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"la Voie morte", le dernier chantier ferroviaire de Staline (1949-1953), tronçon de la ligne 501-503.

Nous sommes venus en Sibérie écouter les arbres crier

58 min
À retrouver dans l'émission

Des mesures du réchauffement climatique en Sibérie centrale aux traces des détenus du Goulag, Estelle Gapp nous mène au camp de Chtchoutchii comme un devoir de mémoire pour inventorier les empreintes de l'Histoire.

"la Voie morte", le dernier chantier ferroviaire de Staline (1949-1953), tronçon de la ligne 501-503.
"la Voie morte", le dernier chantier ferroviaire de Staline (1949-1953), tronçon de la ligne 501-503. Crédits : Estelle Gapp

Une Expérience signée Estelle Gapp, réalisée par Manoushak Fashahi

D’abord il y a le vent et le bruissement entêtant des arbres. Et puis, en lisière de forêt, ce bruit omniprésent, comme une menace du monde moderne, le chaos du présent, en écho au chaos du passé.

D’abord, c'est l'histoire d'une rencontre avec Eric Hoesli, écrivain-voyageur, amoureux de la Russie, arpenteur inlassable des géographies intimes et collectives. Et puis, il y a ce groupe d’étudiants suisses qu'Estelle Gapp accompagne dans leur première expédition scientifique au bord du Cercle polaire. Ils ont une vingtaine d’années, tous futurs ingénieurs en sciences de l’environnement. Sur place, ils rencontreront des étudiantes russes de l’université de Tioumen. Leur mission : mesurer les effets du réchauffement climatique en Sibérie centrale, terre de tous les extrêmes : les hivers glacials, les printemps marécageux, les étés incendiaires. Estelle Gapp les accompagne, sur la pointe des pieds, en quête d’une autre histoire, celle des détenus du Goulag qui ont peuplé ces régions désertiques.  

Je pense que les étrangers ne peuvent pas comprendre la souffrance du peuple russe, qui a toujours souffert, pas seulement au XXe siècle, mais pendant des siècles et des siècles, depuis le début des temps.        
Katya Balueva, étudiante à l’Université de Tioumen

Et puis, arrive l'été 2019. Destination Nadym, ville industrielle à 3000 kilomètres de Moscou, 5000 kilomètres de Paris. Pendant trois semaines, les étudiants-chercheurs campent au cœur de la forêt, à quarante kilomètres de la ville de Nadym, au milieu de nulle part, au milieu d’une plaine marécageuse qui révèle son terrible secret : d’anciens baraquements du Goulag, à moitié effondrés, peu à peu ensevelis sous la végétation. 

Camp de Chtchoutchii, dortoir, août 2019.
Camp de Chtchoutchii, dortoir, août 2019. Crédits : Estelle Gapp

Ce sont les derniers vestiges du Goulag encore visibles en Russie, le site de l’un des derniers chantiers de Staline, commencé en 1949, abandonné en 1953 et que les historiens appellent "La Voie morte". 70 ans plus tard, la nature envahit les baraques. D'ici quelques années, il ne restera plus que des amas de planches pourries, là où une centaine de milliers d’hommes et de femmes sont passés, condamnés aux travaux forcés. L'équipe de chercheurs et reporter est allée sur place en Sibérie, avant que les intempéries ou les volontés politiques n’effacent les dernières traces de l’Histoire. Un devoir d’inventaire, pour sauver les dernières traces de la mémoire. C'est ici le camp de Chtchoutchii, Camp n°93.

Ce documentaire nous transporte au cœur de cette nature paradoxale, au silence lourd, soudain troublé par la présence des chercheurs et les travaux de la nouvelle autoroute, non loin de là ; le chaos du présent, en écho au chaos du passé… 

Mirador à quelques kilomètres de Nadym, août 2019.
Mirador à quelques kilomètres de Nadym, août 2019. Crédits : Estelle Gapp

Citation du poème de Vadim Gritsenko, historien de Nadym, écrit en août 1988, lorsqu’il découvre pour la première fois le camp de Chtchoutchii - traduction Aleksandra Svinina :

Шаги по мху – как время – неслышны:                
Ни шороха, ни треска сучьев.                
Я в бывший лагерь у разъезда «Щучий»                
Направлюсь под конвоем тишины.                
Там в стены впитаны слова «снегоборьба», «лесоповал»,                
Там, где одышка так тяжка                  
У тех, кто до бараков шёл.                
Шаги по мху – как время: не поймать,                
Как не узнать: когда ж мы станем лучше?                  
Я начну у проволоки колючей                
Рассеянно морошку собирать.  

Les pas sur la mousse sont comme le temps : inaudibles.                
Il n’y a ni bruissement de feuilles, ni craquement de branches.                  
Je suis conduit sous l’escorte du silence                  
Dans l’ancien camp de "Chtouctchii".                  
Ses murs sont imprégnés des mots "Déneigement", "Abattage d’arbres"                
Écrits par ceux qui, essoufflés, se traînaient vers les baraquements.                  
Les pas sur la mousse sont comme le temps : insaisissables.                  
Comme la question sans réponse :  "Quand deviendrons-nous des hommes meilleurs ?"
Pensif, je commençai à cueillir                  
Des framboises sous les fils barbelés.                
(traduction Aleksandra Svinina) 

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Générique

Avec : 

  • Eric Hoesli, journaliste, écrivain, spécialiste de la Russie, professeur à l'Université de Genève
  • Vadim Gritsenko, historien, spécialiste de l'histoire du Yamal pendant la période stalinienne
  • Micaël Tille, spécialiste en génie civil et infrastructure des transports et chargé de cours à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne 
  • Jérôme André, archéologue à l'université de Lausanne
  • Andreï Soromatine, directeur de l'Institut en Sciences de l'Environnement de l'université de Tioumen
  • Leonid Dyachenko, maire de Nadym
  • Les étudiants du programme UniArctic de l'université de Genève : Mathieu Logeais, Vincent Simonin, Chiara Ansermin, Xavier Choitel, Jonathan Mélis, Romain Clément, Marina Galli, Samuel Amos.

Traduction et voix russe : Aleksandra Svinina 

Mixage : Claude Niort, Régis Nicolas 

Réalisation : Manoushak Fashahi

Une création sonore d'Estelle Gapp

Remerciements

Une pensée à Lou Marguet, Céline Creffield et les étudiantes russes : Dacha, Juliana, Alexandra, Arina, Christina.
Un grand merci aux musiciens du groupe FPF de Nadym ; à Isabelle Hügli, Kostia, Kolia ainsi qu'à Serge de Pahlen et Olympia Verger des éditions des Syrtes.

L'équipe
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