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Houellebecq vu de New York

3 min
À retrouver dans l'émission

DSK est un personnage de Houellebecq . Dans Les particules élémentaires, ce romancier, « probablement l’écrivain français vivant le plus célèbre à l’étranger », le seul en tous cas, à être systématiquement traduit, avait prédit la fusion des libéraux et des libertins, de la finance et de l’addiction sexuelle. C’est pourquoi il faut le prendre au sérieux, écrit dans The New Yorker, le célèbre critique nord-américain Adam Gopnik. Gopnik connaît bien la France il a vécu à Paris. Houellebecq est un satiriste, dans la veine de Jonathan Swift, écrit-il. Mais c’est un satiriste sans joie. Ses propres anticipations semblent l’attrister profondément . Il n’est méprisant, ni indigné, mais « surnaturellement calme », parce que désabusé.

L’objet de sa satire, dans Soumission, selon Gopnik, n’est pas l’islam, au fond, mais « la classe intellectuelle française invertébrée » . D’ailleurs, le roman n’est pas hostile à l’islam, dont est louée la « suave certitude ». Cette religion est présentée comme une force morale anti-matérialiste, qui sait imposer ses disciplines, au nom d’un idéal austère. Houellebecq semble même défendre la thèse selon laquelle l’islamisation de la France pourrait enclencher une renaissance européenne , en lui fournissant la foi qui lui fait défaut depuis la disparition du communisme et le discrédit du capitalisme libéral. Idéologiquement, Michel Houllebecq appartient au courant de critique conservatrice du capitalisme qu’ont illustré, en Angleterre, Chesterton et Belloc . Haïssant la modernité, ces auteurs en voient l’origine dans les Lumières – qu’ils condamnent. Mais pourquoi, plusieurs millions de Français sont-ils descendus dans les rues, le 11 janvier, dit Gopnik, sinon au nom des Lumières ?

Dans la New York Review of Books, Tim Parks pose, à propos de Charlie Hebdo, la question : quelles limites doit-on mettre à la satire ?

La satire cherche à provoquer des changements souhaitables en faisant honte à des personnes de leur comportement. Dans le cas de Charlie Hebdo, prétend-il, les dessins ridiculisant le prophète de l’islam ont provoqué l’assassinat de ses auteurs. Ceux-ci ont donc raté leur coup . Un raisonnement en forme de sophisme, mais qui n’est pas isolé dans la presse intellectuelle anglo-saxonne. La satire, prétend-il, doit être jugée à l’aune de son utilité.

Est-on bien sûr que la nouvelle caricature de Mahomet qui orne la une du dernier Charlie Hebdo va contribuer à isoler les islamistes radicaux des musulmans ? Internet rend en effet problématique qu’on puisse se moquer ensemble des mêmes choses, à partir d’un socle de valeurs partagées . Dans la Divine Comédie, Dante pouvait se moquer de Mahomet, en le montrant coupé en deux, en punition de son schisme religieux. Personne ne lisait la Divine Comédie au Pakistan au XIV ° siècle. Tim Parks semble faire sienne la thèse controversée selon laquelle Charlie Hebdo, né à l’extrême gauche (Charlie fait référence à Charlie Brown, mais aussi à de Gaulle), aurait évolué vers des positions systématiquement hostiles à l’islam et aux musulmans.

Il ne faut pas être obnubilé par la liberté d’expression, conclut-il, en racontant avoir été lui-même par une revue italienne, Comix, pour avoir proposé d’imprimer des images de saints sur les préservatifs, afin que les chrétiens puissent bénéficier de l’absolution en même temps qu’ils pêcheraient.

Bonne fin de week-end et à lundi aux Matins !

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