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Wittgenstein. Un point de vue religieux ? / Revue Philosophie

4 min
À retrouver dans l'émission

Norman Malcom : Wittgenstein. Un point de vue religieux ? (Éditions de l’éclat) / Revue Philosophie N°123 Dossier Foucault : a priori, phénoménologie et histoire de la raison (Les Editions de Minuit)

wittgenstein
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Comme le souligne Michel Le Du, qui a traduit l’ouvrage, Wittgenstein est devenu « l’un des auteurs les plus commentés et ses remarques traitant de la religion (qu’elles viennent de ses écrits philosophiques, de ses conférences ou de ses carnets personnels) n’ont pas échappé à cette inflation ». L’intérêt de l’essai de Norman Malcom, paru il y a plus de vingt ans, c’est qu’il émane d’un proche du philosophe et ajoute ainsi à la qualité du raisonnement la valeur du témoignage. Car il n’est pas aisé de faire le lien entre les nombreuses remarques qui émaillent sa pensée en se référant à l’attitude religieuse et sa théorie des « jeux de langage » et des « formes de vie » correspondantes, et encore moins d’en déduire sa position personnelle à l’égard du phénomène désigné comme la « foi ». Selon un autre ami, Wittgenstein aurait déclaré : « je ne suis pas un homme religieux, mais je ne puis m’empêcher de tout voir selon un point de vue religieux . » Et c’est le même qui écrit dans le Tractatus logico-philosophicus : « Dieu ne se manifeste pas dans le monde ».

Norman Malcom commence par recenser les nombreux propos de Wittgenstein concernant la religion, notamment dans le Tractatus , peu après la phrase que je viens de citer : « Ce n’est pas comment est le monde qui est le Mystique, mais qu’il soit . » Ailleurs il évoque « l’expérience consistant à s’étonner de l’existence du monde » ou à « voir le monde comme un miracle ». Les journaux qu’il a tenus pendant la Grande Guerre sont remplis de prières, qui ne demandaient pas que la mort lui soit épargnée mais qu’il sache lui faire face sans lâcheté. Il ajoute que « la prière est la pensée du sens de la vie » et que « croire en Dieu signifie voir que la vie a un sens ». Après la guerre, alors qu’il avait fait don de sa fortune en répartissant son héritage entre ses frères et sœurs ébahis et quelques artistes d’avant-garde comme Rilke, il envisageait de devenir prêtre avant de se raviser à cause des études en théologie – qu’il tenait en grande méfiance, ce que Norman Malcom rapporte à ses critiques de l’explication en philosophie. « Ne pense pas, regarde plutôt ! » s’exclame-t-il dans les Recherches philosophiques . « Les gens qui demandent sans cesse ‘Pourquoi ?’ ressemblent à ces touristes plongés dans le Baedeker au pied d’un édifice et qui, à force de lire l’histoire de sa fondation etc., etc. sont empêchés de le voir , tout simplement. » Il trouvait « merveilleux » les symboles religieux. « Toutes les religions sont merveilleuses – ajoutait-il dans ses notes – même celles des tribus les plus primitives. » Et dans ses Remarques sur le Rameau d’Or de Frazer il précise : « Un symbole religieux ne se fonde sur aucune opinion », le comparant à un geste. « Nous avons dans les vieux rites l’usage d’un langage gestuel extrêmement élaboré ».

Pour mettre en lumière les rapports entre ces remarques, ces notes éparses sur la religion et la pensée de Wittgenstein, Norman Malcom procède par analogies. À commencer par la formule philosophique de l’explication , dont il avait – on peut le dire – une sainte horreur. La tradition philosophique de l’explication du monde, selon lui, ne porte pas sur des actes ou des événements de ce monde mais sur la signification de mots comme « beauté », « justice » ou « savoir ». Du coup, les problèmes philosophiques sont des problèmes de mots, considérés comme des conditions de vérité, et non des questions touchant à la réalité elle-même, limite et impasse de la réflexion philosophique. Les philosophes ont interprété diversement le monde, disait Marx, il s’agit maintenant de le transformer. Wittgenstein n’était pas très éloigné de cette idée. En matière de foi, cela se traduit par le fait que la croyance ne peut se ramener à une « doctrine » ou une théologie, mais qu’il n’y a que des « actes de foi », dans la « manière d’agir », de se consacrer aux autres ou de modifier sa propre vie.

C’est ainsi qu’on peut considérer, selon l’auteur, la pratique religieuse comme un « jeu de langage » particulier, dont découle une « forme de vie » relative au divin et à sa présence dans le monde sous la forme du « merveilleux », ou de l’action charitable. S’il est vrai que « Dieu ne se manifeste pas dans le monde », Wittgenstein dit aussi dans ses notes : « Si quelque chose est bon, ce quelque chose est également divin. Cela résume mon éthique de manière étrange. Seul le surnaturel peut exprimer le surnaturel ».

