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Le "jour du destin"

3 min
À retrouver dans l'émission

Incontournable lecture, ce week-end, le magazine Books, qui publie une espèce de best-of consacré à « 25 idées qui dérangent ». 25 idées à rebours de ce qu’on croit savoir et de ce qu’on répète. Quelques exemples : les réseaux sociaux sont bien plus utiles aux dictateurs qu’aux mouvements contestataires ce n’est pas à la campagne, mais dans les villes, que s’inventent les modes de vie les plus écologiques il ne faut pas ajouter foi aux proclamations démocratiques d’un Etat faible, au sortir d’une guerre civile, etc.

Dans le même numéro de Books, un article passionnant de Thea Dorn, qui explique pourquoi les derniers grands intellectuels allemands sont tous d’âge canonique – comme Habermas, Enzensberger, Günter Grass, Martin Walser… ou morts, comme Ralf Dahrendorf. Ce n’est pas que pays manque de grands esprits, c’est que les générations plus jeunes ont subi le lavage de cerveau déconstructiviste . Pour eux, tout n’est que « discours », « récit », effet de réel. Il ne saurait être question de « vérité » - c’est obscène ! -, mais seulement de « positions discursives », ne faisant l’objet d’aucun investissement personnel. On comprend que, dans ces conditions, le prestige des intellectuels soit en baisse, en Allemagne, concurrencés qu’ils sont par les « vulgarisateurs patentés du petit écran ».

Claus Leggewie discute, sur le site Eurozine, l’opportunité de faire du 9 novembre la grande date mémorielle de l’histoire allemande. Cette date revient, en effet, de manière obsessionnelle tout au long du XX° siècle, explique le politologue, c’est pourquoi on l’a baptisée der Schicksalstag , le jour du destin.

C’est le 9 novembre 1918, que le social-démocrate Friedrich Hebert est proclamé chancelier de la République allemande , au balcon du Stadtschloss, ce qui signifie à la fois la fin de l’Empire et la ferme volonté d’empêcher la prise du pouvoir par les conseils d’ouvriers et de soldats.

Mais c’est aussi un 9 novembre, en 1923, qu’un certain caporal Hitler, chef d’un groupuscule national-révolutionnaire, tente un putsch, dans une brasserie de Munich .

Le 9 novembre 1938, Goebbels donne l’ordre à ses hommes de main d’attaquer les synagogues c’est la « Nuit de Crista l ». 1 300 Juifs allemands, déjà privés de tous leurs droits de citoyens, tombent victimes du pogrom, quand ils ne se suicident pas.

Enfin, le 9 novembre 1989, c’est la chute du Mur de Berlin . Le 9 novembre ferait donc un lieu de mémoire idéal. Mais ce serait mêler des évènements de nature bien trop différente.

Et c’est le 3 octobre, anniversaire de la Réunification qui fait office de fête nationale.

Sur Presseurop, on trouvera en français l’article publié dans die Zeit par Gustav Horn consacré au sort qui attendrait l’Allemagne si elle décidait d’abandonner la zone euro à son sort. Selon cet économiste proche des syndicats, certes, dans un premier temps, les liquidités afflueraient de toute l’Europe pour trouver refuge en Allemagne.

Mais cela aurait justement pour effet de faire s’envoler le cours de la monnaie allemande. La BCE, déménagée à Paris, annoncerait une politique de rachat illimité des obligations. Les produits allemands, considérablement renchéris par le taux de change, seraient boudés par les consommateurs européens et les industriels délocaliseraient massivement vers l’Europe centrale. La Bourse de Francfort perdrait progressivement son importance en faveur de celle de Paris, devenue la place d’affaires la plus importante du continent.

Non, décidément, l’Allemagne n’a rien à gagner d’une fuite hors de l’Euroland. Mais que la question puisse être simplement débattue montre que combien la crainte règne en Europe…

A tous ceux qu’intéresse la littérature allemande contemporaine, je recommande également le dernier numéro du magazine Lire, qui comporte un dossier sur le Berlin des écrivains. Toutes les adresses sur le site de la chronique L’hebdo des idées.

Bon week-end sur France Culture et à lundi sur les Matins.

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