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Gouvernabilité, Réveils arabes

3 min
À retrouver dans l'émission

Bonjour. Des idées de lectures sur le net où le débat d’idées court plus vite…

Il n’y a pas qu’en France que les gouvernements déçoivent. Peter Mandelson, l’ancien gourou de Tony Blair, et ex-commissaire au commerce de l’Union européenne, explique dans un article pour Project Syndicate que la situation des gouvernements est devenue, dans le monde entier, très délicate. On leur demande de répondre à des défis de nature globale, au moment où leurs moyens traditionnels d’intervention sont limités par la mondialisation. Dans plusieurs régions du monde, et spécialement, chez nous, en Union européenne, les Etats ont commencé à mutualiser leurs moyens, au lieu de lutter, comme autrefois, les uns contre les autres. Mais la tendance au multilatéralisme est en train de rencontrer des limites, comme en témoigne l’état de stagnation d’institutions telles que l’OMC, la Banque Mondiale, le FMI et la BERD. Les Etats sont donc, pense Mandelson, condamnés à décevoir durant les prochaines années, parce qu’ils n’ont plus les moyens de donner satisfaction à des sociétés éclatées. Il est trop facile, pour les médias, de les mettre constamment en accusation sur la base d’analyses superficielles, ajoute-t-il.

L’année 2014 sera déterminante pour l’avenir du « réveil arabe », selon Marwan Muasher du Carnegie Endowment for International Peace. Il commence par une mise en garde : les commentateurs occidentaux ont été beaucoup trop pressés : la démocratie est un processus de longue haleine. Nul ne peut dire si les fameux « printemps arabes » connaîtront le sort du « printemps des peuples » européens de 1848 – dont il faut rappeler qu’ils furent souvent matés par les monarchies conservatrices – ou celui de l’Europe centrale libérée de la tutelle communiste après la chute de l’URSS en 1989. Trois facteurs seront déterminants, selon Muasher. Primo, l’évolution de l’islam politique. Les islamistes, en acceptant d’exercer le pouvoir en Egypte et en Tunisie, ont perdu leur aura « sacrée ». Les peuples arabes jugent désormais les gouvernants sur leurs résultats, et non sur leur piété… Les islamistes vont devoir se réinventer. Deuxième facteur : les batailles internes à l’islam politique, et en particulier, la tension alarmante entre sunnites et chiites qui culmine en Syrie, mais menace aussi Bahreïn, le Koweït, l’Arabie Saoudite et le Liban. Cette « sectarisation de la politique » témoigne de la difficulté qu’éprouve la région du Golfe, en particulier, à accepter la diversité – religieuse, ou culturelle. Les identités nationales y sont faibles, la citoyenneté, peu développée. C’est l’appartenance religieuse qui prime. Troisième facteur, les forces politiques sécularistes. Elles accusent les islamistes de ne pas accepter de lâcher le pouvoir, une fois conquis, mais, en soutenant le coup de force des militaires égyptiens contre le président Morsi, elles n’ont pas apporté la preuve qu’elles respectaient davantage elles-mêmes le vote majoritaire…

L’année prochaine sera déterminante en Egypte, selon Muasher, puisque les électeurs seront appelés aux urnes à plusieurs reprises : référendum sur la nouvelle Constitution, élection du président et de l’Assemblée. Le général el-Sisi peut espérer un raz-de-marée en sa faveur. Mais cela ne suffira pas à assurer la stabilité en Egypte. Car les militaires devront non seulement faire face aux islamistes, mais à la jeunesse séculariste qu’ils sont condamnés à décevoir.

En français, et en vente dans tous les kiosques, un excellent numéro spécial de la revue Sciences Humaines fait le tour des mutations en cours dans le domaine des relations internationales, de l’économie, de la géographie, des valeurs et des technologies. Le titre : Vers un nouveau monde. Lecture recommandée pour le nouvel an. Et, pour 7 euros cinquante, cadeau plus intelligent qu’une cravate…

Bon week-end sur France Culture et au plaisir de vous retrouver lundi aux Matins.

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