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Nouveau pic d'athéisme

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Bonjour. Quelques conseils de lecture sur le net où le débat d’idées court plus vite.

Le charmant écrivain Adam Gopnik, auteur du livre De Paris à la lune, fait remarquer dans le New Yorker que « la charge de la preuve est passée, récemment, de l’athée au croyant ». En 1966, le magazine Time avait choqué ses lecteurs en titrant « Dieu est-il mort ? » Aujourd’hui, ce sont les croyants qui sont sur la sellette. Même aux Etats-Unis, où seulement 30 % des habitants se déclarent « sans religion ». Le mouvement des « nouveaux athéistes », autour du biologiste Richard Dawkins tient le haut du pavé intelllectuel.

Dans son récent essai, The Age of Atheists, Peter Watson estime qu’il faut cesser d’opposer les croyants aux non-croyants, mais distinguer plutôt ceux qu’il appelle les « super-naturalistes » et les « fabricants de soi-même ». Les premiers tiennent qu’une description purement matérielle de notre existence n’épuise pas l’expérience intime que nous en avons. Les seconds, les Self-makers , font confiance, aux capacités de l’esprit humain pour livrer, avec le temps, les réponses à toutes les questions imaginables.

Gopnik observe que la cote des religions est variable au cours de l’histoire. Notre contemporain lui-même conserve certains rites et se bricole des croyances sur-mesure, en empruntant à droite à gauche. Mais toujours selon Adam Gopnik, l’athéisme aurait connu, en Occident, trois périodes culminantes . A la fin du siècle des Lumières, lorsque le rationalisme congédia jusqu’au déisme voltairien ; au tournant des XIX° et XX° siècle, suite à la proclamation nietzschéenne, « Dieu est mort ». Et en ce début de XXI° siècle. Pourquoi ? Parce que la science-reine de notre époque est la biologie et, en particulier, la biologie évolutionniste. Avec la physique, qui a dominé le XX° siècle, même si on avait la confirmation que l’histoire de l’univers ne présentait aucune trace d’une intercession miraculeuse, il restait encore une place pour un possible « Big-Banger ». Et surtout, la physique n’avait pas de réponse aux questions existentielles, alors que la biologie évolutionniste rend compte jusques et y compris de nos besoins de croyance… Si les deux premiers pics d’athéisme, correspondant aux années 1880 et 1900, ont été suivis l'un et l'autre, d’une révolution, qu’en sera-t-il de la nôtre ? L’avenir le dira.

Le néo-libéralisme appartient désormais à l’histoire. Dans Masters of the Universe, Daniel Stedman Jones raconte comment les idées développées, depuis longtemps, dans des cénacles universitaires des pays anglo-saxons, par des immigrés échappés de l’Europe nazie, finirent par triompher, dans les années 80. Ludwig von Mises, Friedrich Hayek et Karl Popper avaient longtemps développé leurs théories dans des milieux restreints d’économistes et de philosophes, sans rencontrer d’échos du côté politique jusqu’à la crise des années 70.

L’épuisement apparent du modèle keynésien, avec la flambée d’inflation, d’une part, et la crise des otages américains qui succéda à l’arrivée de l’ayatollah Khomeiny au pouvoir à Téhéran, de l’autre, précipitèrent les choses. En provoquant la défaite du démocrate Jimmy Carter face au républicain Ronald Reagan. De son côté, Thatcher avait décidé de briser les syndicats britanniques et de baisser vigoureusement les impôts, pour relancer une économie britannique qui s’enlisait. Le couple Reagan-Thatcher devait donner le ton non seulement aux années 80, mais influencer leurs successeurs de centre-gauche dans les années suivantes : Bill Clinton et Tony Blair n’ont pas remis en cause les idées néo-libérales. C’est la crise des subprimes qui, selon Tim Barker, dans la revue Dissent, a mis un terme définitif au monétarisme et à l’ensemble de la doctrine néo-libérale.

Tous les liens et quelques autres sur le site de l’Hebdo des Idées. A lundi aux Matins !

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