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Les classes moyennes en décroissance ?

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Bonjour.

Après la Fondapol, proche de l’UMP, qui avait consacré quatre brochures aux classes moyennes, en 2011, voici le tour de la Fondation Jean Jaurès, proche du PS., de publier le « grand malaise des classes moyennes ». Sur la base d’un sondage de l’IFOP, on y constate une soudaine érosion de cette catégorie sociale qui n’avait cessé de croître. La « moyennisation » de la société française aurait un coup dans l’aile : plus de la majorité des Français estimaient en faire partie en 2010 ils ne sont plus que 48 % aujourd’hui. En contre-partie, augmente le nombre de ceux qui s’identifient comme membres des « catégories modestes » (passés de 29 à 33 %) ou « défavorisés » (6 %, en hausse de deux points). Plus sérieux encore : notre modèle social fait l’objet d’une méfiance grandissante. Nombreux sont les Français qui s’estiment « trop riches pour être aidés, pas assez pour s’en sortir ».

Ces chiffres sont commentés par l’auteur du « Déclassement », Camille Peugny, qui estime que « si une paix sociale relative subsiste, c’est parce que les perdants de la mondialisation se font la guerre entre eux. » Il craint les effets électoraux, pour la gauche, d’une « conscience sociale triangulaire », dans laquelle une proportion croissante de la société se percevant prise en sandwich entre « eux, les gros », et « eux, les assistés », constitue un réservoir de voix pour les partis populistes et autoritaires.

Alain Mergier, le co-auteur du Descenseur social, relève l’apparition, en cinq ans, d’un pessimisme d’un nouveau type. Avant la crise, les Français voyaient dans leur Etat un rempart contre la mondialisation. Le cas grec leur a démontré qu’un Etat, mal géré, peut être acculé à la faillite, s’effondrer, sous les coups de la finance. L’Etat, la nation, perçus avant 2008, comme « cadre de référence », le sont désormais comme « facteurs d’incertitude ». Conclusion : « la crainte n’est plus tant de voir descendre l’ascenseur, que de voir l’immeuble s’effondrer ».

Ce sombre tableau d’un décrochage des classes moyennes, qui a été récemment documenté par Louis Chauvel dans « Les classes moyennes à la dérive » a été contredit par d’autres observateurs, comme Dominique Goux et Eric Maurin, dans leur livre, « Les nouvelles classes moyennes ». Ces deux études étant parues dans la même collection « La République des Idées », aux éditions du Seuil.

On pourra demander son arbitrage à un expert : justement, Julien Damon publie cette semaine, en Que sais-je ?, un ouvrage de référence sur ces fameuses « Classes moyennes ». Tenté de renvoyer dos-à-dos les thèses de « la montgolfière » (les classes moyennes ressemblent à un gros ballon en lente ascension) et celle du « sablier » (les classes moyennes sont étranglées entre un sommet qui s’enrichit et une base qui s’appauvrit), l’auteur invite à comparer avec ce qui se produit ailleurs dans le monde. Or, à rebours de ce qui se produit aux Etats-Unis, on n’observe ni effondrement, ni effritement des classes moyennes pas plus dans la vieille, que dans la nouvelle Europe. Sur la base d’une étude des revenus des ménages, Julien Damon estime la part des classes moyennes entre plus de 60 % de la population (cas de la Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, des Pays-Bas) et 35 à 40 % (Lettonie, Lituanie, Bulgarie, Roumanie). Avec 59 %, la France est l’un des pays d’Europe où la classe moyenne se tient bien - en décalage, peut-être, avec les perceptions.

Mais surtout, Julien Damon fait justice de la thèse selon laquelle les classes moyennes, qui ne bénéficieraient pas des avantages sociaux distribués sous conditions de ressources et tireraient moins partie des avantages fiscaux, tels que le quotient familial que les très fortunés, seraient les « perdantes de l’Etat-providence ». Bien au contraire, montre-t-il, elles en sont directement le produit !

Toutes les références sur le site de L’Hebdo des Idées. Bonne fin de semaine sur France Culture et au plaisir de vous retrouver lundi aux Matins…

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