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Le Dossier des Obscénités

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À retrouver dans l'émission

Quelques lectures qui méritent votre clic sur internet.

La une du Nouvel Observateur affichant une décision de justice condamnant cet hebdomadaire pour atteinte à la vie privée, comme un vulgaire magazine à scandale, donne à penser. Dans notre culture qui se targue d’être l’une des plus tolérantes que l’histoire ait connue, qu’est-ce qui mérite encore d’être condamné ? Le qualificatif « d’obscène » garde-t-il un sens dans des sociétés où la pornographie est une industrie qui a ses stars et ses magnats, paye ses charges et ses impôts ? Ce sont les questions auxquelles tente de répondre un Michael Hinds, dans la Dublin Review of Books. « A quel moment quelque chose devient dégoûtante au point de mériter les rigueurs de la loi ? », s’interroge cet universitaire irlandais, à l’occasion d’une critique d’un livre, consacré par un autre universitaire, américain, lui, au Dossier des obscénités, une antenne du FBI, créée par J. Edgar Hoover en 1937, deux ans après la création du célèbre « Bureau ».

La culture occidentale contemporaine, relève-t-il, parce qu’elle est permissive, se sent mal à l’aise dès qu’il s’agit de fixer des limites. On ne dit plus « indécent » et encore moins « immoral », mais "inapproprié" – ce qui sous-entend que tout est question de contexte et de circonstances. Il n’y a que la pédo-pornographie – bizarrement absente du « Dossier » du FBI de l’époque Hoover, qui fasse l’objet d’une condamnation sans équivoque. C’est que, comme le diagnostique le philosophe Slavoj Zizek, nous vivons, en Occident, dans une « idéologie du plaisir à tout prix ». Pratiquement tout, dans notre culture, nous donne pour instruction : prenez du plaisir ! à un degré qui est en soi une forme d’obscénité normalisée. C’est pourquoi il est intéressant de se pencher sur le contenu du fameux Dossier des obscénités de Hoover et de l’usage qu’en a fait l’inamovible patron du FBI.

Le héros du dernier film de Clint Eastwood était bien trop conscient de l’embarras des juges face à ce genre de cas et du risque de ridicule qui pouvait rejaillir sur sa propre autorité, pour attaquer systématiquement les auteurs d’obscénités. Il l’apprit à ses dépends lorsqu’il lança, en 1963, une enquête sur le chanteur du groupe the Kingsmen, soupçonné d’avoir marmonné des obscénités dans son interprétation du classique Louie Louie. Cette accusation stupide valut au groupe d’être numéro 2 au hit-parade de l’époque… Non, l’usage que fit Hoover de son fameux dossier fut d’abord politique . Il lui permit de faire chanter certains militants de gauche , des homosexuels et des truands.

Pendant la deuxième guerre mondiale – où la production pornographique explosa – la guerre entre les Etats-Unis et le Japon eut un prolongement inattendu du côté de la propagande : des deux côtés, on mit en circulation des photos montrant les femmes de l’autre bord dans des attitudes lascives…

Le Dossier des obscénités fut fermé pour de bon par Bill Clinton. Il n’ya plus, au FBI, de grandes oreilles, pour guetter le « miaulement sexuel de la vie américaine », comme écrivit Philip Roth .

Ceux qui doutent encore de la dérive autoritaire qu’a connue le Venezuela sous Chavez consulteront avec bénéfice le rapport que vient de mettre en ligne l’ONG Human Rights Watch sur le sujet. Disponible en français, l’étude pointe « la concentration des pouvoirs et l’érosion des garanties des droits humains donnant toute latitude au gouvernement pour intimider, censurer et poursuivre en justice les Vénézuéliens qui critiquaient le président ». Cela passe par neutralisation politique de la Cour suprême, truffée d’alliés politiques, la mise en prison de juges insuffisamment dociles à poursuivre les opposants , la fermeture autoritaire de la chaîne de télévision d’opposition RCTV. Le gouvernement vénézuélien a refusé de se conformer aux décisions de la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Et le « commandante » a bruyamment affiché son soutien aux régimes dictatoriaux les plus infréquentables de la planète , en décorant de l’Ordre du Libérateur, la plus haute distinction, Bachar al-Assad, Mouammar Kadhafi et Mahmoud Amadinejad.

Le lien est disponible sur le site de L’hebdo des idées.

Bonne fin de semaine sur France Culture et à lundi prochain aux Matins.

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