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En séance.

"Je me suis fait la guerre", ou comment être un "bon arabe"

58 min
À retrouver dans l'émission

Dans le cabinet de la psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve, les patient.e.s se confient et notamment sur les discriminations auxquelles ils doivent faire face. Un miroir nous est tendu, s'y dessine notre société. Stéphane Mercurio nous restitue ces confidences et cet écho du monde.

En séance.
En séance. Crédits : Tania Korganow

Une Expérience signée Stéphane Mercurio, réalisée par Nathalie Battus

Depuis des années, Stéphane Mercurio assiste au débat, aux "dérapages " autour des musulmans, impuissante et inquiète. Sans savoir comment agir sur ce réel qui se dessine avec noirceur.  

Voir ainsi se fracturer la société, provoque chez elle un grand désarroi. C’est alors qu'elle rencontre la psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve. Tunisienne mariée à un aristocrate français, cette praticienne a écrit Une Arabe en France (éd. Odile Jacob) et reçoit depuis régulièrement dans son cabinet, celles et ceux qui prennent de plein fouet le discours sur l’immigration, l’Islam… Ceux qui le vivent dans leur chair, dont "le bide se tord". Ils viennent en urgence, minés par les insomnies, épuisés par leurs vaines tentatives d’être "parfaits"… Fatma Bouvet de la Maisonneuve les écoute avec bienveillance, prescrit parfois des antidépresseurs ou des gouttes pour dormir.  

Je suis allée très loin dans ma volonté d’assimilation. Il y a des choses qu’on n’a pas encore évoquées ensemble mais je me suis perdue, en fait, à force d’essayer de ressembler à je ne sais même pas comment appeler ça… à "l’arabe parfaite". Une patiente

Dans cet espace protégé, ils disent ces petits rien qui démolissent, racontent comment les discours ravagent les individus. Des détails de leur vie nous font saisir la portée des discours tenus dans l’espace public. Chacun a une histoire singulière et pourtant ensemble, ils nous disent tous la même chose. 

S’il y a une phrase que je dois retenir de votre bouquin : c’est l’épuisement à être français, à essayer de devenir français. Un patient

Il ne s’agit absolument pas de "psychologiser" la discrimination mais au contraire, à partir des individus, de questionner la société. Par les récits des patients et les mots du médecin se dessine notre société. Un miroir nous est tendu. A cet endroit précis, celui des histoires individuelles, on saisit les enjeux du monde.  

La psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve a ouvert la porte de son cabinet pour qu’on les écoute enfin. Parce qu’au fond les psychiatres, dit-elle, sont des "lanceurs d’alerte". Ce qui se joue dans son cabinet est avant tout politique.  

C'est le fait de ne pas appartenir à quelque chose, donc on a le sentiment qu'on est dans un pays -qu'on y soit né ou pas- qui de toute manière n'accepte pas ou ne comprend pas. Un patient

Pour aller plus loin

"J’étais l’Arabe qui venait de loin" : la diaspora maghrébine se raconte sur le divan, par Mustapha Kessous, Le Monde, 07 octobre 2019.

Visuel d'illustration par Tania Korganow

Générique

Avec : le docteur Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre, et ses patients qui ont choisi de rester anonymes 

Musique : Love is meant to be de Amira Nedjar aka Mira

Prise de son : François Rivallan et Sandrine Mallon 

Mixage : Claude Niort 

Réalisation : Nathalie Battus 

Une création sonore de Stéphane Mercurio

Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
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