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Vivre avec le loup ? / Revue Billebaude

4 min
À retrouver dans l'émission

Jean-Marc Moriceau (ss. dir.) : Vivre avec le loup ? Trois mille ans de conflit (Tallandier) / Revue Billebaude N°4 Dossier Le Loup (Glénat / Musée de la chasse et de la nature)

loup
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Jadis considéré comme nuisible, le loup est devenu une espèce « strictement protégée ». Mais la cohabitation ne se cantonne plus aux espaces naturels et les régions de plaine sont gagnées par le prédateur qui étend son territoire et recolonise l’Europe. Périodiquement les éleveurs, bergers et agriculteurs des zones où le loup a été réintroduit manifestent leur exaspération et estiment être les victimes de décisions prises en haut lieu, loin des réalités du terrain. La dernière en date de ces manifestations a rassemblé samedi dernier à Foix, en Ariège, plus de 2000 personnes. Les éleveurs et agriculteurs, dont la contribution à la gestion des territoires et à la beauté des paysages n’est plus à démontrer craignent pour la survie des plus fragiles d’entre eux. 60% de la viande d’agneau est désormais importée en France depuis l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou l’Argentine, la mondialisation a changé la donne. « Nous ne voulons pas que ce soit les habitants qui deviennent des espèces protégées » déclarait l’un des manifestants de Foix. Historien du monde rural, spécialiste reconnu de la question du loup, Jean-Marc Moriceau estime qu’il faut aujourd’hui renégocier le contrat de notre cohabitation avec l’animal.

D’où la réunion qu’il a organisée en octobre 2013 avec des historiens, sociologues, géographes, écologistes, acteurs locaux à Saint-Martin-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes, un lieu emblématique du loup puisque c’est là qu’il a fait sa réapparition il y a vingt ans, et là où son impact sur l’élevage est le plus important. 74 intervenants et 47 contributions, non seulement sur la situation française mais aussi suisse, italienne, espagnole, roumaine et même américaine, avec le cas les montagnes Rocheuses en Idaho, éclairent tous les aspects de notre relation au loup. Avec une partie substantielle consacrée à la préhistoire – celle que révèlent les traces archéologiques – et à l’histoire longue de ce conflit ininterrompu. Chasseurs et « louvetiers » qui formaient une corporation à part, pièges de toute espèce, à mâchoires, à lacets, ou plus élaborés, comme les enclos ou les fosses à loup, équipes et dispositifs témoignent de la guerre larvée, toujours présente dans l’imaginaire, que l’homme a menée contre le prédateur. Et ceux qui prétendent que la peur du loup anthropophage est une invention du christianisme destinée à diaboliser l’animal pour en faire – paradoxalement – un bouc émissaire trouveront ici les témoignages de l’Antiquité qui prouvent le contraire. Dans son Histoire des animaux Aristote confirme que les attaques sur l’homme sont loin d’être exceptionnelles. « Chez les loups – écrit-il – les individus qui chassent seuls se montrent plus anthropophages que ceux qui chassent en meute ». L’épigraphie funéraire l’illustre également. Comme à l’époque de la bête du Gévaudan, nombreux sont les jeunes pâtres et bergères victimes de l’appétit féroce du canidé, quand bien même l’animal n’avait pas dans l’Antiquité la mauvaise réputation acquise par la suite dans l’Occident médiéval. Il symbolisait la force et le courage chez Homère et Aristote dit de lui qu’il est « noble, sauvage et rusé ».

Aujourd’hui la panoplie des moyens de se défendre contre ses prédations est plus réduite. Les tirs de prélèvement sont effectués sous la responsabilité de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage et la peine encourue par l’auteur d’un délit de destruction d’espèces protégées peut aller jusqu’à un an de prison et 18 000 euros d’amende, 7 ans et 150 000 euros si le délit est commis en bande organisée. Autant dire qu’on planche sur les moyens non létaux de repousser le loup et de l’éloigner des troupeaux. Chiens de protection, filets et clôtures équipées de fladrys, ces rubans rectangulaires activant le comportement phobique de l’animal, effaroucheurs statiques comme les dénommés cerbères qui diffusent son et lumière, colliers répulsifs dont on équipe à grand prix le bétail, tout cela n’a toujours pas fait la preuve de son efficacité. Pour une raison simple : le loup est intelligent et il a une grande faculté d’adaptation. Contrairement au principe établi par Pavlov, il a tôt fait de comprendre l’origine de la tentative inhibitrice, qu’il attribue à l’homme, son seul ennemi, plutôt que de l’associer à la proie facile dont on voudrait l’éloigner.

Jacques Munier

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Revue Billebaude N°4 Dossier Le Loup (Glénat / Musée de la chasse et de la nature)

L’art de chasser « à la Billebaude » : à la rencontre, sans plan arrêté

Le loup incarne bien la question de notre rapport à la nature. Dans cette livraison, on suit trois pistes : celle de l’animal symbolique, sources de représentations passionnelles et contradictoires, celle de l’animal politique qui impose de réfléchir aux usages de la nature et en fin celle de l’animal sauvage qui déjoue les stratégies humaines

Pour suivre la deuxième piste, Nicolas Barbier qui signe dans le livre dirigé par Jean-Marc Moriceau la contribution consacrée à la réintroduction du loup en Idaho, aux USA, revient sur le territoire historique des Nez Percés, liés à l’animal par une communauté de destin et qui ont trouvé en lui un allié politique

Un entretien avec Jean-Christophe Bailly, l’auteur du Parti-pris des animaux

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