LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Une journée au Moyen Âge / Revue Europe

4 min
À retrouver dans l'émission

Arsenio et Chiara Frugoni : Une journée au Moyen Âge (Les Belles Lettres) / Revue Europe N°1012-1013 Dossier Marcel Proust

frugoni
frugoni

« Le Moyen Âge est une combinaison entre l'exotisme et nos racines » disait Jacques Le Goff, ce qui explique à la fois la curiosité et certaine aversion qu’il suscite en nous, à la fois proche et étrange, d’une inquiétante étrangeté. Ce double et paradoxal sentiment ne sera pas dissipé par la lecture de l’ouvrage très documenté, magnifiquement illustré, de la médiéviste Chiara Frugoni, qui rend ici hommage à son père, auquel revient l’idée de cette tranche de vie médiévale, un texte placé en introduction et que l’auteure a ensuite développé tout au long de chapitres portant sur le temps, les déplacements, la ville et ses activités, la vie et l’apprentissage des enfants, la lecture et la vie domestique.

Les gens se levaient très tôt, avant le lever du soleil, au son des cloches qui continueront à scander le jour, notamment les laudes, à trois heures d’intervalle, après la prime, celle du lever, la tierce et la sexte à midi, d’où vient le mot « sieste », la none, les vêpres et les complies, et à minuit les matines. Très présentes, les cloches annonçaient également les assemblées politiques, les fêtes mais aussi l’imminence d’un danger, un incendie ou une émeute. Dans le Bordelais, une requête du clergé s’inquiète d’une mode consistant à sonner les cloches à toute volée en les renversant à la verticale sur leurs essieux, une manière – je cite « fort estimée par les paysans » qui « se font une gloire d’exercer leur adresse » mais très préjudiciable à l’intégrité de la cloche, ce qui faisait les affaires des fondeurs de toute la région mais pas celles des ministres du culte.

Cette scansion du temps ne correspondait pas à notre comptage actuel, les douze fractions du temps diurne s’allongeant ou diminuant en fonction des saisons et de la longueur du jour et de la nuit. L’été, les heures étaient beaucoup plus longues qu’en hiver et lorsqu’on hissa la grande horloge sur la tour du Palazzo Comunale à Sienne en 1359, on fit en sorte de « tempérer » son allure pour régler les heures trop rapides ou trop lentes que marquait son mécanisme imperturbable.

Après la messe, première activité du jour naissant, les travaux pouvaient commencer et les rues s’animaient du vacarme familier des hérauts et autres crieurs et colporteurs, des ateliers des artisans, lesquels pouvaient se donner du cœur à l’ouvrage en chantant. On raconte que Dante entendant un jour un forgeron qui estropiait ses sonnets, entra dans sa boutique et balança dans la rue tous ses outils, et en réponse à l’ouvrier qui récriminait haut et fort en déplorant la perte de ses instruments de travail il lui aurait dit : « toi tu chantes mes sonnets de travers, moi je n’ai pas d’autre métier et tu me le gâtes ». Le même asséna une violente bourrade à un muletier qui ponctuait ses vers en frappant son âne pour le faire avancer en lançant « Arri ! », et lui expliqua que cet « Arri ! », il ne l’avait pas mis dans son sonnet.

Le feu, l’énergie mais aussi le péril mortel, était l’objet de tous les soins, de même que l’eau qu’on puisait à la fontaine, une occasion de prendre des nouvelles de tout. D’ailleurs, les gens vivaient beaucoup dehors, leurs logements étant exigus. C’est aussi pourquoi le feu pouvait faire tant de ravages, se propageant très vite à tout un quartier. Si l’incendie était souvent de nature accidentelle, il pouvait être aussi d’origine criminelle et alors le signe d’une révolte qui couve. Comme celle de ces écoliers excédés par une éducation à la trique, en l’occurrence des verges, et qui mirent le feu au monastère de San Gallo en l’an 937, au moyen de ces mêmes verges que leur maître leur avait imprudemment demandé d’aller chercher dans le grenier.

Jacques Munier

europe
europe

Revue Europe N°1012-1013 Dossier Marcel Proust

Geneviève Henriot Sostero et Gennaro Oliviero rappellent que peu d’auteurs français auront suscité autant que lui, aux quatre coins du monde une pareille abondance de travaux critiques, d’autant que 50 ans après la mort de l’écrivain, la BN entrait en possession d’un important lot de Carnets et Cahiers de brouillons, ce qui allait donner naissance à une nouvelle discipline, dont l’apport est d’ailleurs devenu central pour la connaissance de Proust : la critique génétique, l’étude des documents qui ont permis l’élaboration de l’œuvre

Cet incroyable hypertexte, carnets, esquisses, brouillons, fournit « la preuve de l’existence d’une intuition globale de l’œuvre à venir, selon Jacqueline Risset, qui les étudie dans sa contribution

Et aussi : Proust et l’affaire Dreyfus, Proust et le siècle

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......