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L'HEBDO DES IDEES

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Bonjour, quelques conseils de lecture pour ce glacial week-end de printemps.

La masculinité est-elle en crise ? C’est en tous cas la thèse défendue par la journaliste Hanna Rosin dans un essai à succès, « La fin des hommes », traduit et publié il y a quelques semaines par les éditions Autrement. Face à des femmes qui décrochent de meilleurs diplômes et réussissent dans les secteurs professionnels d’aujourd’hui, les hommes, en phase avec les exigences de l’industrie, seraient en perte de vitesse, incapables de redéfinir leur fonction au sein du couple et de la famille. La revue Sciences Humaines consacre un dossier au sujet. On y lira notamment une interview de la politiste Christine Guionnet, qui y résume ses thèses sur les « coûts de la domination masculine » : se conformer à un certain idéal de la virilité dominatrice implique des contraintes et des risques. Ceux-ci expliquent pourquoi les hommes sont davantage que les femmes sujets aux accidents de voiture, au cancer du poumon et à la cirrhose du foie...

On lira sur le même sujet la conférence prononcée devant le think tank Demos par la ministre de la Santé publique du Cabinet fantôme travailliste de Grande-Bretagne, la députée Diane Abbott . L’homme britannique d’autrefois, explique-t-elle, était un « family man », dur à la tâche, travaillant dans l’industrie, il était fier d’entretenir sa famille et lui était dévoué. Il a été remplacé par des adolescents attardés, fascinés par les modèles de carton-pâte du consumérisme contemporain; un homme qui « prend, possède, consomme ». La même morale de prédateur se répand dans toute la société, depuis les gangs de voyous jusqu’aux traders de la City. En outre, la « pornification de la culture » et le modèle de l’hypermasculinité convergent pour enfoncer les jeunes hommes dans la brutalité cynique, le mépris des femmes et l’homophobie. La gauche doit s’emparer des débats sur la famille, estime Diane Abbott.

L’écrivain néerlandais Ian Buruma, l’un des rares intellectuels européens à s’être fait un nom aux Etats-Unis, revient, pour la New York Review of Books, sur la carrière de David Bowie. Bowie , écrit-il d’emblée, a changé la façon de s’habiller des gens pendant trois décennies. Et pas seulement parce que les créateurs de mode se sont inspirés de ses tenues de scènes. Bowie a fait preuve d’une imagination exubérante, dont Buruma tente de cerner l’origine et la nature. La pop star britannique a pioché sans complexe dans d’innombrables registres, mélangé toute sorte d’univers croisés au fil d’un chemin de culture aléatoire : le Berlin des années 30 revu par Christopher Isherwood, les stars hollywoodiennes des années 40 – avec une prédilection toute particulière pour le glamour de Marlene Dietrich, les mimes britanniques – il a été initié au kabuki très jeune par Lindsay Kemp, les films de Cocteau et ceux de Kubrick, les cut-ups de William Burroughs, le dandysme frigide de Andy Warhol. Il a frôlé la schizophrénie, confessant un jour : « je ne pouvais pas décider si j’étais en train d’écrire des personnages, ou si c’était des personnages qui m’écrivaient, moi . »

Mais par-delà ses incarnations successives, le mythe Bowie possède une profonde cohérence : celle d’un être androgyne, d’un alien solitaire, d’une « déité pop ». Bowie a entretenu une relation ambigüe avec la notoriété, la « fame » qu’il a chantée. Il la poursuivait, mais paraissait aussi précipité dans un tourbillon qu’il ne contrôlait que partiellement. D’où des retraites, comme l’exil à Berlin, dans les années 70 - épisode sur lequel Bowie revient dans son ultime opus, The Next Day.

L’exposition des costumes de scène de David Bowie, qui a lieu au Victoria et Albert Museum de Londres est visible jusqu’au 11 août. Les fans du white thin duke qui l’auront manquée n’auront pas d’excuse.

Les liens sont disponibles sur le site de L’hebdo des idées.

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