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La rigueur en discussion

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Quelques conseils de lecture sur le Net, pour votre week-end.

Le résultat des élections italiennes a provoqué un électrochoc en Europe . Le candidat de Bruxelles, Mario Monti, l’homme de la rigueur budgétaire et des réformes de structure a mordu la poussière, entraînant le centre-gauche dans sa chute, tandis que Berlusconi faisait son grand retour et qu’un candidat protestataire anti-partis et anti-Bruxelles, Beppe Grillo opérait une percée spectaculaire.

Le conseil européen qui se termine par un grand dîner, ce soir à Bruxelles, risque de rester sur l’estomac des convives. Car, comme l’écrit le Süddeutsche Zeitung, traduit et mis en ligne par Presseurop, « 9 des 17 Etats de la zone euro vont s’endetter au-delà de ce qu’autorisent les critères de convergence, la croissance en Europe est presque tombée à zéro, et un Européen sur huit est sans emplo i. » L’Allemagne, dont le budget sera complètement équilibré en 2015, aura du mal à convaincre ses partenaires de la suivre sur le chemin de la rigueur.

Car ce sont bien les politiques de rigueur budgétaire qui sont aujourd’hui en discussion sur les sites qui réfléchissent aux affaires européennes.

Sur Telos, Paul de Grauwe et Yuemei Ji mettent en cause l’irrationalité des marchés financiers. Pris de panique face à la détérioration de la situation budgétaire des pays du Sud européen, ils ont surréagi. Les dirigeants politiques de ces pays ont relayé ces peurs partiellement non fondées, imposant à leurs pays des politiques exagérément rigoureuses, lesquelles ont entraîné une spirale dépressive, rendant la perspective du retour à l’équilibre encore plus difficile . Les auteurs de la note font remarquer que les marchés n’ont pas incité les pays du Nord à stimuler leurs économies, comme ils l’auraient du, pour compenser la rigueur au Sud. Conclusion : même si le retour à l’équilibre budgétaire est nécessaire, il serait souhaitable de l’étaler dans le temps .

Le politologue Raymond Cayrol sur le site Affaires Stratégiques.info analyse les causes du désamour des Français envers l’Europe. Il fait observer que durant les années 80 et 90, nous étions les plus europhiles de l’Union. Le retournement s’est fait lorsque l’UE a commencé d’être perçue comme le fourrier de la mondialisation, menaçant notre modèle social. L’Europe est jugée lointaine et abstraite. Et nos dirigeants politiques ont une fâcheuse tendance à se présenter comme en guerre permanente contre Bruxelles , à laquelle ils se targuent d’avoir « arraché des concessions », ou « résisté victorieusement ».

Sur le think tank américain Carnegie Endowment, Marc Pierini pose la question : « Davantage ou moins d’Europe ? » Il observe d’entrée l’absence préoccupante des Européens dans le règlement des grandes crises qui se déroulent dans leur voisinage : guerre civile syrienne, suites des révolutions tunisienne, égyptienne et libyenne. Du côté des pays de la périphérie de l’UE, l’exaspération face aux politiques d’austérité, ressenties comme « imposées par Berlin », provoque une montée des populismes. Mais, du côté des riches pays du Nord, lui répond en écho le sentiment d’avoir à trop payer pour les autres. On rediscute d’une Europe à plusieurs vitesses , relève Pierini. Selon les politiques, se mettraient en place des regroupements souples et provisoires…

Le sentiment des Allemands de devoir « payer pour les autres » se traduit par la création d’un nouveau politique, l’Alternative pour l’Allemagne , sur lequel s’interroge la Fondapol. Ce parti, dirigé par l’ancien patron de la Fédération des Industries, peut être attribué à un « effet Sarrazin », du nom de cet essayiste à succès, qui, après avoir dénoncé l’immigration, dénonce à présent la monnaie unique et appelle à renouer avec le Deutsch Mark. Le nouveau parti envisage, pour l’instant, des unions monétaires plus petites, et par exemple un euro du Nord et un autre du Sud.

Enfin, sur la question : l’Allemagne est-elle ou non un modèle pour l’Europe , on lira avec intérêt le papier de Daniel Gros sur le site du Centre for European Policy Studies. Oui, l’Allemagne est devenue la référence, alors qu’elle était qualifiée « d’homme malade de l’Europe », il y a dix ans. Mais ce n’est pas grâce à la baisse des salaires qu’elle a réalisé cet exploit, écrit Gros c’est en améliorant sa compétitivité par des réformes de structure.

Tous les liens sur la page de L’Hebdo des idées. Bonne fin de semaine sur FC et à lundi aux Matins.

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