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Un portrait de la modernité tardive / Revue Billebaude

5 min
À retrouver dans l'émission

Jean-Philippe Pierron : Mythopées. Un portrait de la modernité tardive (Vrin) / Revue Billebaude N°5 Dossier La Forêt, dernier refuge du sauvage ? (Glénat/Maison de la chasse et de la nature)

mythopée
mythopée

Dans l’esprit des « Mythologies » de Roland Barthes et avec style, Jean-Philippe Pierron respire l’air du temps accroché à l’équivalent métaphorique de ce que l’écologie désigne comme la canopée, la couverture végétale des forêts, car en elle se produisent des échanges aériens entre le sol et l’atmosphère. Mais ce que déploient les frondaisons de notre horizon quotidien ce sont plutôt des images infusées de mythologies ordinaires, c’est pourquoi il rebaptise ces cimes « mythopée ». Comparer les entrées de l’ouvrage de Barthes, publié il y a plus d’un demi-siècle, et celles de ce témoignage d’une « modernité tardive » peut se révéler instructif quant à notre contemporain. Chez Barthes, la consommation occupait la première place, c’était à l’époque le fait social émergent : Saponides et détergents, Publicité de la profondeur, La nouvelle Citroën, le steak-frites… Aujourd’hui, si l’on en juge par les angles adoptés dans le livre de Jean-Philippe Pierron, c’est plutôt le socle commun du langage qui pose question : l’invasion des acronymes, le serveur vocal, le vocabulaire de la gouvernance ou de l’éthique, les difficultés de la transmission entre générations dans un univers encombré de téléphones portables, jeux vidéos, réseaux numériques… Un point commun cependant : Barthes était précurseur, par une analyse sémiotique de la communication de masse suscitant des effets d’adhésion alors inédits. Ce monde, nous y sommes plongés désormais, au prix d’une perte ou d’un brouillage du sens qui affecte jusqu’à notre langue commune. Jean-Philippe Pierron s’emploie à en repérer la portée sociétale.

C’est dans la langue en effet qu’on peut dénicher les symptômes les plus flagrants de la mutation que nous vivons le plus souvent dans l’aveuglement, la sidération d’images sans légende. On ne dit plus « bien commun » mais « vivre ensemble », une expression qui fait de la politique sans politisation et qui reflète le désenchantement de notre rapport à la vie de la cité, la politique ramenée à « une technique d’accompagnement ». Le communautarisme passif est passé par là, le conflit des identités, des mémoires. « Le vivre ensemble – je cite – se redécouvre une tâche sous l’effet d’un pluralisme inédit, d’un monde qui a perdu de sa stabilité et de son assurance. »

Le social, le politique s’incarnent dans des figures familières : l’expert ou le trader mais aussi le SDF. Pour ce dernier cependant, l’acronyme qui est censé l’identifier ne permet pas de le reconnaître et c’est le régime de l’invisibilité qui lui revient. Il suffit de se promener sous les ponts de Paris pour découvrir l’ampleur du désastre. « Triste symbole – je cite – l’arcade de soutènement d’un pont s’y fait figure résiduelle d’une arche pour naufragés. »

Une thématique se dégage et se décline, qui n’était pas présente à l’époque des Mythologies de Barthes : l’écologie. L’opposition sur nos marchés entre le légume bio et l’OGM incarnent les tensions liées à la culture de l’aliment : authenticité des légumes de saison et de terroir, « l’asperge de Ruffey et la fraise Guariguette explosent dans une symphonie pastorale qui chante le local ». A l’opposé, l’agriculture scientifique, industrielle, qui se réclame d’une autre vision du monde ou l’alimentation est d’abord un problème technique.

L’écogeste, la durabilité s’insinuent dans la vie quotidienne et tracent les contours d’une nouvelle civilisation des moeurs, « du tri des déchets ménagers au pédibus des sacs de course réutilisables aux vélos en libre accès pour des déplacements urbains dits doux », tous les signaux d’une « société verte » nous indiquent la perspective d’une nouvelle économie du désir, diamétralement distincte de celle qui prévalait à l’époque de la société de consommation : « sobriété volontaire, frugalité heureuse ».

Grande cause internationale, elle a même eu elle aussi son « année » en 2011, la forêt qu’on peut toujours voir d’en bas, « source imaginaire et onirique pour l’animal symbolique », peut désormais également se voir d’en haut, elle devient dans l’œil du satellite, une image, une représentation « enregistrant et manifestant notre empreinte écologique ». Mais rien ne remplacera « l’ambiance olfactive et auditive qui sature d’impressions, cultivant des capillarités entre les vivants – l’odeur du champignon et le cri ricaneur du geai – jusque dans la déroute qu’occasionne l’impossibilité de la perspective visuelle ».

Jacques Munier

billebaude
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Revue Billebaude N°5 Dossier La Forêt, dernier refuge du sauvage ? (Glénat/Maison de la chasse et de la nature)

Une exploration de la forêt sous différents angles : scientifique, historique, philosophique, cynégénétique… et anthropologique avec le regard et l’expérience de Philippe Descola

Au sommaire: Assis sur la canopée, entretien avec Fabrice Hallé, botaniste, spécialiste des forêts primaires Préserver la forêt, récit de Philippe Chardonnet, Président de l’IGF, sur le système REDD déployé dans une réserve naturelle en République Démocratique du Congo La forêt, lieu du sauvage, par Philippe Descola, anthropologue La forêt du chasseur, par Andrée Corvol, historienne Les coureurs des bois, récit d’une tradition française, par Antoine Nochy, ingénieur écologue La forêt désacralisée, par Alain Corbin, historien Les forêts fantastiques, au cinéma et dans la bande dessinée

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