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Lueurs nouvelles sur la Seconde guerre mondiale

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Le livre d’un historien britannique, spécialiste reconnu du XIX° siècle, est très commenté sur la toile, et pas seulement sur les sites universitaires. Dans The Undivided Past : History beyond our Differences, David Cannadine critique vivement ses confrères, reprochant aux historiens d’avoir manifesté une tendance exagérée à projeter sur le passé nos identités d’aujourd’hui et donc à privilégier, dans l’histoire, les moments de conflits plutôt que les périodes harmonieuses.

Les historiens romantiques du XIX° siècle ont joué un rôle déterminant dans la création des identités nationales et dans leur instrumentalisation par des Etats belliqueux. Ils ont projeté sur des époques qui en ignoraient tout les violentes passions du nationalisme. Mais ceux du XX° siècle ne valaient pas mieux, en imaginant, avec Hobsbawm ou EP Thompson, des luttes de classes bien improbables au Moyen Age , et en les décryptant à partir de l’imaginaire communiste de leur propre temps.

Cannadine se trompe, juge l’hebdo de gauche NewStatesman, les historiens d’aujourd’hui ont abandonné l’histoire des identités et privilégient les passés « transnationaux » - ceux, précisément que Cannadine les exhorte tant à explorer. Dans le Financial Times, l’historien Mark Mazower estime aussi que « l’irrésistible besoin de séparer les peuples du monde en collectivités belligérantes », que Cannadine reproche tant à ses confrères, est désormais passée de mode. La plupart conviennent aujourd’hui que les civilisations et les religions ne sont pas imperméablement fermées sur elles-mêmes, que les catégories de classe et de race sont des instruments plutôt frustres pour rendre compte des comportements humains.

Les exhortations de Cannadine à surmonter nos antagonismes et à nous reconnaître dans une commune appartenance à l’humanité sont charmantes, écrit Mazower. Mais allez dire à un chômeur qu’il a tant en commun avec un milliardaire. Ce sont les sans-pouvoir qui ont appris à nommer l’état de chose dont ils souffraient ; et c’est bien ainsi qu’ils sont parvenus à améliorer leur sort… Le conflit n’est pas nécessairement une malédiction.

Pour rester dans le domaine de l’histoire, et vous conseiller des livres écrits en français et de parution récente, voici trois grands livres dus à des auteurs anglo-saxons, qui jettent des lumières fortes et nouvelles sur la Deuxième guerre mondiale, son prélude et ses suites.

On croyait avoir tout lu sur le sujet et voilà que Timothy Snyder , dans Terres de sang (Gallimard), en la replaçant dans le contexte de la lutte à mort entre les régimes de Staline et d’Hitler, et en partant des lieux où ils ont commis leurs massacres respectifs de population, renouvelle profondément notre vision. Le débat autour des questions posées par Snyder s’est ouvert dans la revue Le Débat. Il se poursuit sur le site de La vie des idées, où Jacques Sémelin revient sur les objections qui ont été faites, dans le monde des historiens, au livre de Snyder.

On complètera cette apocalypse avec le livre de Ian Kershaw , La fin, Allemagne 1944-45 (Le Seuil), qui apporte des réponses concluantes à la question troublante : pourquoi la société allemande a-t-elle poursuivi jusqu’au bout, malgré l’hécatombe subie par ses troupes à l’est et les bombardements de ses villes, un combat manifestement perdu ? Il y a plusieurs réponses, comme le mythe des « armes nouvelles », mais le livre montre aussi comment le régime, aux abois, usa d’un autoritarisme de plus en plus violent envers sa propre population qu’il espérait faire disparaître avec lui.

Enfin, vient de paraître un autre livre d’histoire qui perturbe, lui aussi, ce qu’on croyait savoir, c’est « l’Europe barbare 1945-1950 de Keith Lowe . (Perrin) L’auteur décrit l’Europe en ruines de l’après-guerre. S’y déchaînent la vengeance, le viol en masse, l’épuration, le massacre des survivants, la guerre civile et le nettoyage ethnique. Le point commun à Snyder et Lowe, c’est d’enrichir notre vision des choses par une solide connaissance de ce qui s’est passé à l’est et que nous avons longtemps ignoré.

Bonne fin de semaine sur FC et à lundi aux Matins.

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