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Les femmes manquantes d'Asie du Sud

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Bonjour. Quelques idées de lectures sur le net.

Il n’y a jamais eu de « printemps arabe ». C’est un mythe propagé par une poignée de jeunes occidentalisés, qui ont cru avoir renversé les despotes nationalistes par la grâce des réseaux sociaux, quand les véritables tombeurs, bien structurés, bien entraînés, étaient les islamistes. Qui contrôlaient des centaines de milliers de militants, contrairement aux jeunes branchés… C’est la thèse développée par Michael Nazir-Ali, évêque de Raiwind, au Pakistan dans la revue intellectuelle britannique conservatrice, Standpoint.

Intéressant de lire sur le sujet le point de vue d’un responsable ecclésiastique chrétien. La révolution égyptienne lui a rappelé, écrit-il, celle de Téhéran, en 1979 : les républicains, les progressistes laïcs ont fait cause commune avec les islamistes. Mais à la fin, ce sont ceux-ci qui, comme en Iran, ont sifflé la fin de la récréation , et mis tout le monde au pas avec brutalité.

Nazir-Ali juge légère l’attitude de l’Occident, qui s’est contenté d’enregistrer l’arrivée en tête de Mohamed Morsi aux élections et a estimé que cela suffisait à garantir que l’aboutissement du processus démocratique. La démocratie, poursuit-il, exige la séparation des pouvoirs et leur équilibre entre eux, la liberté de la presse et une société civile puissante. Elle exige aussi le respect des Droits de l’homme et en particulier de cet article 18 de la Déclaration universelle, qui stipule la liberté de pensée et de conscience et le droit de changer de religion – ce que refusent les régimes qui se réclament de l’islam. Et de rappeler que, sous le pouvoir des Frères musulmans, les lieux de culte chrétiens ont été victimes de dizaines d’attentats, que des prêtres et des fidèles ont été attaqués.

En 1990, l’économiste Amartya Sen , qui devait recevoir plus tard le Prix Nobel, publiait un article qui allait faire date. Il y mettait en lumière le déséquilibre démographique, à la naissance, entre filles et garçons en Asie du Sud. Il était titré « les femmes manquantes » et pointait un phénomène culturel inquiétant : le décès précoce des petites filles, par manque de soins, du fait d’une culture qui favorise les garçons.

Il revient, cette semaine, sur la question du sort des femmes dans cette région, pour la New York Review of Books. A l’occasion de l’affaire Jyoti , cette jeune étudiante violée à mort et abandonnée au coin d’une rue par une bande de drogués, Sen montre que les choses ont tendance à s’arranger dans son pays d’origine. Les lois réprimant le viol ont été durcies et le trafic des jeunes filles en vue de leur prostitution, drame national, est enfin réprimé.

L’amélioration du sort des femmes en Asie tient à leur accès à l’éducation et au travail, selon Amartya Sen. Cela se traduit, en particulier, par une baisse très sensible des taux de fertilité. Au Bengladesh, en particulier, les femmes qui se sont émancipées par le salariat, ont vu leur taux de fécondité tomber à 2,2 enfants par femme. En Inde, remarque l’économiste, on continue certes à enregistrer des pourcentages du nombre de garçons par rapport à celui des filles assez impressionnants : moins de 920 filles pour 1000 garçons dans les Etats du Nord, et moins de 900 filles pour 1000 garçons dans les Etats du Sud de l’Inde . Certes, la préférence pour le garçon, qui a des causes culturelles, est en cause : on avorte plus facilement des filles que des garçons. Mais Sen fait observer que les Etats du Sud de l’Europe souffrent, eux aussi, d’un léger déficit de filles (941 pour mille en Italie, 940, en Espagne… Troublant, non ?

Les liens sont sur le site de la chronique, L’hebdo des idées. Bonne lecture. Bon week-end sur France Culture et au plaisir de vous retrouver lundi aux Matins.

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