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Et si les Allemands nous laissaient tomber ?

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À retrouver dans l'émission

Bonjour. Quelques idées de lecture sur le net hors Hexagone.
La notoriété du philosophe britannique John Gray souffre certainement, de l’existence d’un homonyme, américain, l’auteur du best-seller planétaire « les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus ». En dehors d’une petite étude sur Voltaire et les Lumières, parue il y a quelques années au Seuil, nous ne disposons d’aucune traduction des travaux de l’autre John Gray, le philosophe.

Quel dommage ! Il s’agit, en effet, d’un des esprits les plus acérés et les plus provocateurs du Royaume Uni. Il a enseigné tant à Yale qu’à la LSE à Londres, où il tenait jusqu’à son soixantième anniversaire, la chaire de philosophie européenne. Depuis ce départ en retraite anticipé, il écrit énormément, notamment dans the Guardian, le quotidien britannique, qui a renoué avec l’excellente tradition de publier de très longs articles de fond.

John Gray est l’un des critiques les plus argumentés de l’optimisme libéral, hérité des Lumières. L’idée d’un progrès continu du genre humain le fait ricaner sombrement. Dans le long article qu’il vient de publier dans The Guardian, The truth about evil, la vérité sur le Mal, il critique la vision qu’ont les leaders politiques occidentaux, de l’Etat islamique – dont il rappelle au passage qu’il peut être considéré en partie comme leur propre créature. L’idée qu’on puisse éradiquer le mal est naïve, selon John Gray parce que le mal, la rage de destruction et d’autodestruction est inhérente à la nature humaine. Les dirigeants politiques occidentaux ont eu tort, selon John Gray, de vouloir renverser les despotismes sanguinaires au Moyen Orient. Ce qui leur a succédé ne vaut pas mieux – au choix l’anarchie, ou des théocraties islamistes moyenâgeuses. La vision dualistique selon laquelle le Bien et le Mal sont des entités morales en conflit et non des potentialités de l’homme en tant que tel, vient, selon Gray, non pas du christianisme, mais du manichéisme - zoroastrien, notamment. Malgré le compte que lui a réglé Saint Augustin, le manichéisme ressuscite de temps à autres, au gré des hérésies chrétiennes, telles que celle des cathares. Tony Blair était leur héritier direct, selon John Gray. Et David Cameron prend le même chemin… A lire dans The Guardian.

Et si l’Allemagne nous laissait tomber. L’économiste Hans-Werner Sinn, patron du think tank Ifo, estime, dans un article en ligne de Project Syndicate, que le modèle européen de mutualisation des dettes n’est tolérable que si tous les pays s’engagent à respecter leurs engagements budgétaires. C’était la condition posée par l’Allemagne pour accepter la création du Mécanisme européen de stabilité. A partir du moment où deux Etats, la France et l’Italie décident de s’en affranchir, il faut changer de système, estime-t-il, et adopter un modèle de responsabilisation. En vertu de celui-ci, chaque Etat sera seul comptable de sa propre dette. Et Sinn prend l’exemple des Etats-Unis, où chacun des cinquante Etats fédérés assume isolément ses responsabilités - l’Iowa n’étant pas censé courir au secours de la Californie défaillante. Oui, la FED rachète de la dette publique, admet-il, mais de la dette fédérale, et non celle des Etats fédérés. Dans un tel modèle, il revient aux investisseurs, qui ont acheté de la dette, d’assumer la responsabilité d’un défaut de paiement. Cela les incite à pousser les dirigeants politiques à faire preuve de prudence et à réformer.

Tous les docteurs Y’akas du keynésianisme hexagonal vont répétant : l’absence de croissance en France, c’est la faute à l’Allemagne, obsédée par l’équilibre de ses comptes publics ! Quand on dégage de tels excédents commerciaux, on en profit pour relancer la croissance chez les autres en augmentant les dépenses chez soi. L’étude que vient de publier Standard’s & Poors prouve, chiffres en main, qu’ils ont tort : une hausse des dépenses publiques allemandes de l’ordre de 30 milliards en 2015, puis encore en 2016 aurait, sur la croissance française, un effet insignifiant : un supplément de 0,11 %. N’attendons pas des autres notre salut !

Bonnes lectures et au plaisir de vous retrouver dès demain aux Matins.

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