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Un travail sans limites ? / Revue Travail, genre et société

7 min
À retrouver dans l'émission

Patrick Cingolani (ss. dir.) : Un travail sans limites ? Subordination, tensions, résistances (Erès) / Revue Travail, genre et société N°27 Dossier Pouvoirs, genre et religions (La Découverte)

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Patrick Cingolani (ss. dir.) : Un travail sans limites ? Subordination, tensions, résistances (Erès)

Le titre fait signe vers une caractéristique croissante du travail aujourd’hui, qui tend à déborder de son cadre propre et à empiéter sur les autres domaines de la vie. Que ce soit par la flexibilité, les nouveaux impératifs de l’individualisation et de l’autonomie, la précarité organisée, le travail au forfait ou à domicile, le modèle de l’urgence qui s’est érigé en norme, la frontière entre le monde du travail et la sphère privée est devenue très poreuse et comme le constate Michel Lallement dans sa contribution l’ancienne notion de « temps de travail » semble avoir vécu, le modèle traditionnel d’horaire régulier, calé sur la semaine à temps plein est en voie de disparition au profit d’une gestion temporelle de l’activité plus souple et plus éclatée. Même le temps du travail ne correspond plus à la séquence traditionnelle école/entreprise/retraite. Les nouvelles frontières entre éducation et travail, formation et emploi, école et entreprise tendent rythmer autrement les parcours biographiques et à faire du travail une activité qui vient s'emboîter différemment dans le reste de nos activités.

Ce sont ces mutations décisives qu’étudient les auteurs de l’ouvrage, en illustrant leurs constats par des enquêtes dans des secteurs d’activité qui témoignent de ces évolutions : les sociétés de service et d’ingénierie informatiques étudiées par Isabelle Berrebi-Hoffmann, le travail à la tâche dans les industries de viande de volaille analysé par Sylvie Célérier mais qui se répand dans le BTP, le textile ou la métallurgie, l’expérience ambivalente du travail précaire chez les postiers examinée par Paul Bouffartigue, l’intérim considéré par défaut comme un vecteur de socialisation chez les jeunes salariés par Dominique Glaymann, les interventions de la vie privée sur le lieu de travail observées par Mathias Waelli et Philippe Fache dans le milieu de la grande distribution et des hypermarchés comme une résistance aux logiques d’individuation et d’atomisation…

Si le travail tend aujourd’hui à envahir la sphère privée, à sérieusement impacter la vie de famille ou le temps dévolu aux loisirs et aux relations sociales, dans le cadre lui-même de l’activité professionnelle les frontières entre extérieur et intérieur de l’individu ont également tendance à s’estomper. Il ne s’agit plus tant de l’ancien rapport de sujétion entre le patron et l’employé que de l’intériorisation par le salarié des normes liées au modèle de l’autonomie. Comme le relève Patrick Cingolani, on exige toujours plus de motivation, de savoir-faire, de compétences sociales et émotionnelles, de capacité d’innovation, autant de qualités inscrites dans la personne, incorporées par elle et qui renvoient à des acquisitions bien plus larges que les apprentissages scolaires parce qu’elles puisent dans l’expérience quotidienne, dans les capacités et les tempéraments largement au-delà du temps de travail immédiat. Autant elles ont pour effet d’effacer la frontière entre l’univers du bureau ou de l’atelier et l’intériorité de chacun, autant elles ont pour conséquence de renvoyer le salarié à sa solitaire responsabilité personnelle et dans les dispositifs centrés sur l’objectif à atteindre, à en faire le comptable de son temps de travail, le temps à dépenser pour y parvenir étant considéré comme son problème et plus celui de l’entreprise.

Pourtant, comme le rappelle Michel Lallement, la question du temps de travail comme limite avec ses effets structurants est au cœur des progrès du droit du travail et de la protection sociale. Il revient sur l’histoire de la législation du temps de travail, étroitement liée, au siècle de la Révolution industrielle, aux préoccupations des hygiénistes concernant la santé au travail. Leurs enquêtes avaient établi la relation entre les durées trop longues de la journée de travail et les conséquences sanitaires de l’usure au travail : une augmentation des maladies liées à l’activité professionnelle, une hausse du taux de mortalité et du nombre des victimes d’accidents du travail, ainsi qu’une diminution de la taille des conscrits, mesurée à leur entrée au service militaire et imputable aux carences alimentaires. Leur inlassable lobbying, appuyé par des campagnes de pression sur les pouvoirs publics avait abouti à faire de la santé ouvrière une cause de salut public, un véritable « bien public » qui a conduit à limiter la durée du travail au nom de l’intérêt général.

Aujourd’hui ces questions font retour sous une autre forme, elles désignent directement les manipulations savantes et peu scrupuleuses auxquelles on soumet le temps de travail, au nom de la flexibilité, des impératifs de l’urgence. « Parce que le temps manque souvent pour travailler correctement, la contrainte et la tension sont devenues la norme. La moindre erreur démultiplie par ailleurs les risques inhérents à la sécurité », résume Michel Lallement. Résultat de nouveaux maux du travail ont fait leur apparition : le stress, le burn-out, la dépression, le suicide. D’autres peut-être se manifesteront plus tard, comme les cancers de l’amiante qui peuvent se déclarer jusqu’à trente après l’exposition. Comme le souligne Yves Clot, titulaire de la chaire de psychologie du travail au CNAM, si ces maladies professionnelles font encore débat, c’est trop souvent à cause de l’ignorance des conditions réelles de leur production. Alors en ce 1er mai, faisons le vœu que les politiques fassent preuve à l’avenir d’un… vrai souci pour la santé au travail.

Jacques Munier

Temporalités du travail public néo-libéral : John Krinsky et Maud Simonet

Temps de travail et mondialisation, Laurence Roulleau-Berger

Genre : Chantal Nicole-Drancourt, à propos du dispositif de congé parental proposé aux parents d’enfants de moins de 3 ans, le « complément de libre choix d’activité »

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Revue Travail, genre et société N°27 Dossier Pouvoirs, genre et religions (La Découverte)

Un dossier surprenant pour cette livraison de la revue du Mage (Marché du travail et genre), dirigée par Margaret Maruani mais qui révèle l’émergence d’une nouvelle ligne de recherche sur le genre. Il s’agit « d’examiner comment s’organise la division sexuelle du travail au sein de certaines institutions religieuses – judaïsme, christianisme, islam – en Orient et en Occident et d’autre part, analyser comment le genre est lui-même retravaillé par la production de nouvelles normes et l’adaptation constante des systèmes de représentation du masculin et du féminin ».

Avec notamment la contribution de Linda Woodhead qui « invite à penser les nuances » : « les religions analysées finement peuvent être des lieux d’agency pour les femmes en offrant des grilles de lecture du monde social qui se prêtent à la résistance à certaines formes de domination masculine »

Et en ouverture, un grand entretien avec Nancy Fraser, « une philosophe rebelle »

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