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Le top-65 des intellectuels

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À retrouver dans l'émission

La revue britannique Prospect, un mensuel chic et tendance à dos carré et lectorat bien doté en doctorats, publie sa liste des 65 intellectuels qui comptent dans notre monde globalisé.

Ce top-65 est très révélateur. D’abord parce qu’il atteste de la perte d’influence notable des penseurs français et francophones. Ils ne sont que quatre, et il faut aller les chercher vers le bas de la liste. Il s’agit de Christine Lagarde (39°), d’Esther Duflo (44°), de Thomas Piketty (62°) et de Jean Pisani-Ferry (65°). Vous l’aurez remarqué : tous les quatre sont des économistes.

Quelles sont les disciplines qui donnent le ton à l’époque ? Les équivalents de ce que furent la linguistique, dans les années 50/60, la psychanalyse dans les 60/70 ? Les théoriciens à la mode, aujourd’hui, se recrutent parmi les spécialistes des sciences cognitives et l’économie comportementale .

Relevons encore que les 5 penseurs les plus célèbres du monde ne le sont pas tous sur les deux rives de la Seine. Le premier, Richard Dawkins , nous est familier en tant qu’inventeur de la théorie du « gène égoïste » mais il est leader du mouvement intellectuel des « nouveaux athées ». Son livre, « Pour en finir avec Dieu », a été un best-seller international. Mais qui d’entre nous connaît Ashraf Ghani , le n° 2 ? Wikipedia français consacre trois lignes à cet universitaire afghan, spécialiste de la construction d’Etat et des finances publiques. Le n° 3, Steven Pinker , Canadien n’est guère connu chez nous en dehors des spécialistes des sciences cognitives. Trois de ses études sont parues en français, chez Odile Jacob. Sur le n° 4, Ali Allawi , vous trouverez environ 50 000 pages sur Google, mais aucune en français… Cet ancien ministre des finances de l’Irak est l’auteur d’un livre à succès sur la crise de la civilisation islamique. Le n° 5, par contre, nous est dorénavant familier, puisqu’il s’agit de l’infatigable pourfendeur des politiques d’austérité, l’économiste keynésien Paul Krugman .

Dans The New Republic, Marc Tracy revient sur le parcours remarquable du philosophe Michael Walzer . Auteur de nombreux livres traduits en français et dont je recommande en particulier « la révolution des saints » et « Traité sur la tolérance », Walzer annonce, à 78 ans, son départ de la revue Dissent , qu’il co-éditait depuis fort longtemps. Tracy estime que la revue, favorable à un socialisme démocratique, a exercé, à deux reprises, une forte influence aux Etats-Unis, où le socialisme n’est pourtant guère prisé. Une première fois, dans les années 60, où les programmes de lutte contre la pauvreté des administrations démocrates s’inspirèrent beaucoup des théories développées par Dissent. Une seconde fois, à la fin des années 80, lorsque ses rédacteurs crurent voir dans les dissidents d’Europe centrale, une force politique favorable à un renouveau socialiste. Dans son dernier éditorial, Michael Walzer critique – je cite – « le truc néo-communiste qui nous arrive de France et de Slovénie »… Je vous laisse mettre des noms propres.

Enfin, sur le site Aeon, retour sur la vie et l’œuvre de Thomas Szasz, l’un des pères de l’anti-psychiatrie, dans les années 60. Le premier, Szasz a dénoncé les usages répressifs de la psychiatrie, que ce médecin et psychanalyste considérait comme une « pseudo-science », qui aurait mérité de figurer aux côtés de l’alchimie et de l’astrologie ». Mais il l’a fait depuis la droite politique. Son héros était le docteur Ignaz Semmelweis , l’obstétricien qui, le premier, a compris qu’on pouvait sauver les femmes en couche simplement en se lavant les mains entre deux opérations. Ses théories furent refusées de son vivant et il finit ses jours ligoté et battu à mort dans un asile. « J’en conclus qu’il est dangereux d’avoir tort, mais qu’il peut être fatal d’avoir raison lorsque la société considère le mensonge majoritaire comme la vérité », écrivait Szasz en 1961. Quelques mois après la publication de son livre, « Le mythe de la maladie mentale », en 1961, paraissait le roman « Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Ken Kesey, puis « L’histoire de la folie » de Michel Foucauld. Les lecteurs de l’époque les regroupèrent bien à tort dans une même famille d’esprit. Pour Szasz, la psychiatrie avait entre autres le défaut de priver les déviants de la responsabilité de leurs actes – en particulier, en ce qui concerne le sens politique de ces actes.

Tous les liens sur le site de L’hebdo des idées. Bon week-end sur FC et à lundi aux Matins.

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