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L'économie digitale fait péricliter les autres

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A propos de l’affaire Depardieu, l’économiste Elie Cohen revient, pour le site telos, sur la politique fiscale du gouvernement . On peut comprendre que François Hollande alourdisse considérablement la fiscalité sur le capital, afin de « rendre plus acceptable les coupes programmées dans les dépenses publiques et les réformes à venir des régimes de protection sociale. »

Mais sous prétexte de traiter de la même manière les revenus du travail – qui sont réguliers – et ceux du capital – qui sont aléatoires, on risque d’aboutir à des situations kafkaïennes, explique Elie Cohen. Le mouvement des Pigeons, en démontrant que certains investisseurs couraient le risque d’être taxés à plus de 100 %, a fait reculer le gouvernement. Il faudra de même revenir sur l’accumulation de nouvelles taxes, en particulier celles visant les profits et bénéfices latents et donc virtuels , comme les rémunérations de l’assurance-vie, ou les bénéfices non distribués des entreprises, si l’on veut éviter que les investisseurs fuient massivement le territoire. Car contrairement à que semble croire le gouvernement, nos partenaires européens, s’ils souhaitent bien une harmonisation des systèmes fiscaux, ne sont nullement désireux de s’aligner sur la législation d’exception qui est actuellement celle de notre pays .

En lisant le portrait de Jaron Lanier , pionnier du Web 2.0 et de la réalité virtuelle sur le site de la revue américaine en ligne Smithsonian, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec le Manifeste XXI, joint au dernier numéro de leur superbe revue de reportages par ses fondateurs, Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry.

Que nous dit, en effet, l’auteur de « Le maoïsme en ligne » ? Que la réduction d’un morceau de musique à un fichier numérique est en train de dénaturer ce qu’on écoute. Peut-être le clavier d’un synthétiseur correspond-il à une conception de la musique qui en fait « de l’information », mais « l’effet aquarelle » d’un violon n’est pas réductible à une telle approche, selon Lanier. En outre, l’économie de la gratuité , dont il fut l’un des promoteurs, lui apparaît aujourd’hui comme l’assassin de ce secteur économique. « L’économie digitale est la grande erreur de notre temps », conclut l’ancien gourou de la Silicon Valley », « elle est en train de faire péricliter toutes les autres ».

Or, le constat établi parBeccaria et Saint-Exupéry , pour le journalisme, va dans le même sens (Manifeste XXI). Le modèle économique de la presse numérique est un horizon qui se dérobe sans cesse , disent-ils. Aucun des pure players ne semble devoir atteindre le seuil de rentabilité et les médias papiers qui basculent progressivement sur le web y gagnent souvent des lecteurs, mais y perdent surtout de l’argent.

La fin de Newsweek aujourd’hui est un terrible signe des temps. Pire encore, on assiste à la naissance d’un nouveau type, « le journaliste d’écran » qui ne sait rien du monde alentour, que ses employeurs incitent à « diriger la conversation médiatique » à coup de pseudo-infos « à ne pas manquer » - chacune annulant la précédente dans un présent perpétuel qui n’autorise pas la réflexion . Créer le buzz, écrire dans le style calibré et creux qui convient au « trafic » en ligne appauvrit le métier. Pas un hasard, si « l’abandon du reportage est un phénomène planétaire », notent les créateurs dela revue XXI – qui plaident ainsi pour leur boutique…

Connaissez-vous Roger Scruton ? Surement pas. Cet écrivain est le plus important penseur conservateur britannique de notre époque mais ses livres, nombreux et excellents, ne sont pas traduits en français.

Sur le site de la revue Aeon, il explique comment nous sommes passés de la haute culture à sa caricature actuelle, qu’il définit par un mot : le « faking », le trucage, l’imposture, l’art du faussaire. Il a fallu d’abord ruiner les notions mêmes de vérité et de beauté travail de sape qu’on doit aux théories du soupçon, qui ne voulaient voir, derrière les arguments que des « discours », sans autre validité que de conforter tel ou tel « pouvoir ». Le faussaire, à la différence du simple menteur, a besoin de la participation active d’un public à qui il donne l’illusion de le rejoindre dans des sphères supérieures d’intelligibilité. C’est pourquoi son pouvoir est redoutable lorsque, s’emparant d’une chaire universitaire, il se transforme en gourou.

Toutes les adresses sont sur le site de L’hebdo des idées, qui attend vos commentaires.

Bonne fin de semaine sur FC. A lundi aux Matins.

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