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Burke, Paine et notre Révolution

3 min
À retrouver dans l'émission

Bonjour. Des idées de lectures sur le net où le débat d’idées court plus vite…

« L’histoire de la liberté moderne doit s’écrire en plusieurs langues », écrit le philosophe Philippe Raynaud en avant-propos de son essai consacré à une comparaison entre les sources intellectuelles et la portée des « trois révolutions de la liberté » - à savoir : le libéralisme anglais à l’époque des Lumières, avec John Locke et David Humes la Déclaration d’indépendance américaine, avec Le Fédéraliste notre Révolution française, enfin, en tant que fille des Lumières. Quant à la comparaison entre les révolutions américaine de 1787 et française de 1789, elle a été la source d’une fructueuse réflexion philosophique. Ainsi Georges Gusdorf, dans Les révolutions de France et d’Amérique, a montré comment la situation particulière de la France de cette époque, différait fortement de celle qui prévalait en Amérique du Nord. Chez nous, l’existence de deux puissances fortement centralisées et hiérarchisées, la monarchie et l’Eglise catholique, a provoqué, par réaction, une sorte de « totalitarisme » anti-clérical qui nous a menés jusque dans la guerre civile. Rien de tel aux Etats-Unis, où les colons n’ont pas eu à « répudier le passé », et où la coexistence multiples sectes protestantes dissidentes avait accoutumé les citoyens à l’exercice des libertés locales, au lieu de les dresser contre la religion.

Dans le magazine conservateur américain, The Weekley Standard, Gertrude Himmelfarb, revient, elle, sur la manière dont fut pensée la Révolution française par deux grands intellectuels anglo-saxons de l’époque, Edmund Burke et Thomas Paine. Elle y voit le point de départ de la grande divergence entre pensée politique de droite et pensée politique de gauche. Pas moins…

Mais un mot sur Gertrude Himmelfarb. Cette très vieille dame de 91 ans est une grande spécialiste de l’histoire de l’histoire des idées et une figure majeure de la pensée libérale-conservatrice. Elle fut l’épouse d’Irving Kristol, cet ancien militant trotskiste, qui anima, après la guerre, les grandes revues intellectuelles anti-communistes, avant de devenir le penseur phare du néo-conservatisme. Une véritable dynastie, puisque leur fils, William Kristol, anime aujourd’hui, la revue néo-conservatrice, the weekly Standard. C’est donc dans cette publication que Gertrude Himmelfarb contraste les réactions de Burke et de Paine face à la Révolution française.

Burke, né dans une bonne famille irlandaise, siégea au Parlement, du côté whig. Ayant été un défenseur enthousiaste des indépendantistes américains, on s’attendait à ce qu’il soutienne la Révolution française. Tel ne fut pas le cas. Paine, né dans une famille pauvre, survécut en tant qu’agent des douanes, avant d’être élu membre de l’Assemblée nationale française, brièvement emprisonné sous Robespierre, puis d’émigrer aux Etats-Unis. Cependant, ce n’est pas dans leur milieu d’origine qu’il faut chercher, selon Gertrude Himmelfarb, les raisons de leur divergence, mais bien dans leur philosophie. Burke se méfie des idées abstraites. Paine, au contraire, lorsqu’il écrit les Droits de l’homme, se réfère à l’homme en général et au droit naturel. Comme Himmelfarb elle-même, qui oppose, dans ses livres, les Lumières britanniques, valorisant les « vertus sociales », au culte de la raison, qui est au coeur des Lumières françaises, Burke fait confiance à l’histoire pour civiliser les hommes plutôt qu’à la raison. A ses yeux, la Révolution est, de ce point de vue, une régression. Il écrivait : « Vous (les Français) avez préféré d’agir comme si vous n’aviez jamais été civilisés, et si tout était à refaire à neuf. Vous avez mal commencé, parce que, vous avez, dès le début, méprisé tout ce qui vous appartenait. Vous avez commencé votre commerce sans fonds. »

Bon week-end sur France Culture et au plaisir de vous retrouver lundi aux Matins.

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