LE DIRECT

Dieu est-il heureux ?

3 min
À retrouver dans l'émission

L’auteur de « L’homme révolté » se serait reconnu dans les initiateurs du Printemps arabe , estime le professeur américain d’histoire française, Robert Zaretsky, dans The Chronicle of Higher Education. La révolte selon Albert Camus est liée à « une idée de limite », à une frontière, dont celui qui subit une injustice et une humiliation estime qu’on ne saurait la transgresser sans porter atteinte, à travers sa personne, à l’humanité tout entière. C’est pourquoi toute révolte individuelle est, en réalité, solidaire, pensait Camus.

Et l’article, disponible sur le site de ce magazine américain, se poursuit par un parallèle très judicieux entre Camus et Orwell.

Moralistes et écrivains complets, tous les deux furent à la fois romanciers et essayistes. L’un et l’autre ont risqué leur vie en luttant contre le fascisme, tout en refusant de fermer les yeux sur les horreurs commises, contre leurs propres citoyens, par les Etats communistes. C’est pourquoi ils furent ostracisés par l’intelligentsia de cette gauche à laquelle ils appartenaient, mais qui, au nom de l’unité des antifascistes, ne voulait pas que l’on parle des camps soviétiques.

Orwell, put dénoncer le colonialisme britannique, parce qu’il avait vécu, comme Camus, dans l’une de ces colonies. Enfin ils étaient, l’un comme l’autre, des amoureux de la nature. Du soleil de la Méditerranée, pour Camus, de la vie au grand air sur une île écossaise, pour Orwell. C’est d’ailleurs sur cette île de Jura qu’Orwell aggrava l’état de ses poumons – car il était tuberculeux, comme Camus !

Enfin ils sont morts au même âge, 46 ans. Oui, décidément, il y a bien des points communs entre Camus et Orwell : la même intransigeance morale, le même refus des manichéismes simplistes et meurtriers, la vigilance d’un esprit critique, qui refuse les indignations à géométrie variabl e

La New York Review of Books publie et en met en ligne un texte retrouvé du grand philosophe polonais Leszek Kolakowski. « Dieu est-il heureux ? », interrogeait cet indépassable spécialiste de l’histoire du marxisme, véritable voltairien, relais ironique de l’esprit des Lumières. Et Kolakowski de répondre ainsi : à moins de considérer comme Leibniz, que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, nous sommes bien obligés de constater que la vie sur terre est pénible, que la misère, la souffrance, la vieillesse et la mort sont notre lot.

Comment, dans ces conditions, pourrions-nous parvenir à cet état de bonheur et de plénitude que nous promettent les religions ? Les élus du Paradis eux-mêmes sont censés jouir du bonheur divin. Est-ce à dire qu’ils seraient indifférents aux souffrances de ceux qu’ils aimèrent, et qui sont demeurés, eux, dans cette vallée de larmes ? Mais Dieu lui-même, doté par ceux qui croient en son existence d’une connaissance absolue de tout ce qui produit au sein de sa Création, comment pourrait-il être heureux ? Et s’il n’est pas, où est sa perfection ?

Le remarquable économiste Jean Pisani-Ferry, directeur du think tank bruxellois Bruegel , écrit plus volontiers en anglais qu’en français. Remercions le site international Project Syndicate de nous donner à lire dans notre langue son dernier article, « L’Europe devrait-elle s’inspirer des Etats-Unis ? » Comment se fait-il que les Etats-Unis vont retrouver, dès l’an prochain, leur PIB par habitant de 2007, alors que nous autres, européens, serons encore loin du compte ? C’est que l’Europe a privilégié le retour à la stabilité des comptes publics, tandis qu’Obama a préféré rétablir le secteur bancaire. En Europe, nous avons trop de banques « zombies », des ménages surendettés et des entreprises en grande difficulté. Il faut s’occuper prioritairement du secteur privé, conclut Pisani-Ferry.

Toutes les adresses sont sur le site de l’émission, l’Hebdo des Idées. Bonne fin de semaine sur France Culture. En au plaisir de vous retrouver dès lundi matin.

L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......