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Camus et l'Algérie, Paul de Man et la déconstruction

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Bonjour. Quelques idées de lectures sur le net.

Dans la New York Review of Books qui vient de paraître, la romancière Claire Messud revient sur les Chroniques algériennes de Camus, qui viennent d’être traduites en anglais. Jusqu’à sa mort, survenue en 1960, plus de deux ans avant les Accords d’Evian, Camus refusa l’inéluctabilité de l’indépendance algérienne, rappelle-t-elle. Il s’accrochait au rêve impossible d’une Algérie dans la France, qui aurait fait pleinement droit aux revendications d’égalité de la population musulmane, discriminée. C’est que Camus, très tôt orphelin de père et né dans une famille pauvre, idéalisait la France une France qui l’avait sauvé de la misère en lui offrant sa chance à travers l’école de la République, explique Claire Messud. Jusqu’au bout, il refusa la violence et la torture, d’où qu’elle vienne. Mais son appel de 1956 pour une trêve n’eut aucun effet. Et à l’époque de sa disparition, ses idées sur la question algérienne étaient considérées comme moralement admirables, mais politiquement dépassées.

Et si finalement, la reprise passait par les nations anciennement industrialisées plutôt que par les émergents ? C’est ce que prévoient de nombreux économistes qui, comme George Magnus dans le Prospect de novembre, relèvent que les prévisions de croissance pour le Royaume-Uni sont favorables : 1,5 %, dès cette année, 2,3 % l’an prochain. A rebours, de nombreuses interrogations pèsent sur la Chine, dont la croissance, pourtant artificiellement stimulée par le recours au crédit, s’essouffle, sous le poids de sa bureaucratie corrompue. La hausse vertigineuse des salaires, dans ce pays, commence aussi à lui poser un problème de compétitivité. La Chine ferait bien de s’inspirer de pays qui, comme Taïwan et la Corée du Sud , ont su gérer leur transition vers l’opulence en adoptant ce qu’il y a de meilleur en Occident : l’Etat de droit, la méritocratie, l’égalisation des revenus. Mais un pays dirigé par un parti communiste peut-il opérer ce genre de réformes ? se demande George Magnus, qui semble en douter.

On en sait un peu plus sur le cas Paul de Man, ce père du « déconstructivisme » américain , dont on devait apprendre, peu de temps après sa mort, à la fin des années 80, qu’il avait eu, en Belgique, son pays natal, un passé collaborationniste. Une universitaire américaine, qui a connu Paul de Man, Evelyn Barish, vient, en effet, de lui consacrer une biographie. On y apprend qu’outre le fait d’avoir signé plusieurs articles antisémites dans la presse de la collaboration, pendant la guerre, de Man avait en outre été condamné à six ans de prison dans son pays d’origine, pour des délits financiers qu’il avait abandonné sa première femme et leurs trois enfants, se remariant avant même d’avoir divorcé… Mais Barish ne semble pas explorer la piste la plus intéressante : la théorie de la déconstruction, en cherchant à miner l’idée de vérité objective , en renvoyant la prétention à l’établir à de simples « effets de discours », n’avait-elle pas précisément pour objet de jeter un voile sur le passé dérangeant de son concepteur ?

Les liens sont sur le site de la chronique, L’hebdo des idées. Bonne lecture. Bon week-end sur France Culture et au plaisir de vous retrouver lundi aux Matins.

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