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Keynes : stérilité et court-termisme ?

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Quelques conseils de lectures sur internet

John Maynard Keynes était l’un des intellectuels les plus sexy de sa génération. Séducteur brillant et fortuné, marié à l’une des beautés de son époque, la ballerine Lydia Lopokova, il préférait la compagnie des intellectuels et des artistes de la bohême branchée à celle de ses confrères économistes. Le couple n’eut pas d’enfants, mais Keynes, lui, eut plusieurs maîtresses et quantité d’amants. D’où la tentation, chez ses adversaires d’attribuer une influence sur sa théorie de la relance de la croissance par les déficits publics et la consommation, à sa vie privée. L’un de ses aphorismes les plus souvent cités n’est-il pas « à long terme, nous sommes tous morts » ?

Il n’en fallait pas plus pour que le fondateur du keynésianisme soit accusé récemment, par le grand historien conservateur de Harvard, Niall Ferguson , d’avoir prôné une économie fondée sur l’endettement permanent parce qu’il n’avait pas d’enfant

Sur le site American Prospect, l’historien canadien Jeet Heer s’insurge contre cette idée, rappelant qu’elle n’est pas si nouvelle : l’économiste Joseph Schumpeter , le théoricien de la « destruction créatrice » avait fait la même observation dans son article nécrologique de 1946, décrivant la philosophie de Keynes comme le « court-termisme d’un homme sans descendance ».

Mais notre professeur canadien fait observer que le vieux préjugé homophobe remonte très loin : Thomas d’Aquin liait explicitement sodomie et usure . Aux yeux du grand théologien chrétien du XIII° siècle, la sexualité entre hommes et le prêt à intérêt constituaient le même type de péché parce qu’ils n’étaient pas susceptibles de produire « d’accroissement naturel ».

Et Jeet Heer de renvoyer la balle à l’envoyeur : ne seraient-ce pas plutôt les partisans de l’austérité budgétaire qui auraient un problème sexuel ? Voir à ce propos le récent essai de Mark Blyth : Austerity : The History of a Dangerous Idea.

Révélateur, de comparer la liste des 25 « penseurs qui comptent » selon le Nouvel Observateur de cette semaine, avec les 65 « penseurs mondiaux », élus par le magazine britannique Prospect, dans son numéro de mai. Sur les 25 de L’Obs, seulement trois – Slavoj Zizek, Amartya Sen et Michael Sandel sont reconnus comme « penseurs d’envergure mondiale » par Prospect. L’Obs a pourtant fait un notable effort pour se sortir de l’Hexagone. Mais observons que l’hebdomadaire de la gauche française privilégie des penseurs étrangers franco-compatibles, c’est-à-dire essentiellement des spécialistes de philosophie politique et des idéologues bien marqués à gauche, tandis que le mensuel intellectuel britannique enregistre le mouvement d’intérêt du monde anglo-saxon pour l’économie et les sciences cognitives.

Sur telos, Elie Cohen critique vertement le veto mis par le ministre du Redressement productif au rachat de la start-up française Dailymotion par l’Américain Yahoo. Pourquoi ce soudain accès de patriotisme industriel ? interroge l’économiste. Personne ne s’était offusqué du rachat de PriceMinister par le Japonais Rakuten, de celle de Meetic par l’Américain Match et de Aufeminin.com par l’Allemand Axel Springer. Outre que l’affaire illustre les contradictions qui secouent le gouvernement, entre une ligne sociale-libérale, incarnée par Pierre Moscovici et le souverainisme économique d’Arnaud Montebourg, elle constitue, affirme Elie Cohen, une « régression ». C’est à l’Agence des participations de l’Etat de défendre les positions du gouvernement au sein des conseils d’administration , surtout lorsqu’il n’y est pas majoritaire. Les procédures normales ont été violées. Cela ne va améliorer l’image de la France dans le milieu des affaires mondial. A lire sur telos.

Tous les liens à retrouver sur la page de L’Hebdo des Idées. Bonne fin de semaine sur France Culture et au plaisir de vous retrouver lundi matin.

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