu’ils refusent la position morale. Car dans ce cas précis, il importe avant tout de savoir à quelles conditions ces crimes contre l’humanité peuvent être « jugés, pardonnés, commémorés ».

La perspective adoptée ici par l’auteure des Eléments pour une éthique de la vulnérabilité , sous-titré Les hommes, les animaux, la nature, c’est de montrer que « l’approfondissement de l’essence du meurtre nous introduit au cœur de l’éthique », en nous permettant de dépasser la nature religieuse et transcendante du commandement biblique pour définir les contours d’une éthique universellement fondée qui permette également d’envisager les questions que posent l’euthanasie ou l’avortement, les génocides ou le traitement des animaux. On le voit, il ne s’agit pas d’une question de casuistique oiseuse, car tout le monde s’accorde à condamner le meurtre, mais il s’agit de dégager les conditions d’une morale qui échappe à la problématique de la fondation et de la justification, fondation religieuse et justification métaphysique. (31) Méditer la signification ultime de cet interdit nous conduit à réfléchir « sur l’essence de la violence et son sens symbolique, c’est-à-dire aussi le rôle qu’il joue dans la formation de la conscience morale ». Dans le sixième commandement, il y aurait bien plus qu’une simple interdiction du meurtre.

C’est à chercher le sens de cet interdit en l’absence de toute référence à un Dieu transcendant et même de tout recours à une instance comme la raison pratique de Kant qu’on approche à la fois la nature de la transgression que constitue le meurtre et le fond de l’attitude éthique qui lui oppose son désaveu et sa prohibition. Comme le soulignait Elisabeth Anscombe dans un article resté célèbre sur la philosophie morale moderne, les notions de commandement, d’obligation morale et de devoir se réfèrent toujours à une volonté divine qui légifère et cette conception de la contrainte qui pèse sur la conscience de chacun traduit la survivance de la morale judéo-chrétienne dans la morale laïque. Pour elle, l’impératif catégorique kantien s’inscrit dans le cadre d’une conception théologique, même si c’est la raison qui commande, selon l’injonction bien connue « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle ». Car c’est toujours d’un principe transcendant qu’il s’agit. « Le ciel étoilé au dessus de ma tête et la loi morale en moi », l’expression kantienne traduit bien la solidarité de la référence divine et de l’obligation morale.

C’est peut-être du côté de la deuxième formule de l’impératif catégorique que l’on peut entrevoir la possibilité d’une éthique laïque de la responsabilité, celle qui enjoint de traiter l’humanité dans sa personne comme dans celle d’autrui, toujours comme une fin et jamais comme un moyen. Si l’on met l’accent sur l’élément humain, celui de notre commune humanité et par conséquent aussi celui de notre rapport à autrui, on atteint le lieu de la relation éthique, qui se réalise toujours dans le contexte de notre rapport à l’autre et dont le meurtre est la négation absolue, en tant qu’indépassable sommet de la violence. En suivant Levinas, qui a fait remonter le sixième commandement à la première place, Corine Pelluchon esquisse ce que pourrait être éthique à dimension humaine, dont le caractère universel ne serait pas imposé par un principe transcendant, par exemple la sacralité de la vie, mais par un principe de responsabilité partagée. Se référant à la thématique de Levinas concernant l’interdiction de la violence que délivre l’épiphanie du visage d’autrui, la révélation de l’autre comme soi-même, pour inverser le titre de Ricœur « Soi-même comme un autre », elle vise une éthique qui ne serait pas – je cite – « une discipline normative ni un ensemble de préceptes », pas à proprement parler une morale, « mais la dimension de notre rapport à autrui ».

Dans cette perspective des questions cruciales et très contemporaines peuvent être « envisagées » d’une autre manière, comme le suicide médicalement assisté pour mettre fin à l’acharnement thérapeutique, lequel relève justement du principe apodictique d’une morale du soin de nature hippocratique, bien qu’Hippocrate lui-même préconisait d’être utile mais au moins de ne pas nuire. Corine Pelluchon en tire une justification a minima de la dépénalisation du suicide assisté, sans franchir le pas vers sa légalisation, car – je cite « il faut se demander si le désir qu’a le patient de mourir peut devenir le droit de demander que les soignants l’aident à se suicider quand cet acte leur répugne parce qu’il est contraire à ce qu’ils estiment être le sens du soin ».

Jacques Munier

Revue d'éthique et de théologie morale n°272 (Cerf)

« Les droits de l’homme et la métaphysique »

Un texte inédit de Stanislas Breton

« Pas si facile de réfléchir sur les fondements de la Déclaration des droits de l’homme ! On ne pense pas assez aux Grecs et aux médiévaux pour nous y aider. Quels poids de raison porte-t-elle ? S’agit-il d’un anthropocentrisme naïf ? Qu’entend-on par « dignité » de l’être humain ? Cette question vaut autrement dans une société laïcisée qui ne reconnaît plus la vision hiérarchique et téléologique du monde et dans laquelle les sciences humaines ont fait valoir les multiples conditionnements de nos existences. On peut cependant invoquer une « raison ontologique » pour fonder les droits de l’homme, non sans en avoir perçu les ambiguïtés. Évoquer une sorte de mé-ontologie, n’est-ce pas revenir au droit naturel ? C’est le moment « réfléchissant » de la liberté qui est peut-être notre meilleure piste. »

Anthropologie théologique et orientations éthiques

Isabelle Chareire

« Dans un horizon contemporain aux références éclatées et marqué par une anthropologie moniste, la perplexité se fait de plus en grande eu égard à ce qui caractérise le propre de l’humain. Les repères hier évidents apparaissent aujourd’hui obsolètes. Interrogé par la réduction anthropologique du christianisme effectuée par J.-L. Nancy, l’article montre comment la référence théologale caractérise l’anthropologie chrétienne. Considérant la finitude et la reconnaissance de l’altérité comme données anthropologiques déterminantes, il propose de les nouer à trois lieux d’intelligence du christianisme : l’alliance, dans sa dialectique d’unilatéralité et de bilatéralité ; la symbolique trinitaire entre personnes et périchorèse ; la dynamique eschatologique entre le « déjà-là » et le « pas-encore » du Règne. »

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