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D'autres adieux à Garcia Marquez

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Bonjour. Des idées de lectures sur le net et hors Hexagone…

Les pages littéraires de nos journaux et magazines ont célébré l’œuvre du grand écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez. Dans la presse étrangère aussi, quelques grandes plumes lui ont rendu des hommages bien intéressants. Ainsi Salman Rushdie, dans le New York Times, dit combien lui a semblé familier d’emblée Macondo.

Macondo, c’est ce village imaginaire où se situent nombre d’histoires de Garcia Marquez, ce village où le surnaturel coexiste tout naturellement avec les réalités les plus prosaïques. « Je n’avais jamais mis les pieds en Amérique latine, mais je reconnaissais tout, tout m’était familier , écrit Salman Rushdie. Je retrouvais nombre d’endroits que je connaissais bien, pour les avoir fréquentés en Inde ou au Pakistan. Je reconnaissais les généraux et les colonels, le fossé entre la grande ville et les villages, le fossé entre les riches et les pauvres. Mes archevêques à moi étaient des mollahs et ses rues commerçantes, à lui, s’appelaient, chez moi, le bazar. Mais c’était bien la même réalité. »

Salman Rushdie en profite pour donner sa propre interprétation d’un « réalisme magique », avec lequel sa propre prose présente bien des ressemblances. « Nous vivons une époque de mondes inventés, alternatifs », écrit-il : Tolkien, Harry Potter, Hunger Games. Garcia Marquez, lui, ne fuyait pas la réalité il usait de son imagination pour l’enrichir, afin de l’éclairer d’une manière inattendue. Car, « pour s’envoler, l’imagination a besoin d’avoir, en dessous, un vrai sol. » Le réalisme magique n’est pas la fantaisie gratuite, où tout peut arriver, mais où c’est sans importance. Le réalisme magique est une réalité augmentée .

Pour Salman Rushdie, Garcia Marquez n’était pas l’inventeur du réalisme magique. Le Brésilien Machado de Assis, l’Argentin Jose Luis Borges, le Mexicain Juan Rulfo avaient élaboré cette façon d’écrire avant lui. Mais « il était, de nous tous, le plus grand.

Autre bel hommage, celui que rend Paul Berman, dans la New Republic. Lui aussi est fasciné par le contraste entre la conception glorieuse, presque mythologique, que se font de leur propre rôle, les personnages imaginés par l’auteur de Cent ans de solitude et de l’Automne du patriarche – et la réalité souvent sordide, au sein de laquelle ils évoluent en réalité. C’est pourquoi, ce sont, en général, de « nobles perdants », écrit-il.

La clef de cette œuvre ambigüe et géniale, Berman croit la trouver dans l’influence, sur Gabriel Garcia Marquez, du poète nicaraguayen du XIX° Ruben Dario . Comme Dario, Garcia Marquez était nourri des classiques de la littérature espagnole du Siècle d’Or, de ce baroque espagnol qui charrie encore des pans entiers de culture latin e – en particulier de l’Antiquité tardive. Et comme celle de ce devancier, son œuvre serait une manière de tenter de se libérer de cet héritage, afin de prendre en charge la réalité de sa propre époque, mais sans jamais l’abandonner tout à fait, car nul n’abandonne jamais son enfance. « Il travaillait à libérer la langue espagnole et toute la culture hispanique de la tyrannie du passé, tout en continuant à l’apprécier. » Cet effort pour surmonter un héritage culturel aussi grandiose qu’encombrant n’est, certes pas, directement politique, concède Paul Berman. Mais il a cependant une vraie dimension politique. Et c’est en cela que Garcia Marquez est vraiment un écrivain de gauche.

Bon. Dans ces conditions, on lui passera ses tendresses pour le régime des frères Castro.

Bon week-end sur France Culture et au plaisir de vous retrouver lundi aux Matins.

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