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La politique étrangère d'Obama

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Quel bilan peut-on tirer de la présidence Obama dans le domaine qui est le plus important pour nous, Européens, alliés des Etats-Unis, la politique étrangère ?

Justin Vaïsse, spécialiste des Etats-Unis où il travaille – il est directeur de recherches à la Brookings Institution s’y emploie dans un ouvrage nourri d’observations de première main qui paraît chez Odile Jacob. Cette politique, Vaïsse la résume à travers un mot : pivot. On dit d’un joueur de basket qu’il « pivote » lorsqu’il se tourne dans une nouvelle direction tout en gardant un pied au sol pour pouvoir conserver le ballon. Obama a ainsi voulu faire « pivoter » la diplomatie américaine du Moyen Orient vers l’Asie-Pacifique, de la vieille Europe vers les nouveaux émergents. Il a voulu repartir à zéro avec pragmatisme dans les relations des Etats-Unis avec des pays que la politique de George W Bush avait aliénés, comme la Russie et le monde arabo-musulman.

Y est-il parvenu ?

Les succès sont rares et ambigus, d’après Justin Vaïsse : Obama a remporté la guerre contre Al-Qaïda : Ben Laden a été traqué jusqu’au Pakistan et tué, un grand nombre d’autres chefs de l’organisation terroriste ont été atteints par des drones américains. L’Amérique est revenue en force dans le Pacifique et Obama a mis au point une formule « mi engagement-mi endiguement » qui permet à son pays de voir venir du côté chinois, en position assez solide.

Par contre, la politique de la main tendue vers les Etats voyous n’a pas été payante. Le dossier israélo-palestinien n’a pas progressé d’un pouce tout juste si Obama est parvenu à dissuader Netanyaou de bombarder les installations nucléaires militaires iraniennes en pleine période électorale.

Zaki Laïdi qui a publié, de son côté, un essai intitulé « le monde selon Obama » et vient de tourner, pour France 3, un documentaire attendu, intitulé « Obama, l’homme qui voulait changer le monde ». Il dresse un inventaire implacable sur le site Telos, qu’il anime depuis plusieurs années. Le retrait d’Irak ? Il s’est traduit par un affaiblissement considérable de l’influence américaine sur place, aussitôt remplacée par l’Iran chiite. Obama avait misé sur une victoire décisive en Afghanistan, mais le retrait, programmé pour 2014, n’ouvrira sur aucune solution durable. Plus préoccupant encore, « l’effondrement de la stratégie pakistanaise d’Obama ». Avec ce pays stratégique pour les USA, c’est « coopération minimale fondée sur une méfiance maximale ».

Sur tous les dossiers dont il a hérité, Obama, « n’a obtenu aucun résultat significatif », juge Zaki Laïdi, dont le ton a beaucoup changé depuis la première édition de son livre.

Mais en quoi les agendas d’Obama et de Romney diffèrent-ils en politique étrangère ?

Réponse sur le site du Council on foreign relations. Les deux candidats sont des pragmatistes et non pas des idéologues, écrit Stewart M. Patrick. Sur de nombreux sujets, ils ne divergent guère. Sur l’Afpak (Afghanistan et Pakistan), il n’y a pas d’alternative à la politique actuelle sur le contre-terrorisme, Romney ne serait pas plus dur qu’Obama avec la Chine, il poursuivrait sur la même voie, celle qui consiste à rassurer les alliés asiatiques des Américains sur l’engagement de Washington à garantir la sécurité maritime dans le Pacifique quant à la promotion des droits de l’homme, Romney a beau prétendre vouloir revenir à la ligne W. Bush sur la promotion de la démocratie, il y regarderait à deux fois lorsqu’il s’agit de renverser des régimes alliés des Etats-Unis.

Les vraies divergences entre les deux candidats portent sur : le budget de la Défense, que Romney entend augmenter d’au moins 4%, sur l’aide extérieure qu’il juge gaspillée et veut réduire sur la Russie qu’Obama croit avoir séduite en renonçant au bouclier anti-missiles en Europe centrale, mais que Romney considère comme un ennemi et sur le Moyen Orient, où Obama persiste à croire en la solution des deux Etats (Israël et Palestine), alors que Romney n’y croit pas.

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