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L'avertissement de Joschka Fischer

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Bonjour. Des conseils de lectures, pour le week-end.

Les interventions de l’ancien ministre Vert des affaires étrangères allemand ne sont jamais à prendre à la légère. En pleine polémique entre le PS et la CDU, Joschka Fischer intervient dans le débat européen, avec un article important, publié sur le site Project Syndicate. Notre Union européenne est en cours de désintégration, avertit Fischer. Par manque de leadership, par incompétence, par pusillanimité. Il critique la théorie allemande dite de « l’amour vache », selon laquelle la meilleure façon de sauver les Etats du Sud de leur propension au laxisme, serait de leur imposer un rapide et douloureux retour à l’équilibre budgétaire. Le mixte d’austérité budgétaire et de réformes de structure qui a permis le redressement de l’Allemagne est en train de s’avérer fatal aux Sudistes. Il provoque un chômage de masse qui peut déboucher sur l’élection de pouvoirs populistes et europhobes. L’Allemagne, sous la conduite d’Angela Merkel, au lieu de se résigner à devenir pleinement européenne, tente d’imposer aux autres une « Europe allemande » dont ils ne veulent pas. Aujourd’hui, conclut Joschka Fischer, l’Union européenne est à la croisée des chemins. Ou nous acceptons les transferts massifs de souveraineté et les transferts financiers qu’exigent l’union bancaire, l’union fiscale et l’union. Mais l’Allemagne – et la France – peuvent-elles l’accepter ?

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Les premiers essais et témoignages concernant le mouvement Occupy Wall Street paraissent aux Etats-Unis. Celui de trois universitaires, titré Occupy : three inquiries in disobedience, montre comment le mouvement a très vite conquis l’attention des média et suscité la sympathie d’un large public. Ce qui demeure étonnant, dans le contexte américain d’exaspération envers la finance et ses dérives, c’est qu’un mouvement de ce genre ne se soit pas manifesté plus tôt. Pourquoi alors le mouvement a-t-il aussi rapidement capoté, sans déboucher sur la création d’un véritable mouvement politique ? Certes, il faut incriminer la hâte des autorités à faire évacuer le parc Zuccotti, à Manhattan mais cela ne dispensera pas le mouvement d’avoir à faire sa propre critique. En un sens, il a « choisi le silence ». On avait vite compris contre quoi il se dressait : la financiarisation de l’économie, les banques, le fameux « 1% » qui continue à s’enrichir en pleine crise. Mais pour quoi luttaient les occupants de Zuccotti ? On ne l’a jamais su, parce qu’il a d’emblée renoncé à formuler un agenda politique précis, faisant de cette absence de projet politique la marque même de sa singularité. David Graeber, qui fut l’un des « occupants », livre son analyse dans The Democracy Project. L’originalité d’Occupy, selon lui, fut précisément d’être un « mouvement sans leader ». Ce qui semble essentiel à cet anarchiste proclamé, ce sont les procédures de prise de décision – les groupes de travail, les assemblées générales, les techniques de mobilisation (comme le « people’s microphone ») pas le message lui-même, pas la ligne politique. Comme l’explique l’un des auteurs des « Trois enquêtes en désobéissance », le mouvement a constamment refusé de s’inscrire dans la « grammaire conventionnelle » du jeu politicien. Il redoutait d’être canalisé et récupéré par quelques professionnels de la politique. Le théoricien des mouvements sociaux, Albert Hirschmann écrivait, dans les années 70, qu’il y avait deux manières de relayer une contestation : en donnant de la voix, ou en optant pour l’exit. Occupay wall Street a choisi l’exit. Du coup, il a gâché ses chances de donner naissance à un mouvement politique aux Etats-Unis. Il n’a pas pesé, comme l’ont fait, au contraire, en Europe, les partisans de la taxe Tobin. On ne saurait se contenter de créer un espace social alternatif, en marge de la société légale.

Toutes les références sont sur le site de L’Hebdo des idées. Bonne fin de semaine avec France Culture et à lundi aux Matins.

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