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Le poker, typiquement américain

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Quelques conseils de lecture sur le Net, pour votre week-end.

L’économiste de gauche américain Bradford Delong se plaint, sur le site Project Syndicate, de la médiocrité de la pensée conservatrice américaine contemporaine. Il est courant de déplorer la baisse de niveau du camp d’en face. Et de citer trois essayistes, censés avoir influencé la campagne de Mitt Romney : Arthur Brooks , Charles Murray et Nicholas Eberstadt . Ce qu’ils ont en commun, explique Bradford Delong, c’est une commune hostilité envers les prestations sociales. Eberstadt leur reprocherait de rendre leurs bénéficiaires excessivement dépendants de l’Etat-providence Brooks de renforcer les rangs de l’électorat démocrate Murray de ne pas inciter les gens à prendre leurs responsabilités.

Mais qui sont ces trois figures de la pensée conservatrice américaine ? Tous trois sont des collaborateurs du think tank American Entreprise Institute. Arthur C. Brooks en est même le président. Les articles que publie leur site ne réclament nullement la suppression des prestations sociales, mais plaident pour des réformes présentées comme destinées, au contraire, à les sauver. Il est par exemple question de la dégradation du taux des actifs par rapports aux retraités et de la nécessité d’alourdir les cotisations. Mais tout cela est aussi ennuyeux et technique que nos propres rapports sur l’avenir des retraites, aussi je préfère vous proposer la lecture, sur le site de l’American Entreprise, d’un article que l’un de ces penseurs conservateurs, Charles Murray, vient de consacrer au poker.

Pourquoi le poker, selon Murray, est-il un jeu typiquement américain ? Parce qu’à chaque table de poker, on croise au moins deux Noirs, un Latino et un étranger de passage d’origine mal identifiée et que tous se donnent mutuellement du « Sir » et se traitent avec le plus grand respect. Parce que c’est un jeu qui met en œuvre une information incomplète, une part de risque calculé et requiert beaucoup d’auto-discipline. Parce qu’il est requis des gagnants qu’ils aient le bon goût d’attribuer leurs succès à la chance, quand chacun sait qu’ils le doivent, en fait, à leurs qualités personnelles. Et enfin, parce que le succès des cartes remet à leurs places les snobs élitistes et les diplômés des grandes universités.

Toujours sur le site de Project Syndicate, je vous conseille l’article que l’ancien ministre vert allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer consacre aux révolutions arabes. Pour le moment, celles-ci se traduisent par la victoire électorale des islamistes aux élections, une crise économique sévère, des inquiétudes quant à l’avenir de la Jordanie et du Liban, les horreurs de la guerre

civile en Syrie. Ce n’est pas parce que la révolution l’a emporté sur des despotismes corrompus que la liberté et la justice doivent automatiquement leur succéder, dit-il. « Normalement, les révolutions sont suivies de périodes dangereuses. » On a eu tort de comparer les Printemps arabes aux révolutions de velours d’Europe centrale, avoue-t-il. Dans ces derniers pays, les peuples savaient parfaitement ce qu’ils voulaient et depuis longtemps – la démocratie et l’économie de marché. Ils n’attendaient que l’occasion de se débarrasser des Soviétiques pour recouvrer l’indépendance. Au Moyen Orient, la situation est tout autre, parce que les frontières, artificielles, sont instables, que la croissance démographique et le sous-développement posent des défis redoutables. C’est dans ce contexte, conclut Joschka Fischer, qu’il faut juger l’abstention des démocraties occidentales face au désastre humanitaire syrien. La région est au bord de l’explosion et on ne saurait aller provoquer l’Iran. Mais, conclut-il, « les dangers de l’action, comme ceux de l’inaction, sont très grands. »

Pour conclure, deux livres à recommander. « Pourquoi les Khmers Rouges » d’Henri Locard (chez Vendémiaire), revient de manière précise sur la mystérieuse histoire d’un régime qui, au nom d’une idéologie impitoyable et en quatre ans, a assassiné deux millions de Cambodgiens, en forgeant « l’Etat totalitaire presque modèle, puisque la sphère du privé y avait presque totalement disparu et que l’Etat avait étendu son empire sur toutes les branches de l’activité humaine ». Olivier Weber, avec « Les impunis » (Robert Laffont), publie un reportage saisissant sur le « mini-Etat mafieux » que d’anciens Khmers rouges se sont taillés à Pailin, une région du Cambodge.

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