Jacques Munier

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Revue Philosophi e N°123 Dossier Foucault : a priori, phénoménologie et histoire de la raison (Les Editions de Minuit)

Avec un angle résolument phénoménologique et des auteurs nouveaux, voire étrangers, ce qui témoigne de l’audience internationale de Foucault

Wouter Goris, Claude Vishnu Spaak, John Rogove, Fabrice de Salies, Daniel Liotta… qui rappelle qu’à la parution des « Mots et les choses », en 1966, Foucault s’est intégré au « structuralisme » (avec Lévi-Strauss et Lacan)… avant de déclarer trois ans plus tard – et même en protestant : « Je ne suis pas structuraliste » Dans sa contribution « Foucault et Lévi-Strauss en miroir », il se propose donc de confronter le philosophe et l’anthropologue. Foucault n’est pas structuraliste parce que la pensée structurale évacue le concept d’événement.

Mais – un peu comme Lévi-Strauss – il se disait bricoleur quand il déclarait dans un entretien de 1975 : « Tous mes livres (…) sont de petites boîtes à outils. Si les gens veulent bien les ouvrir, se servir de telle phrase, telle idée, telle analyse, comme d’un tournevis ou d’un desserre-boulon pour court-circuiter, disqualifier, casser les systèmes de pouvoir, y compris éventuellement ceux-là mêmes dont mes livres sont issus… eh bien, c’est tant mieux ! »

« Ce numéro consacré à Foucault s’ouvre par un texte de Wouter Goris, « L’a priori historique chez Husserl et Foucault ». Il analyse l’oxymore philosophique qu’est l’a priori historique , dont il retrace l’origine dans le célèbre texte « L’origine de la géométrie » où Husserl thématise l’a priori de l’historicité, c’est-à-dire les structures formelles de tout horizon historique qui précèdent et fondent toute rationalité historiographique. Chez Foucault, il s’agit moins d’un a priori de l’histoire que d’un a priori dans l’histoire : formes a priori de la dicibilité et de la visibilité qui caractérisent une épistémè. Le numéro se poursuit avec « L’être de l’homme à travers limites et finitude : Foucault et la critique de l’ontologie heideggérienne », où Vishnu Spaak réfléchit à la notion d’ontologie chez Foucault, pour montrer en quoi la construction foucaldienne de l’ontologie historique se distingue de sa conception heideggérienne comme science transcendantale de l’être. Il met en évidence le caractère central de la notion de finitude , ainsi que sa différence chez les deux auteurs : elle fonde chez Heidegger la possibilité de l’existence humaine, lui conférant son horizon de sens ; chez Foucault, la « pensée du dehors » à laquelle s’expose l’homme comme être fini conduit à une démarcation nette entre les registres de l’être et du sens. Dans « La phénoménologie manquée de Foucault : Husserl et le contre-modèle de l’anthropologisme kantien », John Rogove compare les interprétations husserlienne et foucaldienne de l’anthropologisme kantien : Foucault, comme Husserl, attribue à Kant la responsabilité de l’anthropologisation de la pensée occidentale qui, ensuite, a bifurqué en une philosophie du sujet (qui se serait déployée avec Husserl) et en un positivisme anthropologiste qui en serait le complément et le fondement secrets. Foucault semble par là méconnaître la critique radicale de la première par la phénoménologie, ainsi que la parenté qui relie la phénoménologie et son propre projet. Dans « L’histoire critique de la raison par Foucault comme remise en cause de la rationalité », Fabrice Callies de Salies dégage la préoccupation centrale de Foucault par-delà la pluralité de ses enquêtes historiques sur les savoirs empiriques et la matérialité des pratiques : mettre en évidence l’historicité de la rationalité , son caractère relatif, variable, limité et subordonné aux jeux conflictuels des relations de pouvoir – dont toute rationalité n’est qu’une expression intellectualisée. Dessiner les motifs, modalités et visées de cette histoire critique de la rationalité doit permettre d’apprécier la nature du déplacement qu’il impose à la pensée : faire de la politique la philosophie première . »

Dominique Pradelle, directeur de la rédaction

Au sommaire Wouters Goris L'a priori historique chez Husserl et Foucault traduit par Julien Farges Claude Vishnu Spaak L'être de l'homme à travers limites et finitude : Foucault et la critique de l'ontologie heideggérienne John Rogove La phénoménologie manquée de Foucault : Husserl et le contre-modèle de l'anthropologisme kantien Fabrice de Salies L'histoire critique de la raison par Foucault comme remise en cause de la rationalité Daniel Liotta Foucault et Lévi-Strauss en miroir

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