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Le pari risqué de David Cameron

3 min
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Le « talk of the town », cette semaine, dans toute l’Europe, c’est le pari pris par le Premier ministre britannique sur le maintien de son pays dans notre Union européenne. En promettant un référendum à l’aile eurosceptique de son propre parti conservateur s’il est réélu en 2015, David Cameron prend un très gros risque politique, jugent l’ensemble des think tanks.

Pour bien comprendre le contexte d’une telle annonce, il faut se reporter à la note mise en ligne par Pauline Schnapper sur le site de la Fondation Robert Schumann, « Quel avenir pour le Royaume Uni dans l’Union européenne ». Elle y explique comment la position de David Cameron sur les questions européennes était devenue intenable en interne et incohérente sur la scène européenne. Son parti compte une importante frange d’eurosceptiques – 80 députés ont signé un appel au référendum sur l’appartenance à l’Europe et menacent de le faire échouer aux législatives , alors qu’il gouverne en alliance avec les libéraux-démocrates, le parti britannique le plus favorable à l’intégration européenne. Ses propres eurosceptiques pressent le Premier ministre de quitter franchement l’Union européenne et de négocier à la place un traité de libre-échange , sur le modèle de ceux qui nous lient à la Norvège et à la Suisse.

Ce qui fait dire à Dominique Reynié, sur le site de la Fondapol, que si Cameron est réélu en 2015, ce sera sur la base de cette promesse de référendum. Mais il sera ainsi renvoyé au 10, Downing Street, porté par une vague d’euroscepticisme , alors qu’il s’est engagé à faire campagne pour le maintien dans l’Union. Dans un tel cas de figure, qu’il ne s’attende pas à des concessions de la part de ses partenaires européens. Conclusion mélancolique de Dominique Reynié : les Britanniques risquent fort de quitter l’Europe au moment où celle-ci s’apprête à quitter l’histoire. « Tous unis dans le déclin ».

Le ton est critique également sous la plume de Charles Grant, le patron du Centre for European Reform, un think tank anglais euro-enthousiaste. Grant concède que ce discours comportait nombre de remarques judicieuses. Oui, l’UE doit changer et pas dans l’intérêt de la seule Grande-Bretagne . S’il s’agit d’obtenir un approfondissement du marché unique dans le domaine des services ou de l’économie digitale, d’impliquer davantage les Parlements nationaux dans la prise de décision, Cameron doit être soutenu. Et il pourrait obtenir la victoire du oui à l’Europe, grâce au soutien des lib-dems et des travaillistes.

Mais s’il s’agit de multiplier les dérogations aux politiques communes, dans le domaine du droit du travail, en particulier, il y a danger ! Car ce serait ouvrir la boîte de Pandore d’un détricotage général de l’UE les Français exigeraient de pouvoir subventionner indéfiniment leurs industries automobiles déclinantes, les Polonais de n’être pas soumis aux règles européennes sur les émissions de carbone… Pourquoi les seuls Britanniques pourraient exiger une Europe à la carte, alors que les 26 autres devraient se contenter du menu ? Les eurosceptiques britanniques misent sur le sens du compromis des Allemands, sur leur obsession de ne pas être laissés en tête-à-tête avec des Français, réputés étatistes et protectionnistes. Mais l’Allemagne, dont tant dépend, n’est nullement disposée à renégocier un grand traité, comme le voudrait Cameron. De toute façon, conclut Charles Grant, ce sont les travaillistes qui vont gagner les élections. Et le référendum sera enterré…

Un point de vue américain sur la question, celui de Thomas Wright, sur le site de la Brookings. Le message est clair : primo, Obama souhaite que Londres reste dans l’UE. Secundo, la manœuvre de Cameron est dangereuse, car pour peser sur la négociation, il devra proposer à son électorat des alternatives crédibles à l’Europe, ce qui aura pour effet de renforcer malgré lui le camp des partisans britanniques d’une sortie de l’Union. Tertio, la démarche est absurde : Cameron promet un référendum sur un Traité européen entièrement remanié d’après ses idées. Et si les partenaires européens refusent, son référendum, il portera sur quoi ?

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