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La fin des chrétiens d'Orient

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Quelques lectures pour vous, sur le Net et hors Hexagone.

Le Levant cosmopolite et chatoyant d’autrefois, celui du Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell, des romans d’Amin Maalouf ou de Robert Solé aujourd’hui aura donc disparu en quelques années. C’est un tournant historique, vécu dans le sang et les larmes sur place, lâchement passé sous silence en Europe voisine.

Les chrétiens en d’Orient en sont les principales victimes. Représentant 20 % du monde arabe, au début du siècle, ils vivaient en bonne intelligence avec leurs voisins musulmans. Selon le journal libanais L’Orient-Le Jour, il y avait un million cinq cent mille chrétiens en Irak, dont 600 000 à Bagdad et 60 000 à Mossoul. Les trois quarts ont dû fuir les persécutions de Daesh, quand ils n’ont pas été massacrés ou convertis de force à l’islam. Melkites, Maronites, Chaldéens, Arméniens, etc. représentaient 9 % de la population syrienne avant le déclenchement de la guerre civile, soit environ 2 millions de personnes. La moitié ont fui. Des coptes d’Egypte, 8 millions de croyants, persécutés sous le règne des Frères musulmans de Mohamed Morsi, nul ne sait combien ont pu rester sur place.

Comment en est-on arrivé là ? demande Christian Sahner sur le site Project Syndicate. Par étapes, explique ce spécialiste de la Syrie à Princeton. La chute de l’empire ottoman a laissé un vide, bientôt occupé par le nationalisme arabe. Les populations appartenant à une autre culture, comme les Kurdes, les Juifs ou les Grecs, qui vivaient au Moyen Orient depuis des générations, subirent alors des discriminations, puis virent leurs biens confisqués. A la suite de la Guerre des 6 Jours, ce fut au tour de l’islamisme politique de provoquer la marginalisation de tous les non-musulmans, y compris de groupes qui avaient pourtant joué un rôle déterminant dans la vie politique, économique et culturelle de la région. Le Printemps arabe lui-même, malgré ses aspirations démocratiques, se retourna contre les minorités, accusées de collusion avec l’ancien régime parce qu’elles avaient cherché protection auprès des puissants du jour. L’Etat islamique, à son tour, poursuit l’achèvement d’un authentique nettoyage ethnique, traitant tous les non-sunnites en ennemis mortels, mettant en esclavage les Yazidis, qu’il considère comme des païens, brûlant les églises chrétiennes et persécutant les chiites.

Le résultat, c’est que dans de nombreuses villes orientales, autrefois riches de leur diversité, on traverse à présent des quartiers « homogénisés », où vivent ici, des sunnites, là, des chiites, ou encore maronites, afin de se protéger des extrémistes de l’autre bord.

« La fin de la diversité est une tragédie, écrit Sahner. Les minorités avaient servi de médiatrices entre le Moyen Orient et le monde extérieur. Elles avaient fourni nombre de leaders intellectuels et de membres de l’élite économique. » « La manière dont une société gère la diversité ethnique et religieuse, poursuit-il, en dit long sur sa capacité à négocier les querelles et à faire du pluralisme un atout et non un handicap. » « Pourquoi abandonnons-nous les chrétiens du Moyen Orient à l’Etat islamique ? » demande de son côté Douglas Murray dans l’hebdomadaire britannique The Spectator – des gens qui prient en araméen, la langue que parlait Jésus Christ. On lira la réponse de l’essayiste Nick Cohen dans Standpoint : « La grande trahison ». Il y compare le lâche « apeasement » prôné par nos élites intellectuelles et politiques envers le radicalisme islamiste avec celui dont bénéficia Hitler dans les années 30.

Bonne fin de week-end et à lundi aux Matins !

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