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Le débat sur le contrôle des armes aux USA après Newtown

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Après la tuerie de l’école élémentaire de Newport , dans le Connecticut – vingt enfants et sept adultes assassinés - le débat sur le contrôle des armes à feu rebondit aux Etats-Unis. La Maison Blanche indique que le président Obama entend faire de la prévention de la violence l’une des priorités de son second mandat . Un contrôle plus strict des armes à feu fait partie de la solution, mais ne saurait suffire.

Nate Cohn dans The New Republic, encourage les démocrates à se montrer plus audacieux dans le contrôle des ventes d’armes. Certes, reconnaît-il, c’est ce volet de son programme qui a détourné d’Al Gore les électeurs des Etats ruraux du Sud-est, lui faisant ainsi rater de peu la présidence en 2000. Mais les démocrates pourraient compenser ces pertes électorales en gagnant encore plus de voix dans les villes et les banlieues, où l’électorat, féminin en particulier, est particulièrement favorable au contrôle des armes .

Pourtant, il faut le savoir, la tendance générale de l’opinion américaine est de moins en moins ouverte à une législation plus stricte sur les ventes d’armes : alors que 65 % des sondés y étaient favorables au lendemain du massacre de Columbine, ce pourcentage était tombé aux alentours de 45 % à la veille de celui de Newport. Mais 60 % des électeurs américains sont, en tous cas, favorables à une interdiction des armes d’assaut.

Le grand économiste Jeffrey Sachs aborde franchement la question dans un article publié aussi en français sur le site Project Syndicate. Il lui paraît impossible de ne pas corréler le fait que les Américains possèdent 270 millions d’armes à feu et leur taux d’homicide, en moyenne quatre fois supérieur à celui de la Grande-Bretagne et 6 fois à celui de l’Allemagne. L’origine de cette anomalie provient, pour lui, d’un archaïsme. Les Etats-Unis ont été fondés par des milices citoyennes, révoltées contre l’Empire britannique. Mais ce droit de résister par les armes, en milices populaires, à la tyrannie gouvernementale, est aujourd’hui détourné au profit d’une culture de la violence qui n’a plus rien de démocratique.

En tout état de cause, conclut-il, les malades mentaux et personnes instables , tel que l’auteur du massacre de Newport, qui « mettent en scène des massacres d’innocents pour se venger de la société » doivent être tenus à l’écart des armes à feu. C’est aussi la position du sénateur de Floride, Marco Rubio , pourtant républicain. Et Jeffreys Sachs invite ses compatriotes à prendre exemple sur l’Australie, autrefois surarmée, qui a fini par réprimer la détention d’armes, suite à un massacre de masse, en 1996.

Dans The Atlantic, Jeffrey Goldberg rappelle que, si les Etats-Unis connaissent chaque années environ 15 000 assassinats et autant de suicides par balles, le nombre d’armes possédées par les foyers américains, qui s’élève probablement aujourd’hui à 280 millions, rend illusoire de vouloir les retirer de circulation .

« C’est trop tard », écrit-il. Aucun Etat démocratique ne dispose des moyens d’interdire et surtout de saisir ces armes une par une.

En outre, 8 millions d’Américains ont subi un entraînement légal pour obtenir le droit de porter une arme dissimulée en public. Va-t-on les retirer à ces citoyens honnêtes qui ne cherchent qu’à se protéger, eux et leurs familles ?

Et Jeffrey Goldberg de rappeler que plusieurs de ces massacres ont été arrêtés non pas par la police, mais par l’intervention de civils armés, qui ont abattu le tireur . Et l’auteur de ce long article, fort bien documenté, de conclure : « Je ne crois pas qu’un droit illimité et irrégulé de posséder des armes soit une manière de se défendre contre la montée du totalitarisme aux Etats-Unis, parce que je ne crois pas que les Etats-Unis soient mûrs pour le totalitarisme. Mais j’ai de la sympathie pour l’idée d’auto-défense armée, parce que ça marche souvent et parce qu’à rebours, encourager les citoyens à la passivité et à ’impuissance est moralement corrupteur ».

On voit que le débat n’est pas simple et les positions moins manichéennes qu’il nous le semble souvent.

Les références sont sur le site de la chronique, L’Hebdo des idées.

Bonne fin de semaine sur France Culture et à lundi matin.

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