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Qu’écrit-on lorsqu’on sait qu’on va mourir, à un âge où vivre aurait été si beau ?

"Tombez, fleurs de cerisiers" : 1945, derniers mots de kamikazes japonais

57 min
À retrouver dans l'émission

En 1945, le Japon découvre plusieurs milliers de lettres d’adieux, de poèmes, de journaux intimes. Ils ont été rédigés par de jeunes soldats d’une vingtaine d’années -les kamikazes- la veille du dernier jour de leur courte vie. Guillaume Loiret nous accompagne au travers de ces récits.

Qu’écrit-on lorsqu’on sait qu’on va mourir, à un âge où vivre aurait été si beau ?
Qu’écrit-on lorsqu’on sait qu’on va mourir, à un âge où vivre aurait été si beau ? Crédits : Composition de Guillaume Loiret à partir d'éléments de "Kamikaze Images"

Une Expérience signée Guillaume Loiret, réalisée par Véronique Lamendour

Loin d’être des combattants aguerris, ces kamikazes japonais sont pour la plupart de jeunes hommes (entre 20 et 25 ans), inexpérimentés, incorporés massivement à l'armée à l’automne 1944. Ce sont souvent des intellectuels, étudiants en littérature ou en droit, qui ont l’habitude des mots. D’où la charge poétique particulière des lettres, des vers et des journaux qu’ils ont laissés.

Puissions-nous mourir
Comme au printemps
Les fleurs de cerisiers
Pures et brillantes. Yamaguchi Teruo, 22 ans.

Les lettres sont nombreuses, adressées à la famille, aux enfants, aux amis. Les "poèmes pour quitter le monde" -ou jisei- sont une tradition aristocratique et lettrée, pratiquée autrefois par les moines et les samouraïs. Les journaux, plus rares, mettent à jour les espoirs et les doutes de jeunes hommes placés devant une issue inimaginable. Leurs premiers lecteurs furent souvent des lectrices : les mères, les épouses à qui l’on restituait, à défaut des corps, les objets et les mots laissés par les pilotes.

Lycéennes de la ville de Chiran agitant des branches de cerisiers en fleurs au décollage des avions.
Lycéennes de la ville de Chiran agitant des branches de cerisiers en fleurs au décollage des avions. Crédits : Archives de la base militaire de Chiran

Guillaume Loiret a découvert cette littérature unique il y a 13 ans, dans un musée dédié aux kamikazes de la petite ville de Chiran au Japon. Plus tard, il en a trouvé des traductions et des analyses, en particulier chez Christian Kessler (Les kamikazés japonais, écrits et paroles) et Pierre  Souyri &  Constance Sereni (Kamikazes), mises en relief par le remarquable ouvrage de Maurice Pinguet (La mort volontaire au Japon).

Et nous sommes tous placés devant le choix de la mort. 

Aujourd'hui est mon dernier jour, le destin de notre patrie dépend de cette bataille décisive dans les mers du Sud où je vais tomber. Isao Matsuo

Si leurs formules sont parfois stéréotypées -le recours à la métaphore de la fleur de cerisier notamment qui tombe de la branche avant d’avoir fané- la poésie partout s’y fait jour. Tantôt triviale, tantôt lyrique, elle déborde des missives et donne naissance à des objets bouleversants.

Pour aller plus loin

Générique

Avec les voix de : Clara Choï, Haruhiko Hirata, Philippe Laudenbach, Moe Moriyama, Hiroaki Ogasawara, Christine Sireyzol et Anne Steffens.

Musiques :

  • The naked island, Asper #1, Tomoko Sauvage, 2009. 
  • Etude pour électronique et enregistrement, Nantes is noise, Thomas Tilly, 2013.
  • Derrida & Async, Ryuichi Sakamoto, 2003.
  • Mercuric Dance, Haruomi Hosono, 2019.

Discographie d'Eric Cordier

Prise de son : Claire Levasseur

Mixage : Bernard Lagnel

Réalisation : Véronique Lamendour 

Une création sonore de Guillaume Loiret

Remerciements

Merci à Christian Kessler et Constance Sereni pour leurs traductions et leurs conseils, Kaiko Miyazaki, Satoko Fujimoto et Anne Steffens.

L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
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