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L'HEBDO DES IDEES 1

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À retrouver dans l'émission

Cette chronique, rendez-vous hebdomadaire, a moins pour ambition de résumer des articles repérés ici où là sur internet que de vous donner envie d’aller y voir par vous-même. Toutes les adresses sont sur la page de l’émission, L’hebdo des idées.

Commençons par la bataille entre Barack Obama et Mitt Romney pour la Maison Blanche, qui sera aussi une bataille d’idées. Nous pensons être relativement bien informés de ce que pense le camp Démocrate, mais qu’y a-t-il dans la tête des Républicains ? Le grand historien Timothy Snyder , dont on vient de publier chez Gallimard « Terres de sang », un livre extraordinaire sur les massacres qui ont ensanglanté l’Europe orientale avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale, s’amuse des références culturelles de la Convention républicaine.

D’idéologie, Mitt Romney n’en a pas vraiment, estime Tim Snyder, sur le site de la New York Review of Books. Seul, l’argent l’intéresse. C’est pourquoi il a choisi comme candidat à la vice-présidence Paul Ryan, qui, lui, est un véritable idéologue. Mais les références de Ryan, estime Tim Snyder, datent de la guerre froide. Ce sont l’économiste autrichien Friedrich von Hayek , auteur de La route de la servitude –une mise en garde contre la nature potentiellement liberticide des interventions de l’Etat dans l’économie, et la romancière à succès Ayn Rand . Ayn Rand est une inconnue en France, mais son roman « la Grève » - un livre de plus de mille pages, publié aux Etats-Unis en 1957, s’y est vendu depuis à plus de 10 millions d’exemplaires. Il raconte les effets dévastateurs qu’aurait, sur le pays, une grève des entrepreneurs. Il vient juste d’être traduit en français par Les Belles Lettres. Or, ces deux auteurs, Hayek et Ayn Rand, estime Tim Snyder, étaient engagés dans une lutte intellectuelle avec un marxisme qui a déteint sur leur pensée. Et cela les rend parfaitement inopérants pour penser la crise des Etats-Unis en ce début du XXI° siècle. Le coktail Hayek/Ayn Rand débouche, en effet, sur anarchisme capitaliste, qui est une version de droite du vieux mythe marxiste du « dépérissement de l’Etat ».

Peut-être, semble rétorquer un des contributeurs de Slate.com, Beverley Gage, mais au moins les républicains font référence à des auteurs, tandis que les Démocrates ont renoncé à invoquer quelque penseur de référence que ce soit. On se contente de se réclamer de la « diversité ». Paradoxal, alors que la gauche domine de largement le monde universitaire. Et risqué, car les conservateurs vont pouvoir mobiliser leurs réseaux intellectuels sur une ligne idéologique précise, tandis que les progressistes sembleront déserter le champ du débat intellectuel.

Quittons les Etats-Unis, pour la Grande-Bretagne. La revue intellectuelle sur papier glacé Prospect, tendance centre-gauche chic, et branché, décerne chaque année des prix aux think tanks les plus intéressants et les plus influents du moment. Ces laboratoires d’idées, à mi-chemin entre le laboratoire universitaire privé et le réseau d’experts, jouent un rôle déterminant dans la vie intellectuelle et politique et la France commence à avoir les siens. L’Hebdo des Idées leur consacrera une place importante car c’est souvent de ce côté que naissent les débats de fond qui renouvellent la vie politique.

Dans le classement publié par Prospect, sont couronnés trois think tanks européens : Numéro Un, Bruegel, basé à Bruxelles et dirigé entre autres par le Français Jean Pisani Ferry. Bruegel est crédité d’avoir publié les meilleures analyses sur la crise de l’Euro et d’exercer une influence importante sur les eurocrates. Viennent ensuite un laboratoire d’idées bulgare, l’Institute for Moderne Politics de Sofia, pour son courage à dénoncer les affaires de corruption et un site turc, The Economy Policy Research Foundation of Turkey.

Justement, sur le site de Bruegel, on peut lire cette semaine une étude remarquable de Reinhilde Vengelers sur le retard pris par les Européens sur les plateformes en ligne. Pourquoi toutes les grandes firmes dans ce domaine sont-elles américaines ? Parce que notre marché numérique européen est compartimenté parce que les législations sur le droit de propriété manquent d’homogénité parce que nos start-ups souffrent de l’absence d’un système européen de collecte du capital-risque. Notre absence sur ce créneau va nous coûter cher dans les années à venir, prédit-elle. Car c’est là que va se faire l’essentiel de la croissance dans les années à venir.

Sur le site PressEurope, où sont traduits en français de larges extraits de la presse européenne, on peut suivre au jour le jour le débat sur la crise de l’euro. Bien utile pour savoir ce que pensent notamment nos voisins allemands. Or le ton monte, Outre-Rhin. Et pas seulement contre ces Sudistes, incapables de tenir leurs promesses de retour progressif à l’équilibre budgétaire et qui réclament constamment de nouvelles aides. Dorénavant s’exprime un certain agacement envers la BCE depuis que Mario Draghi a prévenu qu’il pourrait lancer une nouvelle série de « mesures non conventionnelles », pour faire baisser les taux exigés pour les emprunts espagnols et italiens. Sur le Spiegel OnLine, on peut lire en ce sens une interview du leader parlementaire de la CDU, Volker Kauder. Il écarte la perspective des eurobonds et avertit les Sudistes : « la seule façon de regagner la confiance des marchés, c’est que chaque pays de la zone euro remette de l’ordre dans ses budgets ».

Pour conclure, une analyse très pertinente de la stratégie des Frères musulmans en Egypte, sur le site de la Brookings , un des meilleurs think tanks américains, signée Shadi Hamid.

Les Frères musulmans sont des espèces de calvinistes de l’islam, analyse Shahid Hamid ; ils sont favorables au libre marché et au secteur privé, mais pour eux, les valeurs morales ne sauraient être séparées de l’économie. Pourtant leur véritable objectif n’est pas le développement économique, mais l’islamisation de la société. En cela, ils rencontrent d’ailleurs le souhait de la population égyptienne. En politique étrangère, Morsi va se révéler très hostile à Israël, avertit Shadi Hamid, mais son anti-américanisme reconnu lui permettra paradoxalement d’avoir les mains libres pour négocier avec Washington. C’est que la révolution égyptienne a un besoin urgent du soutien financier de l’Occident.

Toutes les références sont disponibles sur le site internet de l’émission l’hebdo des Idées. N’hésitez pas à me faire part de vos propres trouvailles.

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