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Les puissances établies ne sont pas naufragées

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Chers auditeurs, bonjour.

Des vents contraires soufflent sur l’esprit de la semaine, les uns porteurs de bonnes nouvelles sont comme des annonces anticipées d’un avant-printemps d’après-crise, quand d’autres semblent annoncer, derrière les nuages bas qui s’accumulent, une bien pénible tempête.

Du côté des bonnes, il y a cet article d’Anne-Marie Slaughter sur le site de Project Syndicate, disponible en traduction française. Professeur de sciences politiques à Princeton, Slaughter a été la directrice du Département de planification du Département d’Etat américain et elle rentre de la Conférence sur la sécurité de Munich, complètement rassurée sur l’état des Etats anciennement industrialisés d’Amérique du Nord et d’Europe. Elle cite le ministre brésilien des Affaires étrangères, Antonio de Aguiar Patriota : « Non, les puissances établies ne sont pas naufragées ». Le discours sur le déclin de l’Occident est en train de s’inverser, selon Anne-Marie Slaughter .

Du côté américain, à cause de la révolution des gaz et pétroles de schistes qui, en faisant baisser considérablement le prix de l’énergie, a dopé la compétitivité américaine . D’ores et déjà, la production américaine de gaz a dépassé celle de la Russie. A partir de 2030, les Etats-Unis n’auront plus besoin d’importer d’énergies fossiles depuis le Moyen Orient. Ce sera à la Chine de devenir dangereusement dépendante de cette zone instable…

Du côté européen, la perspective d’un éclatement de la zone euro semble bel et bien écartée . Et l’assurance donnée par les Allemands qu’ils n’abandonneraient pas le navire européen et veilleraient à ce qu’il retrouve son cap, a rassuré. Enfin, l’auteur relève le réalignement de l’administration Obama vers les Européens. Il ne s’agit plus de « pivoter vers l’Asie », mais de « se tourner vers l’Asie avec l’Europe ». Bref, de faire front ensemble. A suivre.

Mais ce point de vue optimiste n’est pas si répandu parmi les grands commentateurs internationaux. Chez de nombreux économistes, monte une grande inquiétude envers l’apparente incapacité à faire repartir la croissance en Europe et à faire baisser sérieusement le chômage aux Etats-Unis. « En dépit de taux d’intérêt ultra-bas et d’un haut niveau d’emprunts publics, les deux remèdes traditionnels », l’économie des pays riches se traîne , écrit ainsi l’économiste britannique Nick Carn dans la revue Prospect.

Pour le moment, la crise est en rémission en Europe, grâce aux rachats de dettes publiques des pays périphériques par la BCE, mais viendra bientôt le moment de présenter l’addition et, prévient-il, elle sera douloureuse. D’autant que les gouvernements européens n’ont rien prévu pour faire face au paiement des pensions de retraites de leurs populations vieillissantes. Dans l’immédiat, relève-t-il, les politiques consistant à augmenter les impôts et à tailler dans les dépenses se révèlent contre-productives .

Mais si vous voulez passer un week-end vraiment angoissant, je vous recommande, plutôt que celle d’un thriller anglo-saxon, la lecture du dernier essai que Christian Saint-Etienne vient de consacrer à la situation de notre pays. Sous le titre « France : état d’urgence », l’économiste détaille avec précision comment et pourquoi notre pays a littéralement dégringolé en une trentaine d’années. Alors qu’une troisième révolution industrielle est en cours, nous nous sommes mis en situation de n’en tirer aucun parti , par déficience intellectuelle et aveuglement collectif. Le pays est en état de blocage ses entreprises, insuffisamment profitables, n’investissent plus. Le World Economic Forum classe notre compétitivité au 21 ° rang mondial, loin derrière la Suisse, Singapour, la Finlande, la Suède et les Pays-Bas. La deuxième partie du livre est consacrée à la feuille de route d’un redressement qui paraît bien improbable.

Enfin, un mot sur la disparition du grand philosophe du droit Ronald Dworkin , pratiquement ignoré dans nos pays francophones où cette branche de la philosophie n’a jamais fait recette. C’était un des grands penseurs de la gauche universitaire américaine, démocrate et libéral. Il a tenté de réconcilier le droit avec la morale. Bonne fin de semaine sur FC et au plaisir de vous retrouver lundi matin

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